2009 : † Henry de Chizelle

Jeudi 08 Janvier 2009

Henry Jean Joseph Arthur de Chizelle (Fontenay-sous-Bois, 6 novembre 1902 – Paris VIIe, 8 janvier 2009), général de brigade (2e section), grand officier de la Légion d’honneur et chevalier de collier du Saint-Sépulcre, a mené successivement une carrière militaire de soldat de la France, puis une carrière caritative et spirituelle de soldat du Christ, dans laquelle il laisse l’exemple précieux d’un dévouement infatigable et d’une générosité inépuisable pour la Terre sainte et particulièrement pour sa chère paroisse de Taybeh. Il était veuf de Geneviève Bacot, dont une fille, puis d’Anne Le Caron de Chocqueuse.

Il se présentait lui-même :

Quarante années militaires

Petit-fils et fils d’officier, c’est en 1921 que je suis reçu à Saint-Cyr. Après une année d’école d’application à Saumur, je suis affecté en 1923 au 3e spahis, avec lequel je participe à la campagne du Rif au Maroc. Je passe au 21e spahis en Syrie, avec lequel je fais la campagne des Druzes. Je me retrouve au Liban, adjoint au commandant du secteur de la Bekaa. C’est de là que je fais mon premier pèlerinage en Terre sainte, en 1927.

Rentré en France, je suis affecté au 1er chasseurs à Alençon. Après y avoir participé à des concours hippiques et des chasses à courre, je me mets à travailler. Je suis reçu à l’École de guerre en 1935.

En 1937, je suis affecté à l’état-major de la 2e D.L.M. à Melun, puis en 1939 à celui de la 4e de cavalerie. C’est avec elle que je fais la Guerre, au cours de laquelle je suis blessé. À l’Armistice, je me retrouve à Issoire. Après quelques mois sur place au 14e dragons, je suis appelé à Vichy à l’état-major de l’armée, 3e bureau, pour m’occuper de la mobilisation secrète. Dès l’invasion de la Zone libre par les Allemands, je passe en Espagne. J’y suis emprisonné à Figueras pendant quarante-et-un jours ; nous sommes vingt-deux militaires dans une petite cellule. Transféré à Jaraba dans un hôtel, puis à Madrid, à Gibraltar, où j’opte pour Giraud, je gagne Alger.

Après quelques mois au 5e chasseurs d’Afrique, je suis affecté en Corse. Je m’y retrouve chef de cabinet temporaire du général de Lattre, venu assister à la prise de l’île d’Elbe. De retour à Alger, le général me demande de le suivre à la mission française auprès de la 7e armée américaine, au 2e bureau. Je parle couramment anglais. C’est avec cette armée que je débarque le 15 août 1944 en Provence, dans la baie de Pampelonne. Puis je passe à la mission auprès de la 6e armée américaine. Là, je suis accaparé par l’adjoint opérations du 2e bureau américain pour travailler avec lui.

Le 22 février 1945, de passage à Paris, j’apprends que je suis désigné comme attaché militaire en Suède. La nomination est signée « De Gaulle ». J’arrive à Paris le 21 mars, après avoir dit adieu à mes Américains, qui me couvrent de fleurs, notamment par une citation signée « Truman ». Je rends visite au général de Gaulle. Il a tenu à m’indiquer lui-même les directives et les autorités dont je vais dépendre. Début mai, après un passage à Londres, j’arrive à Stockholm, où je vais passer trois ans. À peine installé, je suis accrédité aussi au Danemark, en Norvège et en Finlande, ce qui va beaucoup améliorer mes capacités de renseignement. Je travaille surtout en Finlande, d’où je surveille le mieux le grand voisin de l’est.

Après ces trois ans passés dans le Nord, il fallait penser à mon temps de commandement. C’est ainsi qu’au début d’août 1948, je prends le commandement du 1er hussards parachutistes à Constantine. Après hésitations, je fis un saut en parachute à 45 ans. Je trouve un régiment composite et amputé, avec des cadres d’origines très diverses. Beaucoup proviennent des F.T.P. et d’autres mouvements de la Résistance. Leur éducation militaire reste à faire. Heureusement, nous avons assez d’occasions de sauter, ce qui entretient le moral. Au début de 1949, le bruit court d’un retour du régiment en Métropole. Effectivement, nous embarquons le 2 mars pour nous retrouver à Auch au quartier Espagne. C’est la vie de garnison agrémentée de nombreuses manœuvres.

