Ces Directives ont été adoptées le 3 mai 1999 à la suite de la Consulta d’octobre 1998.

Sommaire

  1. Fondements historiques et juridiques de l’Ordre
  2. La mission et la spiritualité de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem dans l’Église d’aujourd’hui
  3. L’appartenance à l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem
  4. Les lieutenances au service de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem
  5. Le Grand Magistère au service de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem
  6. Dans l’espérance de la gloire et de la résurrection

I. Fondements historiques et juridiques de l’Ordre

I. Identité de l’Ordre

Les origines de l’Ordre

1. L’Ordre des chevaliers du Saint-Sépulcre de Jérusalem, dont la création a été traditionnellement attribuée pendant longtemps à Godefroi de Bouillon, a probablement trouvé son origine dans l’investiture de chevaliers qui s’étaient rendus au XIIe siècle en Terre sainte pour défendre le royaume latin de Jérusalem. Il a hérité ses valeurs fondamentales des chevaliers croisés qui, à la même époque, faisaient partie de la Confrérie laïque des chanoines réguliers du Saint-Sépulcre.

L’Ordre apparaît de la sorte comme un rameau caractéristique de l’ancienne chevalerie chrétienne s’inspirant du modèle proposé par saint Bernard dans son ouvrage De laude novæ militiæ, incarnant l’esprit et les idéaux des croisades.

Fait exceptionnel, il était conféré exclusivement à Jérusalem sur le tombeau du Christ, par un chevalier reconnu à cet effet par les papes et les souverains.

Dans la première partie du XVe siècle, les souverains pontifes reprirent en mains cette situation complexe, en donnant réellement à l’Ordre le statut d’un véritable ordre de chevalerie et en conférant à la Custodie de Terre sainte le privilège exclusif de créer des « chevaliers du Saint-Sépulcre ».

La réorganisation de l’Ordre

2. En 1847, le Patriarcat latin de Jérusalem fut rétabli par le pape Pie IX et l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre fut réorganisé. Le nouveau Patriarche devint le grand maître de l’Ordre rénové. Les statuts révisés donnèrent la possibilité d’adouber de nouveaux membres hors de Jérusalem, par délégation du Patriarche.

En 1888, le pape Léon XIII approuva l’habitude prise par le Patriarche de recevoir des dames parmi les membres de l’Ordre.

En 1907, le pape saint Pie X assuma le titre de grand maître, le Patriarche latin devint le grand prieur, mais la grande maîtrise lui fut rendue en 1928.

En 1940, le pape Pie XII donna à l’Ordre de nouveaux statuts et nomma un cardinal comme son protecteur. En 1949, le Cardinal protecteur devint grand maître et, une fois encore, le Patriarche latin devint grand prieur.

En 1977, le pape Paul VI révisa les statuts de l’Ordre et leur donna le contenu aujourd’hui en vigueur à quelques modifications près.

Description juridique de l’Ordre

3. L’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem est une association de fidèles chrétiens, établie selon la loi ecclésiastique et à laquelle le Saint-Père a confié la mission spéciale d’aider l’Église de la Terre sainte et de renforcer la pratique de la vie chrétienne parmi ses membres[1]. L’Ordre est une personne juridique de droit canonique comme indiqué dans les lettres apostoliques du pape Pie XII en date du 14 septembre 1949 et du pape Jean XXIII en date du 8 décembre 1962 aussi bien qu’une personne juridique selon le droit de la Cité du Vatican aux termes d’un rescrit de Sa Sainteté le pape Jean-Paul II en date du 1er février 1996.

L’Ordre en tant qu’association laïque de fidèles

4. D’un point de vue juridique, l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem est une association de fidèles laïcs, qui est également ouverte aux ecclésiastiques. En termes plus précis, il s’agit, au sein de l’Église, d’une association de fidèles (qui comprend également des membres ecclésiastiques), c’est-à-dire « de ceux qui, ayant été incorporés au Christ par le baptême, sont constitués en peuple de Dieu et qui pour cette raison, faits participants, à leur manière, à la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, sont appelés à exercer, chacun selon sa condition propre, la mission que Dieu a confiée à l’Église pour qu’elle l’accomplisse dans le monde[2]. »

5. L’Ordre a tous ces éléments en commun avec d’autres associations de fidèles, selon les normes générales et le droit canonique de l’Église. Cependant, son histoire, ses objectifs, sa structure et sa spiritualité lui confèrent des caractéristiques particulières qui le distinguent des autres associations de fidèles.

6. Les documents du concile Vatican II, en particulier le décret sur l’apostolat des laïcs, Apostolicam actuositatem, soulignent l’importance des associations au sein de l’Église et principalement de l’apostolat qui leur est associé. Il y est particulièrement mis en évidence que « le lien nécessaire avec l’autorité ecclésiastique étant assuré, les laïcs ont le droit de fonder des associations, de les diriger et d’adhérer à celles qui existent[3] »…

7. L’exhortation apostolique Christifideles laici de Sa Sainteté le pape Jean-Paul II indique les critères d’ecclésialité de telles associations laïques, c’est-à-dire les critères qui définissent les associations qui sont de et dans l’Église. Ces critères sont les suivants :

  • « le primat donné à la vocation de tout chrétien à la sainteté », qui exige que toute association laïque soit « un moyen de sanctification » pour ses membres ;
  • « l’engagement à professer la foi catholique », qui exige que toute association laïque soit « un lieu d’annonce et de proposition de la foi et d’éducation à cette même foi dans son contenu intégral » ;
  • « le témoignage d’une communion solide et forte » avec le pape et l’évêque de l’Église locale, exprimée « dans une disponibilité loyale à recevoir leurs enseignements doctrinaux et leurs directives pastorales » ;
  • « l’accord et la coopération avec le but apostolique de l’Église », ce qui exige que toutes les formes d’associations laïques « soient animées d’un élan missionnaire qui en fasse des instruments toujours plus actifs d’une nouvelle évangélisation » ;
  • « l’engagement à être présents dans la société humaine pour le service de la dignité intégrale de l’homme, conformément à la doctrine sociale de l’Église[4] ».

L’Ordre en tant qu’association publique internationale de fidèles

8. L’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem a été constitué par le Saint-Siège, et a reçu une mission spécifique du Saint-Père[5] ; il s’agit, aux termes du canon 312, § 1, du Code de droit canonique, d’une association publique de fidèles.

Seul le Saint-Siège est compétent pour donner naissance à des associations publiques, universelles et internationales de fidèles. Or, l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem possède un statut approuvé et promulgué par le Saint-Siège, et l’ensemble de ses membres se situent en dehors de toute frontière nationale ou diocésaine ; il est donc une véritable association publique et internationale de fidèles.

II. La mission et la spiritualité de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem dans l’Église d’aujourd’hui

I. La mission générale des membres de l’Ordre en tant que chrétiens

La doctrine de l’Église

9. Le concile Vatican II enseigne dans la constitution dogmatique sur l’Église, Lumen gentium, que, « par son institution divine, la Sainte Église est structurée et gouvernée avec une admirable diversité ». En effet, « de même que nous avons plusieurs membres en un seul corps, et que ces membres n’ont pas tous la même fonction, ainsi, à plusieurs nous sommes un seul corps en Christ, étant tous membres les uns des autres, chacun pour sa part » (Romains, XII, 4-5).

Selon l’enseignement de l’apôtre Paul, puisqu’il y a « un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » (Éphésiens, IV, 5) qui nous unissent, ainsi, pour les membres du peuple de Dieu, choisi par lui, « commune est la dignité des membres du peuple de Dieu du fait de leur régénération dans le Christ ; commune la grâce d’adoption filiale ; commune la vocation à la perfection. Il n’y a qu’un salut, une espérance, une charité sans division[6] ».

Si donc, dans l’Église, tous ne marchent pas « par le même chemin, tous, cependant, sont appelés à la sainteté et ont reçu à titre égal la foi qui introduit dans la justice de Dieu (cf. Seconde Épître de Pierre, I, 1). Même si certains, par la volonté du Christ, sont institués docteurs dispensateurs des mystères et pasteurs pour le bien des autres, cependant, quant à la dignité et à l’activité commune à tous les fidèles dans l’édification du Christ, il règne entre tous une véritable égalité[7] ».

