Cette récollection à Saint-Joseph-de-Mont-Rouge (Puimisson, Hérault) a été prêchée par le Père Philippe Mercier, maître en théologie, licencié d’écritures saintes, élève titulaire de l’École biblique et archéologique de Jérusalem, professeur émérite à l’Institut catholique de Lyon, dont nous publions ci-dessous le support de lecture permettant de suivre l’instruction donnée.

De la terre à voir à la terre appelée à devenir sainte en vue de la Terre promise
Linéaments pour une théologie de la « Terre sainte »

La sainteté, ce n’est pas une vertu, ce n’est pas toutes les vertus.
La sainteté, ce n’est pas tes qualités les plus éminentes,
ce n’est pas tes sacrifices les plus héroïques, ce n’est pas ta perfection.
La sainteté, c’est moi, Dieu, en toi, l’homme.

Marie Noël (Marie Rouget, 1883-1967).
Notes intimes, Paris, Stock, 1959, p. 61.

Tout le monde se comprend lorsqu’il est question de Terre sainte. Les chrétiens désignent le pays où se sont déroulés les événements du salut qui forment un tout dans l’Ancien et le Nouveau Testament.

La révélation biblique n’est pas avare du qualificatif saint, pourtant elle ne l’accorde que quatre fois à la terre, deux fois dans la Bible hébraïque, deux fois dans les livres en grec de l’Ancien Testament.

I. La parole biblique est prolixe pour employer le vocable saint

(En hébreu, qâdôsh est un nom, qôdèsh, un adjectif, grec hagios, latin sanctus.)

1. Saint, comme nom, désignant le Seigneur Dieu (dans toute la Bible 55 fois, dans l’Ancien Testament 48, dans le Nouveau Testament 7)

a) Dans Isaïe, le prophète (1, 1-4)

1 Vision [hazôn] d’Isaïe [yesha‘yâhû, « Yhwh est salut », grec Esaias. La TOB adopte Ésaïe pour éviter la confusion avec Issaï (Jessé), père de David], fils d’Amoç [Amoç avec tsadé, père du prophète, différent d’Amos avec samech, l’un des Douze Prophètes du livret], qu’il vit [hâzâh] sur Juda et sur Jérusalem,
aux jours d'Ozias, de Yotam, d’Achaz, d’Ézéchias, rois de Juda [Ozias (781-740), Yotam (740-736), Achaz (736-716), Ézéchias (716-687)].

2 Entendez, ô cieux [shamayîm], et tends l’oreille, ô terre [’èrèç], car le Seigneur [Yhwh. Il convient de distinguer Élohim, Dieu, désignation commune à tous (2 600 fois dans la Bible), et Yhwh, yod, hé, wav, hé (6 828 fois). C’est le nom propre du Dieu de l’Alliance et, comme tel, par respect, on ne le prononce pas, mais à sa place on dit un substitut révérenciel, Adonay (hébreu), Kurios (grec), Dominus (latin) et le Seigneur (français), il Signore (italien), etc.] a parlé.

J’ai fait grandir des fils et je les ai élevés, mais eux se sont révoltés contre moi.

3 Un bœuf connaît son possesseur, et un âne la crèche de son maître :
Israël ne connaît pas, mon peuple ne réfléchit pas.

4 Malheur, nation [gôy] pécheresse, peuple [‘am] lourd de fautes, descendance [zèra’] de malfaisants,
fils pervertis. Ils ont abandonné Yhwh, ils ont méprisé le Saint d’Israël [qedôsh îsrâ’él, expression typique d’Isaïe : 14 fois dans les chapitres 1-39, 16 fois dans les chapitres 40-66, voir Is 6,3. On la trouve dans 2 R 19, 22 et presque semblable en Osée 11, 9], ils se sont retirés en arrière.

Car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël (Isaïe 12, 6).

b) Dans le saint Évangile selon Marc (1, 24)

(Il nous semble difficile d’écrire : « évangile selon saint Marc ». Bien sûr, Marc comme les évangélistes et les apôtres sont saints. Le Missel de saint Pie V (1570) dit : Sequentia sancti Evangelii secundum Marcum. Le Missel de Paul VI (1970) dit : Lectio sancti Evangelii secundum Marcum. Il paraît plus que surprenant de lire dans le Missel français : « Lecture de l’Évangile selon saint Marc »… Sans hésitation, c’est l’Évangile qui est saint, même si on accorde légitimement cette qualité à celles et ceux qui ont mis en œuvre dans leur vie la sainteté des enseignements évangéliques.)

