Décédé à Marseille le 22 octobre 2004, Mgr Bernard de Lanversin était cérémoniaire honoraire de l’ordre du Saint-Sépulcre, ancien recteur de Saint-Louis-des-Français à Rome et ancien auditeur au tribunal de la Rote romaine et à la Pénitencerie apostolique. C’était surtout un personnage évangélique. Handicapé par une poliomyélite contractée juste avant ses études de médecine, il a vécu en la surmontant au service de l’Église. Quand il a admis, le plus tard possible, que ses forces ne lui permettaient plus de remplir ses tâches, il s’est retiré modestement chez les Petites Sœurs des pauvres à Marseille.

Une homélie, lors de cette messe pour Mgr de Lanversin, ne peut manquer d’évoquer sa mémoire, au-delà ou plutôt dans le prolongement de la parole de Dieu que nous venons d’accueillir à travers la lettre aux Philippiens de saint Paul, si plein d’humanité et de tendresse pour eux, et le récit d’une guérison par Jésus le jour du sabbat, montrant de façon très pratique le vrai sens d’une loi mosaïque.

L’esprit de ces textes scripturaires nous introduit bien auprès de Mgr Bernard de Lanversin pour comprendre ce que fut son ministère de prêtre, soit à Marseille, soit à Rome, un ministère qui fait de tout prêtre un mystère de miséricorde.

Ses études médicales avaient façonné en lui une âme sensible à la souffrance des autres et firent de lui un expert dans le domaine si complexe et alors peu exploré des rapports médico-canoniques sur le terrain matrimonial. Certaines de ses recherches dans des revues spécialisées demeurent encore une référence quarante ans après.

Un canoniste n’occupe guère le devant de la scène ecclésiale. De toutes les « diaconies », celle du droit est sans doute la plus discrète mais aussi la plus efficace pour le service de la mission de l’Église. Mgr de Lanversin l’avait bien compris avec son esprit conciliaire et son expérience pastorale de curé marseillais dans l’officialité du tribunal régional de Provence-Méditerranée. Il fut secrétaire du comité canonique auprès de l’épiscopat français et dans la revue L’Année canonique, il commentait régulièrement les sentences rotales. En 1980, comme président de l’Association pour l’étude du droit canonique, il ouvrit une importante session à l’Institut catholique de Paris sur « La communion dans l’Église, les droits des fidèles dans l’Église », un thème crucial dans le double sens du mot. Son discours d’ouverture révèle l’ampleur (jusqu’à l’Extrême-Orient) de sa vision missionnaire d’une Église dont le droit est le pur reflet de l’Évangile. Trois ans plus tard, un numéro spécial du bulletin diocésain de Marseille consacre sous sa plume autorisée un des premiers commentaires du nouveau Code, publié par le pape Jean-Paul II, où droit et charité s’appellent et se renforcent mutuellement.

Droit et charité : c’est ce binôme qu’il traîna ou qui le traîna dans tous les dédales de sa vie romaine, de la Rote, où il fut prélat-auditeur pendant dix-sept ans, jusqu’au Conseil pontifical pour l'interprétation des textes législatifs, dont il a été longtemps le consulteur, ainsi qu’au Conseil pontifical pour la famille ; et surtout jusqu’à la Pénitencerie apostolique, dont il était le « prélat-conseiller ».

Ce grand passionné du droit, au point de susciter des vocations de canoniste, fut encore plus un passionné de charité, au point de s’identifier parfois jusqu’à l’extrême limite avec les plaintes et requêtes de quiconque s’adressait à lui : il était le pasteur sans frontières, soucieux de ne laisser personne exclu du bercail. Lui, sur qui pesait si lourdement une épreuve de santé propre à abattre les plus courageux, ne ménageait pas sa peine pour être présent partout où sa conscience ecclésiale l’appelait. D’un mot, Mgr Bernard de Lanversin nous laisse le témoignage d’une vie sacerdotale, dont le ministère de la justice, selon une antique définition, est « tempéré par le baume de la miséricorde ».

Il aimait beaucoup la deuxième encyclique de Jean-Paul II Dives in misericordia (30 novembre 1980), une encyclique d’une si fraîche et odorante beauté. Si notre conscience réclame un jugement qui rétribue le bien et sanctionne le mal, nous refusons en même temps de nous laisser peser sur les balances les plus justes car nous sommes convaincus que notre vérité est tout intérieure et ne peut être saisie que par les yeux de l’amour miséricordieux.

Nous confions maintenant notre frère Bernard à la miséricorde de Dieu. Lui qui était si proche des traditions juives, il aurait aimé ce que raconte le Talmud. Des rabbins se demandent un jour si Dieu priait et ils optent pour l’affirmative. Puis ils s’interrogent pour savoir quelle était la prière de Dieu. Et le grand rabbi Aqiba de l’exprimer ainsi :

Que ma miséricorde
Réduise à rien ma colère.

Que ma miséricorde
Puisse prévaloir
Sur mes autres attributs,
Afin que je puisse traiter
Avec mes enfants
Selon ma miséricorde
Et ne pas pénétrer
Dans le domaine de la justice sévère.

Nous sommes sûrs que cette prière de Dieu est exaucée aujourd’hui pour notre frère et un jour pour nous-mêmes !

Amen.

Roger, cardinal Etchegaray.
Homélie aux obsèques du 29 octobre 2004.

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