L’apostolat des laïcs

10. La mission des laïcs dans l’Église a un caractère séculier qui est propre à ceux-ci et qui la distingue de la mission des clercs. Les laïcs doivent « chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles, qu’ils ordonnent selon Dieu. Ils vivent au milieu du siècle, c’est-à-dire engagés dans tous les divers devoirs et travaux du monde, dans les conditions ordinaires de la vie familiale et sociale dont leur existence est comme tissée. À cette place, ils sont appelés par Dieu pour travailler comme du dedans à la sanctification du monde, à la façon d’un ferment, en exerçant leur propre charge sous la conduite de l’Esprit évangélique, et pour manifester le Christ aux autres avant tout par le témoignage de leur vie, rayonnant de foi, d’espérance et de charité[8] ».

« Ce caractère communautaire se parfait et s’achève dans l’œuvre du Christ. Car le Verbe incarné en personne a voulu entrer dans le jeu de cette solidarité… C’est en évoquant les réalités les plus ordinaires de la vie sociale, en se servant des mots et des images de l’existence la plus quotidienne, qu’il a révélé aux hommes l’amour du Père et la magnificence de leur vocation. Il a sanctifié les liens humains, notamment ceux de la famille, source de la vie sociale. Il s’est volontairement soumis aux lois de sa patrie. Il a voulu mener la vie d’un artisan de son temps et de sa région[9] ».

II. La responsabilité sociale des membres de l’Ordre

Les défis de la société moderne

11. Le développement d’une société multiculturelle, la sécularisation de la vie publique, les menaces toujours croissantes qui pèsent sur l’institution du mariage et, par conséquent, sur la famille, le chômage de longue durée, l’évolution économique de la société, la crise des systèmes de protection sociale, la globalisation de l’économie mondiale, la bioéthique et la biotechnologie, les migrations et l’écologie sont quelques-uns des grands problèmes de la société moderne à la veille du nouveau millénaire.

Quels moyens le chrétien engagé a-t-il à sa disposition pour analyser tous ces problèmes et œuvrer d’une façon active à leur trouver une solution chrétienne ?

Le bien commun

12. La recherche du bien commun est essentielle pour la société. Le bien commun est l’ensemble des conditions de vie sociale qui facilitent au groupe et à chacun de ses membres d’atteindre de la façon la plus complète la perfection. Ses principes fondamentaux sont guidés par les lois éternelles, et exigent de ses citoyens qu’ils fassent leur devoir et contribuent à un tel bien commun, ce qui doit être la préoccupation des hommes d’État. Le bien commun est fondamental pour une vie politique qui soit vraiment humaine ; il est la source des droits primordiaux propres à l’État. Cela exige l’égalité légale des citoyens et consacre les droits et les devoirs de la personne humaine ; il n’est jamais permis de donner priorité à ses intérêts personnels au lieu de la donner au bien commun.

La doctrine sociale catholique

13. Dans tous les domaines mentionnés ci-dessus, les enseignements du Saint-Père sont de la plus grande importance. La doctrine sociale catholique donne clairement et concrètement une impulsion à la solution des problèmes cités, qu’il s’agisse des différents secteurs de la science et de la technologie comme des domaines publics ou privés de la vie humaine.

La doctrine sociale de l’Église offre trois armes dans cette lutte : la primauté de la personne humaine, la priorité du bien commun et la reconnaissance de la créature appelée à être la collaboratrice de Dieu dans l’œuvre de la création.

La personne humaine

14. Le développement échevelé de l’économie et de la technologie a rendu très difficile, pour les individus et les gouvernements, de résoudre les nouveaux problèmes moraux qui peu à peu se sont posés. Dans cette situation générale où manque une « boussole » morale, la nécessité d’un système de valeurs et de règles reposant sur de solides fondations métaphysiques est douloureusement ressentie. Sans ces repères, la communauté humaine est destinée, soit à dégénérer en un champ de bataille entre égoïsmes individuels et égoïsmes collectifs, soit à finir dans le désastre d’une dictature qui établirait alors des normes obligatoires pour toutes les sphères de la vie.

Dans un monde qui est séduit par le pouvoir économique et par le progrès technique, la subordination de la dignité de l’être humain aux nécessités et aux lois de l’économie est devenue une tentation fondamentale. C’est seulement en considérant l’homme comme fils de Dieu que l’individu peut être libéré de ces restrictions qui lui ont été imposées par les forces économiques et technologiques.

Sans une totale adhésion à la primauté de la personne humaine, la lutte pour la dignité et les droits de l’homme ne peut qu’être perdue à la longue.

La collaboration à l’œuvre de la création

15. Outre le principe de la primauté de la personne humaine et de la priorité du bien commun, la reconnaissance de l’homme en tant que collaborateur de Dieu à l’œuvre de la création constitue la troisième règle de vie pour notre temps, et la troisième « ancre » contre le flot des changements de l’économie mondiale et des technologies qui ont échappé à tout contrôle.

Seul celui qui a réussi à comprendre qu’il n’est pas le propriétaire de ses propres talents (Matthieu, XXV, 14-30), et qu’ils ne lui ont été que confiés en proportion de ses capacités, est conscient d’avoir été appelé à continuer le processus divin de la création par ses actes concrets et ses soins fervents. L’agrandissement du royaume de Dieu sur la terre dépend de l’engagement de chacun ; comme la parabole le dit, ne rien faire par peur et se contenter de rendre sans intérêt les talents confiés donne matière à condamnation du serviteur infidèle.

III. La mission spécifique des membres de l’Ordre

Le mandat actuel de l’Ordre

16. L’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem a reçu du Saint-Père le mandat spécial de renforcer la pratique de la vie chrétienne parmi ses membres et d’aider au maintien de la présence chrétienne en Terre sainte. On pourrait dire que le Pape a restitué à l’Ordre sa fonction primitive, avec la grande différence que les moyens ne sont plus la force des armes, mais l’aide fraternelle aux chrétiens de Terre sainte. Spirituellement, nous sommes encore des chevaliers du Saint-Sépulcre.

A. Renforcer la pratique de la vie chrétienne parmi les membres de l’Ordre

Les qualités requises des membres de l’Ordre

17. Les membres de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem doivent se distinguer par leur conduite morale exemplaire, leur dévotion religieuse personnelle, leur pratique assidue de la foi chrétienne, leur participation aux activités de l’Église au niveau paroissial et diocésain, leur volonté de s’engager dans les œuvres d’apostolat laïc propres à l’Ordre au service de l’Église, leur esprit œcuménique, et par leur intérêt actif pour les besoins et les problèmes de la Terre sainte[10].

Les candidats s’engagent par de nouveaux liens à de telles activités missionnaires, dans lesquelles ils sont assistés par les sacrements du baptême et, surtout, de la confirmation. La vie de chaque membre porte spécialement témoignage devant le monde. De la même façon que ses échecs discréditent l’Église, ses succès contribuent à la gloire de Dieu.

18. Être membre de l’Ordre fait présumer la ferme volonté de développer et d’approfondir les trois vertus qui caractérisent celui-ci : le zèle au renoncement de soi au milieu de la société d’abondance, l’engagement généreux envers les faibles et ceux qui sont sans défense, et la lutte courageuse pour la justice et la paix[11].

Le zèle au « renoncement » de soi dans une société d’abondance

19. Les membres de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem doivent faire preuve d’une certaine forme d’autodiscipline et de témoignage chrétiens : c’est-à-dire d’une disposition intérieure au détachement, d’une volonté de subordonner leurs intérêts personnels aux besoins des autres et au bien commun, et d’une grande générosité dans l’utilisation au service d’autrui de leurs ressources matérielles et spirituelles, ainsi que de leurs talents, leur influence, leur temps et leur énergie.

L’engagement généreux envers les personnes les plus faibles ou sans défense

20. Les membres de l’Ordre ont un domaine particulier de responsabilité et d’apostolat chrétiens : l’assistance morale, matérielle et spirituelle aux pauvres, aux personnes sans ressources ni moyens pour se faire entendre, aux opprimés et à ceux qui n’ont pas la possibilité de défendre ni eux ni leurs droits.