Le possédé de la synagogue dit à Jésus :
« Que nous veux-tu, Jésus le Nazaréen ? Es-tu venu pour nous perdre ?
Je sais qui tu es : le Saint de Dieu [ho hagios tou theou]. »

c) Dans le saint Évangile selon Jean (6, 67-69)

67 Jésus dit alors aux Douze : « Vous aussi, vous voulez vous en aller ? »

68 Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur [Kurie], à qui irons-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.
69 Et nous, nous croyons, et nous avons reconnu que tu es le Saint, le Saint de Dieu. »

2. Saint, comme nom, appliqué à celles et ceux qui par initiative divine sont appelés à représenter la sainteté de Dieu

a) Lettre de Paul aux chrétiens de Rome (1, 1-7)

1 Paul, serviteur de Jésus-Christ, appelé à être apôtre, mis à part pour annoncer l’Évangile de Dieu.

2 Cet Évangile, qu’il avait déjà promis par ses prophètes dans les Écritures saintes,
3 concerne son Fils, issu selon la chair de la lignée de David, 4 établi, selon l’Esprit Saint, Fils de Dieu
avec puissance par sa résurrection d’entre les morts, Jésus-Christ notre Seigneur.

5 Par lui nous avons reçu la grâce d’être apôtre pour conduire à l’obéissance de la foi, à la gloire
de son nom, tous les peuples païens, 6 dont vous êtes, vous aussi que Jésus Christ a appelés.

7 À tous les bien-aimés de Dieu qui sont à Rome, aux saints [hagiois] par l’appel de Dieu,
à vous, grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ.

Dans ses lettres, Paul emploie pas moins de 40 fois le vocable saints (au pluriel) pour désigner les baptisés des communautés des Églises auxquelles il écrit. Le livre de l’Apocalypse 15 fois.

3. Saint, comme adjectif, qualifiant le Seigneur (Yhwh) et idéalement devant caractériser les personnes

Dans toute la Bible 278 fois, dans l’Ancien Testament 209, dans le Nouveau Testament 69.

a) Dans le livre du Lévitique, exactement dans la Tôrâh (Loi) de sainteté, chapitres 17 à 26 (Lv 19, 1-4)

1 Le Seigneur [Yhwh] parla à Moïse et dit : Parle à toute la communauté [‘édâh de ‘éd, témoin] des fils d’Israël, dis-leur : Soyez saints [qedoshîm] car moi, le Seigneur [Yhwh] votre Dieu, je suis saint [qâdôsh].

2 Chacun de vous craindra sa mère et son père. Et vous garderez mes sabbats.

Je suis le Seigneur [Yhwh] votre Dieu [mentalement, l’auditeur/lecteur entend immédiatement : je suis le Seigneur [Yhwh] qui vous ai fait sortir d’Égypte de la maison des esclaves].

4. Ne vous tournez pas vers les idoles [littéralement, « les riens »] et ne vous faites pas fondre des dieux de métal.

b) Dans Isaïe, le prophète : la vision de la souveraineté divine (6, 1-8)

1 → L’année de la mort du roi [mèlèk] Ozias,
> JE VIS le Seigneur [’âdônay] assis sur un trône haut et élevé,
et les pans de son [manteau] remplissaient le Temple [héykâl].

2 Des séraphins [sârâph, plur. serâphiym, de la racine sâraph, « brûler ». Dans les deux mentions d’Isaïe 6 est conservée la phonétique de l’hébreu. En Dt 8, 15 ; Nb 21, 6, 8, on traduit « serpents brûlants ». En Is 14, 29 et 30, 6, sârâph est accompagné de me‘ôphéph, traduit alors par « dragon volant » (voir TOB et BJ). Ce sont les seuls emplois du mot, en tout sept fois] se tenaient au-dessus de lui. Chacun avait six ailes :