Au début de 1951, j’apprends la création en France d’un commandement des forces alliées d’Europe. Ayant largement terminé mon temps de commandement, je fais état de ma connaissance de l’anglais et de mon travail avec les forces américaines pour demander à y être affecté. Cela m’est accordé. Par avis de mutation du 17 janvier 1951, je suis affecté au détachement de liaison de l’état-major des forces armées Guerre auprès du quartier général du général commandant supérieur des forces alliées d’Europe (SHAPE).

Le SHAPE, auquel je suis affecté, n’est encore qu’un « advance planning group ». Installé provisoirement dans un hôtel près de l’Étoile, il comprend seulement le général Gruenther, chef d’état-major, trois Américains, deux Britanniques et moi. Pour passer de notre « planning group » à un grand état-major international, tout est à faire. Il faut mettre sur pied une organisation et réunir le personnel nécessaire. Nous y travaillons pendant les mois suivants. À l’automne, le SHAPE est pratiquement sur pied et installé à Rocquencourt. Sont nommés chefs d’état-major adjoints : les majors Walthers, américain, et Cardiff, britannique, et le général Carpentier, français, chargé de la logistique et de l’administration, dont je deviens l’adjoint.

En dehors du travail quotidien, j’ai l’occasion de faire beaucoup de voyages avec le général Carpentier et ses successeurs auxquels je sers d’interprète : aux États-Unis, au Danemark, en Turquie pour assister à des manœuvres, et à Malte à l’invitation de l’amiral Mountbatten.

Mais le 5 octobre, je reçois un avis de mutation pour commander le G.B. n° 9 à Laon. Je quitte le SHAPE, couvert de félicitations par les généraux Valluy et Poydenot pour l’aide que je leur ai apportée. Ce même mois d’octobre, je me présente au général Durosoy, commandant la 6e division blindée, dont mon G.B. fait partie et dont le P.C. est à Compiègne. Puis, je me rends à Laon pour prendre les consignes de mon prédécesseur.

Mon rôle consiste à coordonner l’action des chefs de corps, à diriger l’instruction des unités et à assurer la cohésion entre elles. J’organise des manœuvres au camp de Sissonne. Je réunis souvent les officiers du G.B. pour des exercices de cadres en salle et sur le terrain, les initiant, en particulier, aux répercussions de l’emploi de l’arme atomique sur le combat.

Mais je vois que l’on se bat en Algérie et en Tunisie, alors que je commande tranquillement mon G.B. Cela m’amène à demander ma mutation pour ces théâtres d’opération. Elle m’est accordée : un décret du 21 janvier 1956 me nomme adjoint au général commandant la 11e division d’infanterie en Tunisie.

Le 31 janvier, j’arrive à Tunis, où se trouve le P.C. de la division. Je me présente à son commandant, le général Gambiez, mon camarade de promotion à l’École de guerre, un très bon ami, qui me fixe mes attributions. La mission générale de la division est de maintenir l’ordre dans les secteurs et d’empêcher toute incursion des éléments rebelles venant d’Algérie. Cela peut l’amener à participer à des opérations en territoire algérien.

C’est ainsi que :

  • en mai 1956, je prends la tête d’un groupement opérationnel pour réduire une bande rebelle dans le djebel Mhrila ;
  • en ce même mois de mai, opérations dans les monts de l’Ounza en Algérie, où plus de soixante rebelles furent tués ;
  • début juillet, en Algérie, dans les monts de la Medjerda, au sud-est de Bône, mise hors de combat d’un groupe important de rebelles. Cela me vaut une citation à l’ordre de la division du général Noiret, commandant la division de Constantine.

Le 27 juillet 1957, à notre grand regret, le général Gambiez nous quitte. La division passe en Algérie, face à la Tunisie, avec P.C. à Souk-Ahras. Le général Balmitgère vient prendre le commandement. Le travail est presque le même ; mais les bandes qui franchissent de nuit le barrage électrifié sont localisées et peuvent être détruites au lever du jour.

Le 1er mars 1958, je reçois une nouvelle affectation : au secrétariat général permanent de la défense nationale à Paris. Il est présidé par M. Geoffroy de Courcel et a ses bureaux aux Invalides. J’y suis chef du service de l’information et de l’action psychologique. Mon service comprend deux sections : information et action psychologique. Pour le second, je suis aidé par un universitaire, M. Georges Pâques, dont personne ne se doutait qu’il était un agent soviétique. Pour l’information, j’ai un adjoint, M. de Boisgelin, conseiller des affaires étrangères. Chaque matin, de bonne heure, il passe au Quai, prend connaissance des rapports arrivés des ambassades et nous en rend compte. Il y a une quinzaine d’officiers spécialisés par groupe de pays, dont trois ou quatre pour l’action psychologique.