La lutte courageuse pour la justice et la paix

21. Les membres de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem sont invités à exercer des activités spécifiques qui englobent l’éducation, la diffusion d’informations renforçant la conscience politique, la prise de parole, les initiatives en faveur de la reconnaissance et de la défense de la dignité humaine de chaque personne, le respect des droits fondamentaux et inaliénables de l’homme, l’égalité de tous devant la loi, la liberté, l’absence de discrimination, la sécurité, l’épanouissement humain, ainsi qu’une qualité de vie juste.

B. Soutenir la présence chrétienne en Terre sainte

L’étendue du mandat de l’Ordre

22. Soutenir la présence chrétienne en Terre sainte signifie à la fois contribuer à assurer l’existence des communautés chrétiennes — c’est-à-dire l’Église — qui vivent en Terre sainte, et porter témoignage des valeurs chrétiennes dans cette région.

Par Terre sainte, on entend tout le territoire désigné comme « Terre promise » dans les Écritures saintes et associé, d’une façon particulière, à la vie et à l’enseignement de Jésus.

23. Outre son souci pour les Lieux saints, l’Ordre soutient et aide les œuvres et les institutions cultuelles, caritatives, culturelles et sociales de l’Église en Terre sainte, particulièrement celles du et dans le Patriarcat latin de Jérusalem, avec lequel l’Ordre maintient des liens historiques et traditionnels.

Le Patriarcat latin de Jérusalem

24. Le Patriarcat latin de Jérusalem est le diocèse catholique latin dont le territoire comprend Israël et la Palestine, la Jordanie et Chypre. (L’île de Chypre n’entre pas dans les territoires traditionnellement indiqués comme Terre sainte.) L’évêque de ce diocèse a droit au titre de patriarche.

La Custodie de Terre sainte

25. La Custodie de Terre sainte est une province particulière de l’Ordre franciscain qui comprend ses membres permanents, mais qui accueille aussi en service temporaire des franciscains appartenant à d’autres juridictions. De 1333 jusqu’au rétablissement du Patriarcat latin en 1847, la Custodie a représenté l’Église catholique latine en Terre sainte. Non seulement elle s’occupe des principaux sanctuaires chrétiens, mais elle maintient aussi tout un réseau de paroisses, d’instituts éducatifs et de services sociaux en Israël et en Palestine, en Jordanie, au Liban, en Syrie et en Égypte. Elle a ses propres moyens pour recueillir les ressources qui lui sont nécessaires.

Les Églises catholiques orientales

26. Il y a trois juridictions grecques-melkites catholiques en Terre sainte : l’archéparchie grecque-melkite de Saint-Jean-d’Acre et l’archéparchie grecque-melkite de Pétra et Philadelphie en Jordanie, ainsi que le territoire de Jérusalem qui est gouverné par un protosyncelle et dépend du patriarche grec-melkite catholique. Il existe également une archéparchie maronite de Haïfa et de Terre sainte, et des exarchats patriarcaux maronite, arménien-catholique, syrien-catholique et chaldéen-catholique de Jérusalem.

Les Églises orthodoxes

27. Le patriarcat grec-orthodoxe et le patriarcat arménien de Jérusalem comprennent dans leur juridiction aussi bien Israël et la Palestine que la Jordanie. Il existe également un archidiocèse copte-orthodoxe de Jérusalem et du Moyen-Orient, un archidiocèse orthodoxe éthiopien de Jérusalem et un vicariat patriarcal orthodoxe syriaque. L’Église orthodoxe russe a elle-même d’importants sanctuaires et propriétés en Terre sainte.

Les autres Églises chrétiennes

28. L’Église anglicane et « l’Église luthérienne » ont toutes deux des diocèses à Jérusalem et les luthériens allemands ont aussi leur Probst. D’autres Églises et d’autres communautés protestantes et chrétiennes y ont également leurs institutions et leurs activités.

Les religions non chrétiennes

29. Les principales religions de la Terre sainte sont le judaïsme et l’islam. En Israël, la majorité de la population est juive de culture et de tradition, encore que seule une minorité soit pratiquante. Les musulmans de Terre sainte appartiennent à la branche sunnite de l’islam. On relève également la présence des druzes, qui, historiquement, dérivent de la branche minoritaire chiite de l’islam mais qui, en réalité, constituent une religion à part.

Le rôle de l’Ordre

30. L’activité caritative de l’Ordre s’étend à tous ceux qui en ont besoin, indépendamment de leur croyance et de leur profession religieuse. Elle s’exerce suivant des directives approuvées par le Grand Magistère.

L’œuvre de l’Ordre dans et pour la Terre sainte

31. La réalisation d’initiatives d’assistance et de développement, l’aide caritative aux jeunes, aux handicapés, aux vieillards et aux marginaux, la contribution au développement social par l’éducation aussi bien que la défense de la liberté de culte, la promotion de l’œcuménisme, la défense des minorités ethniques et la recherche de la justice et de la paix, tels sont les objectifs que l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem doit s’efforcer d’atteindre en Terre sainte.

Dans un esprit d’union et de charité, l’Ordre s’efforce d’intéresser les catholiques et les autres chrétiens du monde à ses activités et à ses fins en Terre sainte.

L’aide matérielle

32. L’assistance matérielle apportée par l’Ordre en Terre sainte consiste particulièrement en soutien financier aux activités institutionnelles du Patriarcat latin de Jérusalem, ce qui inclut les charges pastorales, l’entretien des églises paroissiales et des édifices scolaires, ainsi que les subventions de fonctionnement aux écoles.

Cette assistance comprend aussi l’aide financière pour la construction, la restauration, l’achèvement et l’entretien des autres églises et sanctuaires, des institutions éducatives, des centres de formation, des résidences pour les prêtres et les religieux, des centres pour les enfants, des institutions pour les vieillards et les infirmes et des établissements médicaux et sociaux.

L’Ordre apporte encore son soutien à des projets et des programmes de développement social sous la forme d’aides au logement, de bourses d’études, de petits prêts de démarrage aux entreprises et d’autres types d’assistance sociale.

Coopération avec d’autres organisations

33. L’Ordre collabore, sous la direction du Grand Magistère, avec d’autres agences et organisations, gouvernementales ou non, de nature religieuse ou laïque, ayant des buts en Terre sainte similaires à ceux de l’Ordre.

IV. La spiritualité de l’Ordre

Le caractère central de la Résurrection

34. Le nom même de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem indique le point central de sa spiritualité : le sépulcre du Seigneur, c’est-à-dire le lieu où est célébrée la gloire de Sa résurrection.

À ce propos, les extraits qui suivent, tirés des enseignements du concile Vatican II, semblent avoir été écrits presque spécialement pour les membres de l’Ordre : « Chacun des laïcs doit être, devant le monde, le témoin de la résurrection et de la vie du Seigneur Jésus et le signe du Dieu vivant[12] ».

À la lumière de ces paroles, les chevaliers et les dames de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem — de la Résurrection ! — doivent être tout particulièrement fiers d’appartenir à cette sainte milice.

Miles Christi

35. Aux temps guerriers de siècles très lointains, se proclamer miles Christi, c’est-à-dire « soldat du Christ », avait un attrait spécial. Les premiers chevaliers n’hésitaient pas à donner leur vie pour défendre et garder le Saint Sépulcre en un témoignage silencieux mais éloquent de ce fait fondamental de notre foi, qui est la résurrection de Jésus-Christ, Notre Seigneur, ainsi que pour protéger la présence de l’Église et des chrétiens en Terre sainte.

Le chevalier s’engageait à faire preuve d’une fidélité généreuse dans l’accomplissement de ses devoirs de chrétien et à apporter une assistance temporelle, par amour du Christ ressuscité, vainqueur du péché et de la mort, à ceux qui professaient la foi chrétienne sur une terre dévastée par la guerre et objet de tant de larmes.