  1. deux dont il se couvrait la face,
  2. deux dont il se couvrait les pieds,
  3. et deux pour voler [Les lettres (a), (b) et (c), ici et dans la suite, attirent l’attention sur la stylistique du récit fondée sur un schéma ternaire, voir : Luis Alonso Schökel, Estudios de poética hebrea, Barcelona, 1963, p. 226. L’ouvrage vient d’être traduit : Manuel de poétique hébraïque, traduction de Maurice Gilbert, Bruxelles, 2013, 288 pages]

3 L’un criait à l’autre et disait : « Saint, saint, saint, [est] Yhwh Sabaot,
toute la terre est remplie de sa gloire ! »

4 Les poteaux des pierres de seuil vacillèrent [nûa‘] à la voix de ceux qui criaient
et le Temple [habayit, « la maison ») se remplissait de fumée [‘âshân].

5 > JE DIS alors :

  1. « Malheur à moi ! Je suis perdu,
  2. car je suis un homme aux lèvres impures,
  3. j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures → et mes yeux ont vu le roi [mèlèk], Yhwh Sabaot [« Dieu de l’univers »]. »
Purification

6 L’un des séraphin

  1. vola vers moi, tenant dans sa main une braise
  2. qu’il avait prise avec des pinces de dessus l’autel.
  3. 7 Il m’en toucha la bouche et dit :
  1. « Vois, ceci a touché tes lèvres :
  2. ta faute [‘awôn] est enlevée
  3. ton péché [hâttâ’] est pardonné. »
Mission intercession

8 > J’ENTENDIS [shâma‘] alors la voix [qôl] du Seigneur [’adonay] disant :
« Qui enverrai-je ? Qui donc ira pour nous ? » Et je dis : « Me voici, envoie-moi »

Le temps imparti ne permet pas de commenter ce passage, mais il convient de noter au moins que le prophète passe de la prise de conscience de la sainteté divine à la prise de conscience de la condition de pécheur, ce qui en dit long sur le ministère prophétique. Les prophètes sont des veilleurs qui ne cessent d’alerter le peuple, vivant, en principe, en alliance avec le Seigneur Dieu.

Isaïe prend la parole pour exprimer une lamentation, il se déclare perdu, car il se sait solidaire d’un peuple aux lèvres impures. Son impureté et celle du peuple lui interdisent d’exister en face du Dieu trois fois saint. Le visionnaire passe donc par la mort, en se rappelant que dans la Révélation biblique, la mort ne s’exprime pas d’abord en termes biologiques mais en termes relationnels.

II. Que signifie pour Dieu être le Saint ou être saint et pour les fils de Jacob/Israël être saints

1. Être au Seigneur Dieu : voir les paroles de préparation à l’alliance du Sinaï (lire Ex 19, 1 à 24, 11)

3 Moïse monta vers l’Élohim [hâ’èlohîm, « le Dieu »]
et Yhwh [« le Seigneur »] l’appela [Moïse] de la montagne en disant :
> « Ainsi tu diras à la maison de Jacob et tu raconteras [nâgad, « faire le récit »] aux fils d’Israël :
4 “Vous avez vu, vous, ce que j’ai fait à l’Égypte,
et comment je vous ai portés sur les ailes des aigles et vous ai fait venir vers moi.
5 Et maintenant [« en conséquence »], si entendant, vous entendez ma voix [qôl]
et si vous gardez mon alliance,
vous serez pour moi mon bien particulier [segûllâh, « mon trésor»]
parmi tous les peuples [‘ammîm], car toute la terre est à moi.
6 Et vous vous serez pour moi
une royauté de prêtres [mamelèkèt kohanîm] et une nation sainte [gôy kâdôsh].”
> Telles sont les paroles que tu diras aux fils d’Israël ! » (Ex 19, 3-6).

Parmi les peuples, Israël est, par appel gratuit de la part de Dieu, chargé d’un rôle, d’un service, on peut dire d’un « ministère », celui d’être autre, différent, au sein de la pluralité des peuples. Il est institué témoin du Seigneur [Yhwh], le Dieu vivant. Par ce choix, il est invité à être singulier en lui-même et pour d’autres.