Chaque semaine, je réunis les officiers de la section information. Chacun fait le point sur le groupe de pays qu’il a mission de suivre. Je donne mes directives sur la poursuite de la recherche.

Mon premier souci est de m’assurer que nous disposons bien de toutes les sources d’information existantes et qu’elles passent bien par notre canal ; ce n’est pas le cas, en particulier pour la D.G.E.R. En contrepartie, nous leur assurons l’envoi de notre bulletin de renseignement quotidien. Chaque matin, je porte ce bulletin à la présidence du Conseil pour le général de Gaulle. Je le remets généralement à M. Jacques Foccart, avec qui j’en discute éventuellement.

Mon deuxième souci est de coordonner la recherche et l’exploitation du renseignement. À cet effet, j’obtiens la création d’un Comité du renseignement, qui réunit une fois par mois les représentants de tous les organismes de recherche sous la présidence du secrétaire général du gouvernement. Dans ces réunions, on dresse un bilan du mois écoulé et on donne des directives pour les recherches des mois à venir.

Enfin, comme ancien attaché militaire, je désire réunir les attachés militaires par région, pour voir sur place leurs possibilités, leurs difficultés et leur donner des directives. Dans ce but, j’obtiens d’organiser à Téhéran une réunion qui obtient un plein succès.

Mais au début de juin 1959, le S.G.P.D.N. fusionne avec l’état-major de la défense nationale. Le général Ely, chef de cet état-major, prend le commandement de l’ensemble et nomme un de ses officiers à mon poste. À quelques mois de la retraite, je préfère m’en aller. Je suis nommé général de brigade du cadre de réserve. Ainsi se terminent mes quarante années de vie militaire.

Quarante années caritatives

Dès 1959, j’entre à la Croix-Rouge française comme chargé de mission auprès du président André François-Poncet. À ce titre, j’effectue pour la C.R.F. et la Ligue des sociétés de Croix-Rouge de nombreuses missions : en Algérie, Hongrie, Tchécoslovaquie, Iran, Irak, Syrie, Jordanie, etc.

En 1962, je suis admis dans l’ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem. De 1973 à 1984, je suis lieutenant de France. Je me préoccupe surtout de la vie spirituelle de la Lieutenance ; j’organise une retraite annuelle, un pèlerinage annuel en Terre sainte pour les chevaliers et dames, et un autre pour les jeunes. Nous adoptons la paroisse de Taybeh, l’ancienne Ephrem. La Lieutenance y construit l’école avec enseignement secondaire, un dispensaire avec médecin et un centre d’accueil pour les pèlerins. Je deviens membre du Grand Magistère de l’Ordre pendant cinq ans.

En 1962, j’entre aussi au Conseil supérieur de la sainte enfance. Comme rapporteur pour le Proche-Orient, je visite les missions aidées par l’œuvre. De Rézayé au nord de l’Iran, de Karacoche et Tel-Keif au nord de l’Irak, de Mardin en Turquie, de Lattaquié en Syrie, à Akaba au sud de la Jordanie, de Chypre à Bagdad, je les ai toutes visitées au cours de mes quatorze ans de fonctions.

Vers 1962, je remplace mon oncle Lur-Saluces au conseil de la Société philanthropique ; je m’occupe spécialement de l’œuvre de la rue de Condé, où résident des vieillards et des étudiantes. Elle comporte un restaurant à prix doux fréquenté par des Arabes, qui s’y disputent. Puis l’immeuble est démoli avec une partie du quartier. Nous créons une maison d’étudiantes rue des Feuillantines.

En 1976, le père Riquet fonde le Comité de solidarité franco-libanais, dont je prends la présidence sur sa demande. Ce Comité aide à l’entente entre communautés libanaises, fait connaître le Liban en France, soutient les œuvres du Liban et rétablit la vérité auprès des médias. Il exerce diverses activités caritatives au Liban.

Je participe au « Comité de la Méditerranée », qui aide à régler des problèmes à Chypre, en Égypte et en Israël.

À Rome, pour la Sainte Congrégation orientale, je suis membre de la ROACO. Elle coordonne les différentes aides à la Terre sainte.

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