Les chevaliers et les dames doivent aujourd’hui encore veiller à être des « soldats du Christ », combattant par la parole et le témoignage personnel pour la solution de myriades de problèmes du monde moderne. Ils ne livrent pas bataille pour la possession d’une ville particulière mais pour le monde lui-même. Le champ de bataille, de nos jours, est plus vaste, et couvert de plus d’innocentes victimes, auxquelles notre aide est beaucoup plus nécessaire que n’auraient pu l’imaginer les vaillants croisés. Le courage et la persévérance requis dans la lutte en ces temps modernes surpassent de loin ceux de jadis.

L’engagement des chevaliers et des dames aujourd’hui

36. Aujourd’hui, le sens de l’engagement qui découle de la foi du baptême nous pousse tout d’abord « à la redécouverte du baptême comme fondement de l’existence chrétienne[13] » à porter un témoignage explicite de notre foi, continuellement mieux informée grâce à « une étude détaillée du Catéchisme de l’Église catholique, pour éclairer nos consciences » et en progressant toujours davantage vers une connaissance plus approfondie de Jésus-Christ et de son Église[14].

C’est là un des moyens de faire en sorte que les paroles des Actes des Apôtres deviennent une réalité : « vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes des Apôtres, I, 8).

Les paroles suivantes de Paul VI sont elles aussi toujours pertinentes : « l’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins[15] ». Être témoin, c’est la manifestation extérieure de notre adhésion au Christ, par la foi, aussi bien qu’un témoignage de charité et d’espérance au service de nos frères et de nos sœurs.

Sénèque disait : longum iter est per præcepta, breve et efficax per exempla (Epistolæ ad Lucilium, VI, 5), « la route de l’enseignement est longue, celle des exemples est courte et efficace. »

Le pèlerinage en Terre sainte

37. Un pèlerinage au Saint Sépulcre de Notre Seigneur et en Terre sainte représente une obligation morale dont chaque chevalier ou dame de l’Ordre doit s’acquitter, avec l’aide de Dieu, une fois au moins dans sa vie.

En tant que « pèlerinage de la foi », il nous aide à mieux saisir le sens de nos vies et à percevoir que leur fondement réside dans la résurrection du Seigneur ; il nous rend réceptifs à une compréhension mutuelle, à la fois œcuménique et charitable, avec nos frères et sœurs dans la foi, et il nous rappelle que le « chemin de la croix » est celui de la vie et de l’espoir.

Le pèlerinage au Sépulcre du Seigneur et aux autres Lieux saints est aussi un acte de solidarité avec l’Église de la Terre sainte. Notre présence parmi ses fidèles est un encouragement à la minorité chrétienne de ce pays, qui vit au milieu de tant de problèmes, de pressions et de difficultés.

Au retour, avec une foi renforcée et une expérience nouvelle du « pays de la Bible » et de son peuple, nous sommes capables de porter un témoignage tout particulier auprès de ceux avec lesquels nous vivons et travaillons. (Voir également paragraphe 65.)

La dévotion à Notre-Dame

38. Une dévotion filiale à la bienheureuse Vierge Marie doit être une caractéristique particulière de chaque membre de l’Ordre. De même que la foi de Marie, mère de Jésus, illuminait le chemin suivi par les premiers disciples, elle doit aussi illuminer le chemin que prend chaque chevalier ou dame. Marie, le « modèle de la foi vécue[16] », est la « femme fidèle à la voix de l’Esprit, la femme du silence et de l’espérance[17] ». En tant que fille préférée du Père, elle est « l’exemple parfait de l’amour envers à la fois Dieu et le prochain[18] ».

La paix, l’œcuménisme et la justice

39. Chaque membre de l’Ordre doit être, autour de lui, un catalyseur et un ferment afin de faire progresser le souci de la paix et de l’union des chrétiens en Terre sainte, ce territoire sacré que l’Église a confié d’une façon toute spéciale à l’Ordre. C’est là le « point de vue œcuménique » que le pape Jean-Paul II a demandé d’adopter pour la préparation du Grand Jubilé de l’an 2000[19].

Cette préparation exige que chaque membre de l’Ordre s’emploie, dans toute la mesure de ses moyens, à intéresser la société, au sens large, à la défense du droit à l’existence de tous les peuples, et des droits de l’Église en tant que messagère de paix et de justice parmi les peuples.

Les chevaliers ou les dames du Saint-Sépulcre restent toujours des milites Christi, constamment engagés dans la lutte pour construire le monde moderne et collaborer au continuel travail divin de création.

Sources et moyens

40. La recherche de spiritualité par les membres de l’Ordre trouve ses sources dans les Saintes Écritures, dans l’enseignement de l’Église, dans les dispositions des statuts et les directives du Grand Maître : elle vise à renforcer la vie chrétienne des chevaliers et des dames grâce aux programmes et aux efforts des lieutenants et l’action constante des délégués et des prieurs de délégation qui leur sont les plus proches.

III. L’appartenance à l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem

I. La sélection des candidats à l’Ordre

La responsabilité du Lieutenant

41. La sélection des candidats, qui relève en dernier ressort de la compétence du Lieutenant, doit être exercée en étroite collaboration avec le Grand Prieur, les membres du Conseil de la Lieutenance, ainsi que les délégués et les prieurs de délégation.

Le Lieutenant ainsi assisté ne doit pas se borner à évaluer les qualifications des candidats, mais doit essayer d’intéresser aussi les personnes habitant sur le territoire de la Lieutenance et possédant les qualités morales, religieuses et professionnelles nécessaires pour rejoindre l’Ordre.

Le profil requis des candidats

42. La personnalité du futur membre de l’Ordre, chevalier ou dame, devra être caractérisé non seulement par une vie exemplaire, mais aussi par un témoignage visible de son engagement de laïc chrétien, dans les activités de l’Église locale au niveau diocésain ou paroissial comme dans les œuvres de caractère communautaire et bénévole (voir également chapitre II, section III-A).

L’admission à l’Ordre ne devra pas être déterminée uniquement par l’attente de dons que le candidat pourra faire, de sorte que passent au second plan ses mérites de laïc engagé dans les activités quotidiennes de l’Église. Il y a en effet des membres potentiels de l’Ordre qui ne pourront participer que d’une manière limitée aux activités caritatives de la Lieutenance, du fait de la modestie de leurs ressources financières, mais qui pourront apporter un grand soutien aux délégations locales.

Nul ne peut être considéré comme un candidat à l’admission pour le seul motif d’être l’époux, le parent ou l’ami proche d’un membre de l’Ordre.

Les candidats à l’admission dans l’Ordre seront invités à adresser une déclaration écrite exprimant leur désir d’y entrer, et leur intention d’en accepter toutes les obligations.

Les femmes et les jeunes dans l’Ordre

43. L’avenir de l’Ordre et ses perspectives de développement exigent la présence diversifiée parmi ses membres à la fois de chevaliers et de dames qui remplissent les conditions d’admission demandées.

L’Ordre ne doit pas, par conséquent, se limiter aux personnes âgées ou aux retraités. Il a besoin d’hommes et de femmes jeunes pour l’animer, lesquels, outre leurs qualités humaines et leurs personnalités de chrétiens, peuvent lui donner l’appui financier ou autre qui est requis.

Tout en appréciant le résultat, déjà acquis, de la possibilité, pour les dames, d’accéder à tous les offices destinés aux laïques, il serait souhaitable d’étudier attentivement si l’on pourrait envisager un rôle spécifique que les femmes et les jeunes seraient appelés à jouer dans la vie de l’Ordre.

II. La préparation des candidats

La période de préparation

44. Tous les candidats à l’admission dans l’Ordre, hommes ou femmes, doivent suivre une formation sous l’égide d’un chevalier ou d’une dame d’une ancienneté et d’une expérience adéquate, et assistés, si possible, par un ecclésiastique. Ils doivent commencer en participant aux diverses activités organisées par la Lieutenance, afin d’élargir leur connaissance de l’Ordre et de son esprit, de sorte qu’ils puissent arriver à leur investiture pleinement conscients de ce que signifie le fait d’être un chevalier ou une dame, et de ce qu’est la position de l’Ordre par rapport à l’Église et à la société d’aujourd’hui.