Une royauté de prêtres

En lui-même, il doit être « une royauté de prêtres [mamelèkèt kohanîm] », c’est-à-dire qu’en principe, il ne doit pas établir sur lui un roi, il n’a d’autre roi que son Dieu, le Seigneur seul. De manière utopique — et ce n’est malheureusement pas le cas —, il ne doit pas y avoir de royaume d’Israël. Pour cela, il est idéalement fondé sur douze tribus, il est donc par essence une confédération et non un royaume à la manière mondaine. Il est appelé à reconnaître le don de son Dieu, à rendre grâce, aussi est-il appelé « royauté de prêtres » ou « royaume de prêtres ».

Le récit biblique montre qu’il n’en pas été ainsi, le peuple a dit à Samuel :

5 Établis sur nous un roi pour qu’il nous juge comme font toutes les nations.

6 Il déplut à Samuel de les entendre dire : Donne-nous un roi pour qu’il nous juge ;
et Samuel pria Yhwh (1 Sm 8, 5-6).

Une nation sainte

Pour d’autres, en faveur des autres, il est appelé à être « une nation sainte [gôy kâdôsh] ». Une nation, parmi les autres, mais qui est sainte, c’est-à-dire différente, qui représente la sainteté divine en obéissant aux paroles de la Tôrâh (« Loi »).

Trois réflexions sur l’élection

Dès lors, trois réflexions s’imposent :

  • L’élection, le choix de Dieu, est sans raison, il est gratuit, il relève de l’amour seul et non de quelques qualités. Le prophète Moïse l’exprime dans le deuxième des quatre discours qui composent le Deutéronome.

7 Si Yhwh s’est épris de vous et vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez plus nombreux qu’aucun des autres peuples ; car vous êtes le moindre de tous les peuples. 8 Mais c’est parce que Yhwh vous aime et garde le serment qu’il a juré à vos pères, que Yhwh vous a fait sortir à main forte et qu’il t’a libéré de la maison des esclaves, de la main de Pharaon, roi d’Égypte (Dt 7, 7-8).

  • L’élection ne confère pas à Israël un privilège, mais un service, une lourde charge. Se rappeler ici le titre d’un ouvrage de Jacques Madaule : Israël et le poids de l’élection [Jacques Madaule (1898-1993), Israël et le poids de l’élection, D’Abraham à aujourd’hui, Paris, Le Centurion, 1983. Voir aussi : Jean-Marie Lustiger, La Promesse. « Mes yeux devancent la fin de la nuit pour méditer sur ta promesse », Psaume 119 (118), 148, Paris, édition Parole et Silence, 2002, 224 pages].
  • Enfin, l’élection impose à Israël d’être un peuple pour les autres peuples, afin qu’ils découvrent de quel amour ils sont aimés par le Seigneur de l’alliance. Voir Isaïe 42, 1 et 6.

Voici mon serviteur [Israël] que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur.
1 J’ai mis sur lui mon esprit, il exposera le droit [mishpât] aux nations [gôyîm]. […]
6 Je t’ai façonné et je t’ai destiné à être l’alliance du peuple et la lumière des nations [gôyîm].

2. Se laisser faire « saints » par les paroles de la Tôrâh (« Loi »)

a) Retour au livre du Lévitique dans la loi de sainteté citée plus haut

1 Le Seigneur [Yhwh] adressa la parole à Moïse :

2 Parle aux fils d’Israël ; tu leur diras : C’est moi, le Seigneur, votre Dieu.

3 Ne faites pas ce qui se fait au pays d’Égypte, où vous avez habité ;
ne faites pas ce qui se fait au pays de Canaan, où je vais vous faire entrer ; ne suivez pas leurs lois ;

4 mettez en pratique mes coutumes et veillez à suivre mes lois. C’est moi, le Seigneur, votre Dieu.

5 Gardez mes lois et mes coutumes : c’est en les mettant en pratique que l’homme a la vie.

C’est moi, le Seigneur (Lv 18, 1-5).

b) Le centre du Lévitique qui est aussi le centre de la Tôrâh (« Loi »)

  1. Tu ne haïras pas ton frère [’âhîkâ] en ton cœur,
  2. tu devras reprendre ton prochain [‘amîttèkâ, «un de ton peuple»]
  3. et c’est ainsi que tu ne te chargeras pas à cause de lui d’un péché.
  1. Tu ne te vengeras pas,
  2. et tu ne garderas pas [rancune] envers les fils de ton peuple,
  3. et c’est ainsi que tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Je suis le Seigneur [’anî Yhwh] (Lv 19, 17-18).

