2016 : † Christian Narjot

Vendredi 25 Mars 2016

M. Christian Narjot († 25 mars 2016), chevalier du Saint-Sépulcre. Marié avec Agnès Aussel, dont postérité.

Frères et Sœurs,

« Le salut des âmes est, dans l’Église, la loi suprême », conclut le Code de droit canonique. À travers le très beau tissu de vie chrétienne que nous laisse M. Christian Narjot, nous voyons transparaître que ce souci fut celui de toute une vie donnée dans l’amour des siens et de l’Église.

C’est au jour du Vendredi saint que ce chevalier du Saint-Sépulcre a fermé les yeux à ce monde qui passe, dans la même sérénité que le Christ Jésus dans la Passion selon saint Jean disant : « En tes mains, Seigneur, je remets mon esprit. » C’est dans l’octave de Pâques que nous célébrons son passage de la mort à la vie ; cette semaine « in albis » est comme la continuation de la célébration de la Résurrection, dont le témoignage nous vient dès le matin de Pâques par les Saintes Femmes, les Apôtres et aujourd’hui par l’Évangile du chemin d’Emmaüs, symbole éminent de l’eucharistie qui a nourri l’âme de notre frère Christian, jusqu’à l’heure où il allait, après la lourde épreuve de la maladie, entrer dans la lumière de la Jérusalem nouvelle. Comme pour Pierre, comme pour Marie-Madeleine, comme pour les disciples d’Emmaüs, nous pouvons dire pour Christian : Il vit et il crut, car cet homme de rigueur et de charité puisait sa force dans la foi.

À la lumière de la raison et du bon sens, nous vivons tous l’évidence de la mort. N’est-il pas bien visible qu’elle paraît être le mot définitif de l’existence ? Et comme elle ne prévient pas toujours de son arrivée, nous vivons dans la peur qu’elle nous frappe à l’improviste ou qu’elle emporte brusquement ceux que nous aimons. Certes, le plus souvent, nous nous « divertissons », comme dit Pascal, nous tentons d’oublier. Mais au fond de nous, l’angoisse nous tourmente. À quoi bon dès lors se dresser pour promouvoir la justice ? C’est parfois dans notre monde, comme pour aujourd’hui les chrétiens d’Orient, un bon moyen de se faire tuer. Alors, autant se conformer aux volontés des puissants qui mènent le monde. C’est plus sûr. À quoi bon prendre des risques ?…

Christian Narjot a osé le risque de vivre et de mourir à l’image de son Seigneur, il a vu et il a cru. Alors il a su se déprendre d’une vision du monde qui donne raison à la mort comme étant le dernier mot de l’existence. Les témoins de la Résurrection témoignent de l’insuffisance radicale des seules lumières de la raison ou du bon sens pour reconnaître la vie. Il faut comprendre que « selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. » Le beau récit d’Emmaüs nous montre comment le Ressuscité nous donne la clef vivante des Écritures.

« Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants » (Sg I, 13). Dieu n’a rien à voir avec la mort. Il n’est pas contaminé par elle. Sa vie n’est pas en rivalité avec la mort. Dieu, en Jésus, a pris sur lui la mort, et par là, l’a privée pour toujours de sa nocivité. Saint Paul écrit aux Corinthiens : « La mort a été engloutie dans la victoire. Ô Mort, où est ta victoire ? Ô Mort, où est-il, ton aiguillon ? » (1 Co, 54-55). En occupant l’espace de la mort, Jésus la prive de son « aiguillon », de son venin, Jésus nous révèle que Dieu n’est que vie. Nous voyons et nous croyons aussi que lorsque les forces obscures de la mort nous touchent, à la suite de Jésus, nous dépassons nos raisons de lui donner raison. Nous apprenons alors progressivement à voir ce qui nous arrive, y compris la mort biologique, dans le sens de la vie, à la suite des premiers disciples. Nous pouvons oser la confiance en la vie, oser la foi. Nous pouvons commencer à nous découvrir prenant part à l’intérieur d’un projet qui n’a pas de fin. Nous pouvons commencer à nous dresser pour la protection des plus faibles, des plus vulnérables, des exclus qu’on pousse vers la mort. Nous pouvons choisir de ne pas nous laisser envahir et détruire par la haine, mais choisir la vie.

« De commencements en commencements, par des commencements qui n’auront pas de fin », selon la magnifique formule de Grégoire de Nysse (8e homélie sur le Cantique des cantiques), nous passons de l’ombre de la mort au clair-obscur de la foi. Nous apprenons à vivre de Pâque en Pâque, à vivre toute chose avec amour, dès maintenant et jusqu’au jour où notre vie sera emportée sans cesse plus loin dans la lumière d’un amour qui ne passera pas. Ainsi en est-il de notre frère Christian. Que de ce monde où « il n’y a plus ni deuil ni larme, mais la joie et la paix dans l’Esprit-Saint, » nous dit le rituel des funérailles, il continue de guider les pas de ceux qui l’ont connu et aimé. Amen.

Abbé Christian Chanliau.
Promoteur de justice, défenseur du lien à l’officialité de Montpellier.
Homélie des obsèques, église Saint-Denis de Montpellier, 30 mars 2016.

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