Le contenu et l’étendue de la préparation des candidats

45. La préparation des candidats ne doit pas se limiter à la participation aux activités religieuses, elle doit également les initier à la connaissance de la structure et du fonctionnement de l’Ordre, de ses idéaux spirituels spécifiques et de ses engagements caritatifs, de façon à permettre de constater, avant toute décision sur leur admission, qu’ils y adhèrent et sont prêts à s’y conformer.

Dans cette perspective, des thèmes d’études tels que « l’Église et les Lieux saints », « le Patriarcat latin de Jérusalem », « le pèlerinage en Terre sainte et sa signification spirituelle », « l’ordre du Saint-Sépulcre dans l’histoire et aujourd’hui », « Jérusalem et son importance pour les chrétiens » et d’autres de ce genre, tels « les religions de Terre sainte », doivent notamment être portés à l’attention des candidats.

III. Les cérémonies d’investiture de l’Ordre

La liturgie et les symboles

46. La liturgie chrétienne comprend des symboles et des signes que l’on peut étudier par le moyen des sciences humaines, mais que l’on ne peut comprendre que par la foi et l’appartenance à l’Église. Comme l’a enseigné le concile Vatican II : « dans la liturgie, Dieu parle à son peuple ; le Christ annonce encore son Évangile. Et le peuple répond à Dieu par les chants et la prière[20] ».

47. Les symboles et les signes sont nécessaires ; sans eux, rites et cérémonies peuvent perdre une partie de leur signification spirituelle. Ces symboles et ces signes doivent être clairs, compréhensibles, porteurs d’un message spirituel qui renforce, pour ceux qui les perçoivent, l’engagement à une vie chrétienne. L’Église, avec les réformes introduites dans sa liturgie ces dernières décennies, offre à l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem une façon d’agir et un modèle pour actualiser et réformer ses cérémonies et ses rites.

Les symboles évocateurs utilisés par l’Ordre

48. L’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem possède, avec l’accord de l’Église, ses propres rites et cérémonies qui expriment ses caractères distinctifs, ainsi que sa mission au sein du corps mystique du Christ, qui est l’Église.

Le sépulcre du Christ est le grand symbole de cette association particulière de fidèles dévoués à accomplir cette mission et à atteindre les objectifs qui leur ont été confiés par l’Église.

Parmi les autres symboles qui sont chers à l’Ordre et le caractérisent, il y a les cinq croix potencées, ou croix de Jérusalem, qui constituent son emblème. Leur couleur rouge sang rappelle l’amour du Christ, notre Rédempteur (Jean, XV, 13), son sang répandu pour nous, sa mort et sa Résurrection.

Le manteau, habit de chœur ou d’église, symbolise le vêtement des élus et le manteau de justice (Isaïe, LXI, 10), témoignage de notre union de grâce avec le Christ, l’Agneau immaculé.

La participation des membres de l’Ordre aux actes de culte public dans l’Église, en tant que communauté de fidèles appartenant au peuple de Dieu, et l’accolade en signe de paix avec laquelle les nouveaux membres sont accueillis et reçus dans l’Ordre, sont eux aussi des signes remarquables et évocateurs de grande importance.

La compréhension correcte des symboles de l’Ordre

49. Certains symboles utilisés par l’Ordre au cours de l’histoire ont, avec le passage du temps et les changements intervenus dans la culture et les usages de la société, perdu une partie du puissant symbolisme d’origine de leur message et la signification à laquelle ils étaient attachés. En fait, dans beaucoup de cultures modernes, quelques-uns de ces symboles ont été mal compris, au point d’exprimer parfois le contraire de leur sens originel.

Ce que le concile Vatican II dit de la liturgie de l’Église elle-même est ici très approprié : « celle-ci comporte une partie immuable, celle qui est d’institution divine, et des parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges et même le doivent, s’il s’y introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées[21] ».

50. Un des plus importants symboles utilisés dans les cérémonies de l’Ordre est l’épée, parfois appelée épée de Godefroi. Au départ, elle rappelait les origines de l’Ordre, liés à la conquête de la Terre sainte par les croisés et à la protection de chrétiens et de pèlerins. Dans la société d’aujourd’hui, qui apprécie moins les symboles touchant aux armes et se réclame de la paix et de la justice, particulièrement en Terre sainte, il paraît important d’insister sur le symbolisme spirituel de l’épée.

Saint Paul nous dit comment nous engager nous-mêmes dans la bataille contre le mal (Éphésiens, VI, 13-17) : « Saisissez donc l’armure de Dieu, afin qu’au jour mauvais, vous puissiez résister et demeurer debout, ayant tout mis en œuvre. Debout donc ! À la taille, la vérité pour ceinturon, avec la justice pour cuirasse et comme chaussures aux pieds l’élan pour annoncer l’Évangile de la paix. Prenez surtout le bouclier de la foi ; il vous permettra d’éteindre tous les projectiles enflammés du Malin. Recevez enfin le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu ».

L’épée est aussi un symbole approprié de cet important idéal de la chevalerie qui fait également partie de la mission d’un chevalier aujourd’hui, à savoir la défense du faible et des gens sans protection. Elle évoque enfin un autre important aspect de la spiritualité et de la vie d’un chevalier ou d’une dame de nos jours, à savoir la lutte courageuse pour la justice et la paix.

51. Un autre élément des cérémonies de l’Ordre qui — pour des raisons évidentes — a perdu beaucoup de sa signification d’origine est la présentation des éperons. Par conséquent, si l’on désire retenir cet élément, il conviendrait de donner à ce moment de la cérémonie une signification spirituelle plus large. En effet, il indique le soin qu’il nous faut porter aux choses qui appartiennent à Dieu, en nous éperonnant — nous et d’autres — envers le bien et la charité, comme le dit saint Paul : « les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Évangile de la paix » (Éphésiens, VI, 15).

Le réexamen des cérémonies et des symboles de l’Ordre

52. L’emblème de l’Ordre, dit des cinq croix ou de la croix de Jérusalem, doit se voir reconnaître une place plus importante dans les cérémonies, spécialement dans le déroulement de l’investiture elle-même. La remise de la croix doit être le premier acte symbolique des cérémonies d’investiture, avant l’adoubement ou la remise de l’épée ; la croix est le symbole le plus évocateur et significatif. L’épée et les éperons sont les symboles de l’ordre équestre.

Le chevalier de jadis qui avait décidé de participer à la croisade pour libérer la Terre sainte était revêtu de la croix comme symbole de son engagement ; celui (celle) qui est admis dans l’Ordre reçoit la croix comme symbole de ce qu’il se voit confier une responsabilité particulière dans l’Église pour la Terre sainte.

53. Également importante est la présentation des Évangiles, véritable code des chevaliers du Christ, ainsi que rappel de l’engagement évangélique permanent pris par celui (celle) qui entre dans l’Ordre. Il ne faut pas oublier que la croix est le message des Évangiles (saint Paul, Première Épître aux Corinthiens, I, 18).

54. Le tout dernier acte du temps de préparation à l’admission dans l’Ordre pourrait s’appeler « veillée pénitentielle de prière » au lieu de « veillée d’armes » ou autre expression militaire utilisée dans le passé. Celle-ci sera normalement célébrée dans la soirée précédant la cérémonie d’investiture. Elle consistera en une liturgie de la Parole, accompagnée de prières choisies, de lectures et d’une homélie. Pendant la veillée, les manteaux et les insignes des candidats seront bénis. En tout cas, l’on souhaiterait une meilleure harmonisation des cérémonies de « veillée » parmi les lieutenances.

Le caractère de la veillée doit aussi symboliser et servir à la préparation immédiate du candidat à engager sa vie au service de l’Ordre.

55. En ce qui concerne les textes liturgiques des cérémonies et des célébrations de l’Ordre, ils doivent être enrichis d’enseignements de la Bible et de la doctrine, à la fois dans les exhortations et les formules, de sorte qu’indépendamment des messages spirituels qu’elles contiennent, celles-ci forment un petit manuel où chevaliers et dames trouveront des éléments de réflexion, des encouragements et des motivations nouvelles pour développer la mission dans laquelle ils se sont engagés devant toute l’Église.