À bien observer la construction des deux versets, on constate qu’ils sont composés de six énoncés. Ils forment deux groupes de trois : (a), (b), (c). Chaque fois, l’élément (c) est introduit par « et c’est ainsi que » (en hébreu, un wav consécutif), mis en relief dans la traduction de la TOB (1975, 2010). Dans chacun des deux groupes, les deux premières propositions sont un ordre — une fois en positif, trois fois en forme de défense. Le troisième segment se présente comme une conséquence, une promesse et non plus un ordre. Cette manière de s’exprimer écarte d’abord : haine, vengeance et rancune, avant de conclure à chaque fois. Il n’est donc pas dit, à la manière d’un ordre : « tu aimeras ton prochain comme toi-même », même si l’ensemble du dire, on l’aura compris, est tout orienté vers cette finalité.

L’enjeu d’une pareille formulation est d’importance. En effet, la loi divine est formulée négativement et, par là, elle ne transforme pas celui qui s’en est fait l’écoutant et le pratiquant en un mercenaire. Toute prestation exige salaire. Ne pas haïr, ne pas se venger, ne pas garder rancune, n’entrainent aucune récompense et ne sont ni prestations, ni mérites. Formulée ainsi, la loi n’aliène pas, elle ouvre sur ce qui est infini, l’amour. « L’amour [en grec agapê, « la charité »] ne fait aucun mal au prochain, donc l’accomplissement [plêrôma, « la plénitude »] de la Loi, c’est l’amour » (Rm 13, 10).

III. Dispendieuse quand il s’agit de saint, la parole biblique est très avare de l’expression terre sainte

Lieux où la Bible applique l’adjectif saint à la terre (énumérés dans l’ordre canonique des livres bibliques)

1. Livre de l’Exode, vision du Buisson ardent

1 Et Moïse devint pasteur du petit bétail de Jéthro, son beau-père, prêtre [cohén] de Madiân.

Il mena le petit bétail derrière le désert et vint vers la montagne de l’Élohîm [le Dieu], Horeb.

2 L’ange de Yhwh [Seigneur] se fit voir à lui, dans une flamme de feu, du milieu du buisson [hassenèh].

Il vit, et voici le buisson brûlant dans le feu, mais le buisson n’était pas dévoré. 3 Moïse [se] dit :

« À coup sûr, je vais faire un détour et je verrai cette grande vision-là :
pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas ? »

4 Yhwh [le Seigneur] vit qu’il avait fait un détour pour voir, et Élohîm [Dieu] l’appela du milieu du buisson
et dit : « Moïse ! Moïse ! » Il dit : « Me voici ! » 5 Il dit : « N’approche pas ici ! Ôte tes sandales de tes pieds, car le lieu [hammaqôm] sur lequel tu te tiens est un sol de sainteté [’admat qodèsh, de ’âdâmâh] » (Ex 3, 1-4).

2. Zacharie, le prophète (chapitres 1-8 autour de 520 avant Jésus-Christ, chapitres 9-14 autour de 330-300)

14 Crie de joie, réjouis-toi, fille de Sion, car me voici, je viens demeurer au milieu de toi

— oracle du Seigneur [Yhwh].

15 Des peuples nombreux s’attacheront au Seigneur, en ce jour-là. Ils deviendront mon propre peuple,
et je demeurerai au milieu de toi, et tu reconnaîtras que c’est le Seigneur, le Tout-Puissant, qui m'a envoyé vers toi. 16 Le Seigneur (Yhwh] s’attribuera Juda comme son patrimoine sur la terre sainte [’admat haqqodèsh] et il choisira encore une fois Jérusalem.

17 Silence, toute créature, devant le Seigneur, car il se réveille et sort de sa demeure sainte [ma‘ôn qâdshô] (Za 2, 14-17).