56. Le symbolisme de la différence de couleurs des manteaux des chevaliers et des dames n’est pas bien compris de nos jours par certains membres de l’Ordre, et parfois mis en question par de potentiels candidats.

57. Une commission spéciale pourrait se pencher sur les idées et suggestions indiquées dans les paragraphes qui précèdent et, après avoir consulté les lieutenances et particulièrement leurs grands prieurs, soumettre des propositions concrètes au Grand Magistère.

IV. La formation permanente des membres de l’Ordre

La responsabilité du Lieutenant et du Grand Prieur

58. Les lieutenants, avec l’aide des grands prieurs et des prieurs, doivent veiller à assurer la formation permanente des chevaliers et des dames.

Les thèmes spécifiques de la formation permanente

59. Dans un contexte qui concerne non seulement l’engagement envers l’apostolat, mais aussi la formation permanente des membres de l’Ordre et une connaissance approfondie de leur présence dans la vie de l’Église, les lieutenances elles-mêmes (ou par l’intermédiaire des sections ou délégations, avec l’aide des ecclésiastiques) devraient étendre la formation permanente de leurs membres : elles devraient organiser des assemblées ou des conférences traitant des sujets visant à approfondir le sens de la vie chrétienne, la connaissance des Saintes Écritures, les mystères de la résurrection du Seigneur, les enseignements de l’Église, en particulier les encycliques papales et d’autres documents récents, ainsi que l’histoire et la spiritualité de l’Ordre.

En outre, les lieutenances devraient promouvoir des activités de nature morale, culturelle et religieuse afin de nourrir le débat et éclairer l’appréciation publique des problèmes moraux et sociaux.

Des schémas d’études ou de discussions doivent être préparés par des experts qualifiés, et distribués aux lieutenances de l’Ordre, afin de faciliter la formation permanente de ses membres. Les Annales de l’Ordre et les différents bulletins des lieutenances peuvent également être utilisés comme des moyens de formation permanente.

IV. Les lieutenances au service de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem

L’importance du rôle des lieutenances

60. Les activités des lieutenances sont vitales pour l’existence de l’ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem en général et pour la poursuite de ses objectifs et de ses idéaux.

I. La relation des lieutenances avec le Grand Magistère

61. La vie de l’Ordre se réalise dans les lieutenances. Celles-ci sont les lieux où l’Ordre peut recruter et former ses membres, se nourrir de sa spiritualité, se renouveler dans la fraternité et l’amour des uns pour les autres, et témoigner de sa vitalité aux yeux de la société environnante.

Les lieutenances jouissent nécessairement d’un haut degré d’autonomie, étant donné en particulier la diversité des conditions sociales et économiques dans lesquelles elles opèrent. Cette situation est reconnue dans le propre statut de l’Ordre[22].

Mais les lieutenances sont parties intégrantes de ce dernier et lui demeurent, bien sûr, subordonnées. L’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, répandu à travers le monde, constitue un seul corps, sous la direction d’une seule autorité centrale, le Grand Maître, lequel est nommé par le Saint-Père et assisté par le Grand Magistère. Il est du devoir et de la responsabilité du Grand Magistère de prendre les mesures et d’adopter les directives qui s’imposent à toutes les lieutenances afin d’assurer en permanence l’unité de dessein et d’action de l’Ordre lui-même. Les lieutenances ont la responsabilité et le devoir correspondants de coopérer et de répondre positivement à ces mesures et directives dans l’intérêt de l’unité de l’Ordre.

II. Les responsabilités des lieutenances

62. Chaque Lieutenant, assisté du Grand Prieur et des membres du Conseil de la Lieutenance, assume toute une série de responsabilités concernant la vie de la Lieutenance, qui s’ajoutent à celles relatives à la sélection des nouveaux membres (chapitre III, sections I et II) et aux activités charitables pour la Terre sainte.

Chaque Lieutenant est responsable :

  1. Pour le progrès moral de la Lieutenance qui lui est confiée ; il s’agit pour lui d’une responsabilité prioritaire et d’une condition indispensable à toute autre activité d’ordre caritatif, d’organisation ou d’assistance ;
  2. Pour la promotion d’une meilleure connaissance de l’Ordre dans la société au sein de laquelle la Lieutenance agit ;
  3. Pour l’établissement ou, dans la plupart des cas, le renforcement des rapports entre la Lieutenance et l’évêque local, en assurant la participation des chevaliers et des dames aux activités de charité et d’apostolat au sein du diocèse ou, du moins, en faisant part à l’évêque local de leur disponibilité au service de l’Église ;
  4. Pour l’augmentation du nombre des membres de la Lieutenance, ainsi que pour un réexamen critique de ses méthodes de recrutement et de ses critères de sélection.

Assurer de façon adéquate la direction de la Lieutenance

63. Le Lieutenant est spécialement responsable de la préparation des membres de la Lieutenance à assurer des responsabilités particulières dans le fonctionnement et la vie interne de celle-ci. Il doit veiller à la rotation régulière des chevaliers et des dames faisant partie du Conseil de la Lieutenance, et à l’observation par tous des obligations fixées aux articles 42 et 44 des statuts de l’Ordre.

En outre, quand la fin de son mandat approche, le Lieutenant doit, avec l’assentiment du Grand Prieur, suggérer au Grand Maître, comme successeurs possibles, au moins deux candidats qui conviendraient et seraient disponibles parmi les membres de la Lieutenance.

Maintenir une participation effective des membres de l’Ordre aux activités de la Lieutenance

64. La responsabilité de tout Lieutenant comprend la révision régulière des listes de chevaliers et de dames afin de déterminer les intentions véritables de ceux qui, avec le temps, donnent l’impression d’avoir perdu intérêt pour les idéaux et les activités de l’Ordre afin de les encourager à persévérer. Cette révision, qui doit être menée selon des procédures arrêtées par le Grand Magistère et, de toute façon, en faisant preuve de beaucoup de charité chrétienne et de discrétion, peut, si nécessaire, aboutir à suspendre formellement les intéressés des activités de l’Ordre (selon la procédure fixée à l’article 51 des statuts) ou, plus simplement, à cesser de communiquer avec eux.

L’organisation des pèlerinages en Terre sainte

65. Le Lieutenant, soit personnellement, soit par l’entremise d’un directeur ou d’un coordonnateur de pèlerinages désigné, devrait veiller à la programmation, la promotion, l’organisation et la réalisation des pèlerinages de la Lieutenance en Terre sainte.

Le pèlerinage, outre des visites au Saint-Sépulcre et à d’autres Lieux saints, devrait permettre des contacts directs avec l’Église locale en Terre sainte ; par exemple, la participation à une messe paroissiale (ce qui donnerait la possibilité d’une rencontre avec le pasteur et les fidèles) ; une visite à l’université de Bethléem avec l’opportunité de rencontrer des étudiants et le corps enseignant ; ou des visites par petits groupes de pèlerins à des maisons particulières de familles chrétiennes dans une paroisse ou dans un quartier déterminés. Le conseil et l’aide du Patriarcat y seraient importants.

Le Lieutenant devrait employer les services d’un agent de voyages et des guides qui comprennent que le voyage en Terre sainte est un pèlerinage et qu’il ne s’agit pas de tourisme ; cet agent et ces guides doivent en outre être en mesure d’organiser les contacts avec l’Église locale de la manière indiquée ci-dessus.

III. Visites au siège de l’Ordre

66. Il serait souhaitable que, tous les quatre ans, chaque Lieutenant fasse, si possible, une visite au siège de l’Ordre pour présenter un rapport général exhaustif au Grand Maître sur l’état de sa lieutenance et la manière dont il (elle) s’est acquitté de ses responsabilités.

Réunions régionales

67. Les réunions régionales des lieutenants sont encouragées. Le Grand Magistère doit en être informé préalablement et invité à s’y faire représenter.

V. Le Grand Magistère au service de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem

I. Guider et coordonner les activités de l’Ordre

Le rôle central du Grand Magistère

68. Afin d’aider les lieutenants à s’acquitter de leurs responsabilités statutaires dans les domaines spirituel ou matériel, administratif ou caritatif, le Grand Magistère agit en tant que guide et coordonnateur.

À cet effet, « le Grand Magistère, en conformité avec les directives données par le Cardinal Grand Maître : prépare et programme l’activité de l’Ordre en Terre sainte » et « oriente et coordonne les activités des organisations nationales[23] » (lieutenances).

En application de l’article des statuts cité ci-dessus, l’activité du Grand Magistère fait constamment l’objet d’ajustements et d’adaptations. Elle se situe dans le cadre de ses deux sessions annuelles et en consultation continuelle avec les lieutenances au moyen des dépêches semestrielles du Grand Maître, des réunions informelles au niveau régional ou encore des correspondances et des contacts de travail.

Le Grand Magistère informe les lieutenances de ses décisions les plus importantes d’intérêt général, ainsi que de l’avancement des projets adoptés et des aspects financiers de son administration.

L’équité de la contribution des membres

69. Le Grand Magistère doit veiller avec une attention toute particulière à l’équité des contributions demandées aux membres de l’Ordre, de manière à tenir compte des différences de situation sociale, politique et économique des pays où les lieutenances sont présentes.

L’importance comparée des effectifs des lieutenances

70. Le Grand Magistère doit veiller à l’importance comparée des effectifs de chaque Lieutenance. Dans des pays de culture et de développement comparable, on relève en effet de notables différences de proportion entre le nombre des chevaliers et des dames et celui de la population catholique totale.

Le Grand Magistère doit approfondir les causes de ce phénomène (dû peut-être à une interprétation dissemblable des critères d’admission, ou à ce que l’Ordre est plus ou moins bien connu dans les pays concernés, ou encore au fait que certaines lieutenances ont été instituées récemment) et adopter de nouvelles procédures et d’autres critères, afin d’éviter qu’il se perpétue. Il reste toutefois évident que les directives fixées par les statuts en vue de l’admission de nouveaux membres, ainsi que les recommandations formulées par les présentes Directives doivent être respectées en la matière.

Création de nouvelles lieutenances ou délégations magistrales

71. Le Grand Magistère continuera à explorer la possibilité d’introduire l’Ordre dans des pays où il n’est pas encore présent.

Les subdivisions territoriales des lieutenances

72. Le Grand Magistère a la responsabilité d’examiner, en liaison avec les lieutenances intéressées, les questions de leur organisation en subdivisions territoriales et de leur présence effective dans toutes les parties du pays de leur juridiction.

À cet effet, le Grand Magistère doit se prononcer, le cas échéant, sur l’opportunité de créer, dans le pays en cause, d’autres lieutenances que celles qui existent déjà.

La durée de la charge de lieutenant

73. Le Grand Magistère devrait établir une norme selon laquelle la durée de la charge de lieutenant et des autres dignitaires de la lieutenance serait en principe limitée à deux mandats — c’est-à-dire huit ans — afin d’assurer un apport de nouvelles énergies dans la vie des lieutenances.

II. Coordonner l’activité caritative de l’Ordre

Prévisions budgétaires et planification

74. Chaque Lieutenance doit présenter annuellement au Grand Magistère, avant la fin du mois de janvier, une estimation du montant des dons qu’elle pense pouvoir mettre à la disposition de l’Ordre durant l’année en cours.

Ce document, indiquant les dates où les envois de fonds seront probablement effectués, doit permettre au Grand Magistère d’évaluer plus précisément la nature et le volume de l’aide financière de l’Ordre à la Terre sainte.

Rapports annuels

75. Les statuts de l’Ordre stipulent que les lieutenances et les délégations magistrales doivent adresser, au Cardinal Grand Maître et au Grand Magistère, un rapport annuel incluant un compte rendu détaillé de leur gestion financière et administrative[24].

Il convient d’adopter pour ce rapport une présentation standardisée qui mette en évidence le montant total des sommes rassemblées pour le compte de l’Ordre avec leur destination, les frais d’administration et de secrétariat, et enfin les ressources envoyées au Grand Magistère, classées par catégories (dépenses institutionnelles, projets, saintes messes, frais médicaux et autres).

Les lieutenances encourageant des initiatives et des projets qui ne sont pas destinés à être examinés par le Grand Magistère doivent, en particulier, rendre compte de l’objet et de la finalité de ceux-ci, de l’institution assistée, du contexte socio-économique de l’aide accordée, ainsi que de l’origine des fonds utilisés.

Mesures visant à assurer l’utilisation optimale des ressources envoyées en Terre sainte

76. Les rapports qui proviennent des membres du Grand Magistère et des lieutenances ont souligné l’importance d’une utilisation efficace des ressources économiques transférées chaque année en Terre sainte.

Les lieutenances sont en particulier préoccupées, d’une part, par les cas de gaspillage et de manque de rendement dans la gestion des projets, de l’autre, par la nécessité d’être en mesure de convaincre leurs adhérents que leurs sacrifices, petits ou grands, permettent d’atteindre les objectifs prévus, et qu’ils doivent être encore plus généreux.

77. Le Grand Magistère doit renforcer l’autorité de la Commission pour la Terre sainte, en la chargeant de suivre avec un soin tout particulier la réalisation, dans tous ses aspects techniques, financiers et logistiques, des projets approuvés par le Grand Magistère.

À cette fin, le Grand Magistère doit mieux définir les termes du mandat de la Commission, revoir, si nécessaire, sa composition, et lui ajouter un personnel technique disposant de l’expérience voulue en la matière.

Il doit, en outre, affecter les fonds nécessaires aux frais de déplacement et de séjour en Terre sainte du personnel technique en question.

La collecte et l’organisation de l’information

78. Le Grand Magistère, en consultation avec la Commission pour la Terre sainte et avec le Patriarcat latin de Jérusalem, doit recueillir plus d’informations sur la structure du budget patriarcal, en donnant plus de visibilité aux rubriques concernant l’entretien du clergé. Il doit tenir une comptabilité séparée des sommes destinées au financement des écoles, de telle sorte que les contributions de l’Ordre soient exclusivement réservées à l’octroi de bourses d’études aux étudiants nécessiteux.

La nécessité d’une commission pour les écoles est apparue évidente. Cet organisme devrait étudier tous les aspects de la question et formuler des avis au Grand Magistère, ainsi qu’au Patriarcat.

La réorientation et la réorganisation des activités caritatives de l’Ordre

79. Une préoccupation exprimée de manière récurrente par les lieutenances, et souvent discutée au sein du Grand Magistère, est de savoir si, pour susciter une générosité toujours plus grande de la part des chevaliers et des dames, il ne serait pas possible et opportun de limiter les ressources destinées annuellement à ce qu’on appelle les « frais institutionnels » du Patriarcat, en diversifiant les secteurs d’intervention de l’Ordre. On se demande même si, dans le but de ralentir l’émigration de la population chrétienne, il ne conviendrait pas de diminuer les investissements immobiliers, en favorisant des initiatives « sociales » comme les prêts pour le logement des jeunes couples, l’aide à la formation professionnelle ou le lancement de petites entreprises.

Comme la question mérite un examen approfondi qui tienne également compte des récents développements de la situation socio-politique en Terre sainte, le Grand Magistère constituera un « comité permanent » qui se réunira au moins deux fois par an et qui lui fera rapport durant la session de printemps.

Les projets et les initiatives non soumis au Grand Magistère

80. De nombreuses lieutenances cherchent naturellement à apporter leur aide financière à des projets autres que ceux faisant l’objet chaque année de décisions du Grand Magistère.

Les fonds qui sont affectés à ces projets viennent parfois de sources extérieures telles que des gouvernements, des organisations non gouvernementales, ou des bienfaiteurs étrangers à l’Ordre, et elles sont destinées, dans la majeure partie des cas, à des œuvres et à des organismes religieux qui ne dépendent pas du Patriarcat latin.

De telles initiatives, cependant, sont prises souvent sans avoir consulté le Grand Magistère ni évalué d’une façon complète les priorités ou l’efficacité de l’assistance ainsi accordée. Cela expose à un inévitable gaspillage des efforts et à une possible réduction de leur rendement.