3. Livre de la Sagesse (écrit directement en grec autour de 50 avant Jésus-Christ)

24 Tu aimes tous les êtres et ne détestes aucune de tes œuvres : aurais-tu haï l’une d’elles, tu ne l’aurais pas créée. 25 Et comment un être quelconque aurait-il subsisté, si toi, tu ne l’avais voulu, ou aurait-il été conservé sans avoir été appelé par toi ? 26 Tu les épargnes tous, car ils sont à toi, Maître qui aimes la vie,
[chapitre 12] 1 et ton esprit incorruptible est dans tous les êtres. 2 Aussi tu reprends progressivement les coupables et tu les avertis, leur rappelant en quoi ils pèchent, afin qu’ils renoncent au mal et qu’ils croient en toi, Seigneur.

3 Il en fut ainsi pour les anciens habitants de ta terre sainte [tês hagias sou gês. On remarque le possessif « ta »] 4 que tu avais pris en haine à cause de leurs pratiques détestables : œuvres de magie, rites impies, 5 meurtres cruels d’enfants, festin de chair et de sang humains où l’on mange jusqu’aux entrailles ; ces véritables initiés surpris en pleine orgie, 6 ces parents meurtriers d’êtres sans défense, tu avais voulu les faire périr par la main de nos pères, 7 afin qu’elle reçût une digne colonie d’enfants de Dieu, cette terre qui t’est chère entre toutes.

8 Pourtant, même ceux-là, tu les as épargnés parce qu’ils restaient des hommes et tu as envoyé comme avant-coureurs de ton armée des guêpes qui ne les extermineraient que peu à peu (Sag 11, 24 à 12, 8).

4. Deuxième livre des Maccabées 1, 6-7 (écrit directement en grec, autour de 90 avant Jésus-Christ)

6 C’est la prière qu’ici même nous lui [à Dieu] adressons en ce moment pour vous.

7 Sous le règne de Démétrius, lan cent soixante-neuf [Démétrius II (145-138). L’ère séleucide part davril 311 avant Jésus-Christ ; lan 169 correspond à 143-142 avant Jésus-Christ], nous, les Juifs, nous vous avons écrit : « Dans la détresse et la crise qui fondirent sur nous en ces années, depuis que Jason [Jason (174-171), forme hellénisé de Jésus/Josué, Yehoshua, « le Seigneur sauve », frère du grand prêtre Onias III, usurpe la fonction de grand prêtre et essaie d’helléniser les Juifs (cf. 2 Macc 4, 7-22)] et ses partisans firent défection de la terre sainte [apo tês hagias gês] et du royaume [kai tês basileias], 8 ils allèrent jusqu’à mettre le feu à la grande porte du Temple et à verser le sang innocent ; alors nous avons prié le Seigneur, nous avons été exaucés, nous avons offert un sacrifice et de la fleur de farine, nous avons allumé les lampes et exposé les pains.

Réflexions

Les deux occurrences traduites par terre sainte (voir Ex 3, 4 et Za 2, 16) n’emploient pas le mot ’èrèç, au sens de pays (type terre de France, terre d’Autriche ou d’Espagne), ce qui connoterait une acception socio-politique. Elles utilisent le vocable ’adâmâh, lieu de vie primordial de l’humain, homme et femme, ici à l’état construit ’admat qôdèsh, autrement dit « sol/terre de sainteté ». La ’adâmâh désigne la terre du jardin d’Éden et dans nombre de passages de la Bible, particulièrement dans le Deutéronome, le vocable s’applique « au sol/terre que le Seigneur ton Dieu te donne ».

Le récit du Buisson ardent est particulièrement éclairant. Moïse est resté trois mois dans la maison de ses parents. Il a été confié jusqu’à l’âge de trois années (âge où il est sevré) à sa mère, Yokébed.

Un homme de la maison de Lévi s’en alla prendre une fille de Lévi. La femme conçut et enfanta un fils.
Voyant qu’il était bon/beau [tôv] elle le cacha pendant trois mois (Ex 2, 1-2).

L’enfant naît dans un quasi-anonymat, il ne reçoit pas de nom, le lecteur apprend uniquement qu’il est issu de la lignée de Lévi (3e fils donné par Léa à Jacob/Israël, après Ruben et Siméon). Il reçoit son nom de Moïse de la fille de Pharaon, le nom de ses parents est donné plus tard en Ex 6, 14-25.

La femme prit l’enfant et l’allaita. Quand l’enfant eut grandi, elle l’amena à la fille de Pharaon.
Il devint pour elle un fils et elle l’appela du nom de Moïse, elle dit : je l’ai tiré des eaux (Ex 2, 10).