81. Pour éviter les effets négatifs qui dérivent d’une telle situation et pour assister les lieutenances, la Commission pour la Terre sainte — qui a des contacts continus avec les réalités quotidiennes de la présence chrétienne en ces lieux et qui en connaît les problèmes et les nécessités — doit présenter régulièrement au Grand Magistère une liste documentée de « petits projets » dont elle-même peut garantir la validité et indiquer l’urgence.

De tels projets sont ensuite proposés aux lieutenances pour intervention directe en Terre sainte dans les cas où il ne serait pas possible de les soumettre au préalable à la décision du Grand Magistère.

Ces projets doivent, de toute façon, être de faible ampleur et ne constituer qu’une portion limitée des contributions annuelles recueillies par les lieutenances.

III. L’accroissement des activités caritatives en Terre sainte

Collaboration avec d’autres organismes

82. Outre l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, nombreuses sont les organisations, les agences, les établissements et les fondations qui, à des titres divers et selon des procédures différentes, assistent de façon régulière et souvent substantielle les institutions catholiques en Terre sainte. Toutefois, l’échange d’informations entre ces organisations et ces agences est assez limité en ce qui concerne le choix des bénéficiaires, des initiatives à soutenir, ainsi que des projets à financer.

Bien que les différentes agences aient besoin de maintenir leur liberté d’action, il est cependant nécessaire d’organiser entre elles une coordination, ou du moins une consultation, à plus grande échelle.

83. Dans le dessein de permettre un plus large échange d’informations et d’expériences, afin d’améliorer la consultation et la coopération, et d’éviter la duplication des efforts, le Grand Magistère doit recommander à la congrégation pour les Églises orientales de constituer un comité « ad hoc » pour la Terre sainte au sein de la ROACO, cette réunion semestrielle des agences fournissant des fonds aux Églises orientales. Ce comité se réunirait avant ou après chaque session de la ROACO et ses membres incluraient les organisations et les agences qui agissent particulièrement en Terre sainte.

La participation active de l’Ordre à ce comité aurait, entre autres, l’avantage de créer la possibilité de contacts ultérieurs et de collaborations à des projets impliquant les communautés catholiques, autres que latines, présentes en Terre sainte, et de les faire ainsi bénéficier de l’extension des activités caritatives de l’Ordre.

IV. L’extension des activités caritatives de l’Ordre

84. Bien que les statuts de l’Ordre affirment qu’il a pour but « de soutenir et d’aider les œuvres et les institutions cultuelles, caritatives, culturelles et sociales de l’Église catholique en Terre sainte, particulièrement celles du et dans le Patriarcat latin de Jérusalem[25] », le Grand Magistère concentre, à l’heure actuelle, ses activités et ses ressources presque exclusivement sur des initiatives de soutien du clergé et des fidèles du Patriarcat latin.

Cependant, beaucoup de lieutenances de l’Ordre ont déjà pour habitude d’assister les institutions catholiques hors de la juridiction du Patriarcat latin en entreprenant d’en financer des projets et des programmes.

85. Les statuts incluent aussi parmi les objectifs de l’Ordre celui « d’appuyer le maintien et la propagation de la foi en ces terres (la Terre sainte), en y intéressant les catholiques répandus dans le monde entier, (…) aussi bien que tous les frères chrétiens[26] ».

Cette disposition indique que l’Ordre œuvre dans un esprit œcuménique et participe à des projets en faveur d’Églises qui ne sont pas catholiques mais disposées à coopérer avec lui, et que cela fait partie de sa mission d’assistance à la présence chrétienne en Terre sainte. Elle correspond à l’exhortation adressée aux membres de l’Ordre par Sa Sainteté le pape Jean-Paul II lorsqu’il les a reçus à l’issue de la Consulta, le 17 octobre 1998.

86. L’extension des activités caritatives de l’Ordre à des Églises catholiques autres que l’Église latine et même à d’autres Églises et communautés chrétiennes présuppose que l’Ordre maintienne ses engagements et son soutien vis-à-vis du Patriarcat latin de Jérusalem.

Cette extension des activités caritatives existantes de l’Ordre doit se développer graduellement et prudemment. Elle devrait consister à soutenir des projets spécifiques plutôt qu’à encourager la présentation de demandes de financement. Elle ne doit pas susciter des espoirs impossibles à réaliser ni donner l’impression que l’Ordre souhaite établir des rapports privilégiés avec les uns au détriment des autres.

Toute action en faveur de communautés chrétiennes non catholiques doit être coordonnée par le Grand Magistère, avec l’accord du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité chrétienne et des autres autorités ecclésiastiques compétentes, afin d’éviter l’intervention involontaire de l’Ordre dans les contacts œcuméniques qui pourraient être en progrès.

La collaboration œcuménique dans les activités caritatives de l’Ordre

87. Certaines lieutenances peuvent souhaiter rechercher la collaboration d’autres Églises et communautés chrétiennes, actives sur leur territoire, pour appuyer des initiatives œcuméniques de l’Ordre en Terre sainte.

Ces contacts et relations avec d’autres Églises et communautés chrétiennes doivent alors être menés en accord et coordination stricts avec l’évêque local ou son délégué aux relations œcuméniques. Ils doivent être établis d’abord avec celles de ces Églises qui sont largement représentées sur le territoire de la lieutenance concernée.

88. Les lieutenants doivent encourager les membres de l’Ordre à être actifs dans le domaine de l’œcuménisme à l’intérieur de leurs diocèses respectifs, en assistant à des cours, des conférences et des réunions de prière. Cela leur est demandé dans la double intention de rendre les chevaliers et les dames plus attentifs et plus sensibles à des problèmes dont ils n’ont que peu ou pas de compréhension et d’établir des relations amicales avec des représentants d’autres Églises chrétiennes qui pourraient, sans doute, contribuer à de futures initiatives.

89. Le Grand Magistère devrait confier à un comité permanent la tâche d’étudier de possibles activités de l’Ordre dans le domaine de l’œcuménisme.

VI. Dans l’espérance de la gloire et de la résurrection

Le point de référence spirituel de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem est le Saint-Sépulcre, c’est-à-dire l’endroit où le mystère de la Résurrection du Seigneur Jésus est spécialement célébré, cette Résurrection qui est le fondement de la foi des catholiques et de tous les chrétiens.

L’espoir et la prière du Seigneur « que tous soient un » doivent également inspirer les œuvres charitables et les activités de l’Ordre en Terre sainte et partout dans le monde. Le développement des relations œcuméniques avec les autres Églises et communautés chrétiennes doit être l’une des priorités d’action.

Par-dessus tout, les activités de l’Ordre et de chacun de ses membres doivent être inspirées par l’amour car « si vous avez de l’amour les uns pour les autres, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples » (Jean, XIII, 35).

 

[1] Statuts de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, article 1er.

[2] Code de droit canonique, 204, § 1.

[3] Concile Vatican II, décret sur l’apostolat des laïcs, Apostolicam actuositatem, 19.

[4] Jean-Paul II, Christifideles laici, 30.

[5] Statut de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, article 2

[6] Concile Vatican II, constitution dogmatique sur l’Église, Lumen gentium, chapitre IV : les laïcs, 32.

[7] Ibidem, 32.

[8] Ibidem, 31.

[9] Concile Vatican II, constitution pastorale sur l’Église dans le monde contemporain, Gaudium et spes, chapitre II, 32, 2.

[10] Statuts de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, préambule.

[11] Ibidem.

[12] Concile Vatican II, Lumen gentium, chapitre IV : les laïcs, 38.

[13] Jean-Paul II, Tertio millennio adveniente, IV, b : 2e phase, 41.

[14] Ibidem, 42.

[15] Paul VI, Evangeli nuntiandi, 41.

[16] Jean-Paul II, Tertio millennio adveniente, 43.

[17] Ibidem, 48.

[18] Ibidem, 54.

[19] Ibidem, 41.

[20] Concile Vatican II, constitution sur la sainte liturgie Sacrosanctum concilium, 33.

[21] Ibidem, 21.

[22] Statuts de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, article 37, 4.

[23] Ibidem, article 21, 2, b et c.

[24] Ibidem, article 37, 5.

[25] Ibidem, article 2, 2.

[26] Ibidem, article 2, 3.

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