Il est élevé à l’égyptienne, d’ailleurs, plus loin il sera dit : « Moïse était très grand dans le pays d’Égypte aux yeux des serviteurs du Pharaon et aux yeux du peuple » (Ex 11, 3).

Remettons en mémoire la manière dont Étienne, le diacre, récapitule toute l’histoire sainte dans les Actes des Apôtres.

C’est à ce moment que fut engendré Moïse, qui était beau devant Dieu. Il fut nourri trois mois dans la maison de son père, et comme il avait été exposé, la fille de Pharaon le prit et l’éleva comme son propre fils. Moïse fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens [ce qui est un écho d’Ex 11, 3] et il était puissant en paroles et en œuvres.

Quand il eut quarante ans accomplis, le désir lui monta au cœur de visiter ses frères, les fils d’Israël (Actes 7, 20-23).

Quarante ans s’étant écoulés, un ange lui apparut au désert du mont Sinaï, dans la flamme d’un buisson en feu (Ac 7, 30).

C’est lui qui les fit sortir, en opérant des prodiges et des signes […] pendant quarante ans.

L’épisode du Buisson ardent confronte Moïse à la parole du Seigneur qu’il ignore (puisque élevé à l’égyptienne). L’épisode a pour but de rattacher Moïse (et le lecteur/auditeur à sa suite) à la mémoire des pères (ici Abraham, Isaac et Jacob/Israël), c’est-à-dire, à la promesse que le Seigneur a faite aux pères. Sans cela, il ne peut y avoir de sortie d’Égypte. Moïse n’est ni en Égypte (il vient de la quitter à cause du meurtre de l’homme égyptien) ni dans la terre/pays de Canaan, en principe promise aux patriarches pour leurs descendants. C’est précisément dans cet entre-deux qui est le désert, autrement dit, dans ce « non-lieu » qu’il est touché par la Parole et c’est le moment que choisit le prophète écrivain pour dire qu’il est sur une terre sainte, mieux ici, un sol de sainteté.

On aura compris alors que la terre où arrive Abraham et Sarah, à savoir la terre de Canaan, n’est pas sainte, elle est à sanctifier en y répandant la justice et la charité qu’exprime la Tôrâh, la Parole du Seigneur.

IV. De la terre à voir à la terre à sanctifier pour espérer en la Terre promise

1. Abram et Saraï partent vers « la terre à voir » (Gn 12, 1)

Abram et Saraï — plus avant ils reçoivent un nom nouveau (Gn 17, 5.15) — partent vers « la terre à voir » (Gn 12, 1), ils arrivent dans la « terre de Canaan » (Gn 12, 5), terre du fils de Kham (2e fils de Noé) qui a été maudit (Gn 9, 25) pour y répandre la bénédiction. Autrement dit, avec la grâce du Seigneur Dieu et sa Parole (Tôrâh), la rendre sainte. Un jour, Moïse conduira les descendants du patriarche Jacob/Israël vers la même terre de Canaan, mais il n’y entre pas, ainsi est dévoilée l’espérance en la Terre promise.

a) L’avenir incertain (Gn 11, 27-32)

27 Et ceux-ci [sont] les engendrements [we’éllèh tôledot] de Tèrah.

Tèrah engendra [hôlîd de yâlad] Abrâm, Nâhôr et Hârân [reprise de 11, 26],
28 et Hârân engendra [hôlîd] Lôt et mourut Hârân à la face de Tèrah, son père, [→ mort]
au pays [’èrèç] de son engendrement [môladtô de yâlad], à Ur des Chaldéens.

29 Et prit Abrâm et Nâhôr, pour eux, des femmes : nom de la femme d’Abrâm, Sârâï,
et nom de la femme de Nâhôr, Milkâh, fille de Hârân, père de Milkâh et père de Yiskâh.

30 Or, Sârâï était stérile, il n’y avait pas pour elle d’enfant [yèlèd]. [→ vie ?]

  1. 31 Et Tèrah prit Abrâm, son fils et Lôt, fils de Hârân, fils de son fils
    et Sârâï, sa bru, femme d’Abrâm, son fils,
  2. et ils sortirent avec eux d’Ur des Chaldéens pour aller au pays de Canaan, [pays ?]
  3. ils vinrent jusqu’à Hârân mais ils s’établirent [yâshav] là.
  4. 32 Et les jours de Tèrah furent de deux cent cinq années et Tèrah mourut à Hârân.

b) L’avenir promis (Gn 12, 1-5)

1 Yhwh dit à Abrâm : « PARS [vers toi] [lèk-leka – lèk, impératif de hâlak] [pays à quitter…]
de ton pays, de ton [lieu d’]engendrement, de la maison de ton père,
vers le pays
[’èrèç] que je te ferai voir. [→ vers pays à voir]

2 Et je ferai de toi une nation grande [gôy gâdôl],
et je te
bénirai [→ bénédiction pour Abrâm]
et je rendrai grand [gâdal] ton nom [shemèkâ].

Sois en bénédiction.

3 Et je bénirai ceux qui te béniront, [→ bénédiction pour d’autres]
et qui te méprisera [qâlal], je le maudirai ;
et qu’ainsi en toi
seront bénies toutes les familles du sol [’âdâmâh] [sans exclusive]
4 Et PARTIT [wayyélèk de hâlak] Abrâm comme lui avait parlé [dâbar] Yhwh, et PARTIT avec lui Lôt.

(d) Et Abrâm était fils de soixante-quinze années lors de sa sortie de Hârân.

  1. 5 Et Abrâm prit Sârâï, sa femme, et Lôt, fils de son frère, et tous les biens
    qu’ils avaient acquis et les vies [nèphèsh] qu’ils entretenaient à Hârân.
  2. Et ils sortirent pour aller au pays de Canaan ;
  3. et ils vinrent au pays de Canaan.

Écoutez-moi, vous tous qui êtes en quête de justice, qui cherchez Yhwh. Regardez le roc d’où vous fûtes taillés, la tranchée d’où vous êtes issus. Regardez Abraham votre père et Sarah qui vous a enfantés. Car il était seul quand je l’ai appelé, mais je l’ai béni et multiplié (Isaïe 51, 1-2).

Par la foi, Abraham obéit à l’appel de partir vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit ne sachant où il allait (Hébreux 11, 8).

2. Les deux appelés sont envoyés au pays du maudit pour y répandre la bénédiction (voir Gn 9, 18-27)

18 Les fils de Noé, sortant de l’arche [tévâh], étaient et Sem, et Cham et Japhet — Cham est le père de Canaan.

3. La fin terrestre de Moïse (Dt 34, 1-6)

1 Moïse monta des vallons de Moab vers le mont Nébo, au sommet de la Pisga, qui est en face de Jéricho, et le Seigneur
lui fit voir tout le pays : le Galaad jusqu'à Dan, 2 tout Nephtali, le pays d'Ephraïm et de Manassé, et tout le pays de Juda
jusqu'à la mer Occidentale, 3 le Néguev et le District, la vallée de Jéricho, ville des palmiers, jusqu'à Çoar.

4 Et le Seigneur lui dit : C’est là le pays que j’ai promis par serment à Abraham, Isaac et Jacob en leur disant :
C’est à ta descendance que je le donne. Je te l’ai fait voir de tes propres yeux, mais tu n’y passeras pas.

5 Et Moïse, le serviteur du SEIGNEUR, mourut là, au pays de Moab, selon la déclaration du Seigneur.

6 Il l’enterra dans la vallée, au pays de Moab, en face de Beth-Péor, et personne n’a jamais connu son tombeau jusqu’à ce jour. 7 Moïse avait cent vingt ans quand il mourut ; sa vue n’avait pas baissé, sa vitalité ne l’avait pas quitté.

Collecte de la fête de Saint-Moïse dans la liturgie de Jérusalem (4 septembre)

Dieu tout-puissant et miséricordieux, pour tirer ton peuple de la servitude d’Égypte, tu as choisis saint Moïse et tu lui as confié la promulgation de ta sainte Loi.

Accorde-nous par son intercession de garder si bien les préceptes accomplis en ton Fils unique que, libres à jamais de la servitude des démons, nous obtenions de passer de l’Égypte de ce siècle dans la terre de l’éternelle béatitude.

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