Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille, président de la Conférence des évêques de France, a évoqué l’accueil des réfugiés dans ses deux discours d’ouverture et de clôture à l’assemblée plénière d’automne 2015 de la Conférence des évêques de France à Lourdes.

 

Que va-t-il leur arriver si nous ne les accueillons pas ?

(…) Au cours de ces journées de Synode, souvent le visage du drame vécu par les familles frappées par des guerres atroces ou des conditions de vie sans avenir nous a été rappelé par les patriarches des Églises orientales spécialement. Une fois encore, ils nous ont décrit le sort de nos frères chrétiens condamnés à l’exil, à une patience héroïque, à des replis dans des zones voisines plus sûres. Souvent les familles en sont éclatées, pour que l’un parte à la recherche de ressources pour tous. Leur sentiment profond est que ce qui leur arrive ne vient pas surtout d’eux-mêmes, mais bien de facteurs politiques qui les dépassent et dont l’Occident n’est pas exempt de responsabilités graves. Ils nous demandent de faire entendre la voix de leurs peuples auprès de nos gouvernants. À partir d’autres endroits du monde, le cri des hommes a également habité notre aula : de l’Ukraine, toujours en guerre, au Nigeria et au Nord-Cameroun, qui subissent les exactions de Boko Haram, de la Centrafrique au Burkina Faso, de tant d’autres pays encore. Et chaque fois les répercussions destructrices sur les vies de famille étaient mises en valeur.

Ici, en Europe, cette question des réfugiés et des migrants a pris depuis quelques mois une ampleur continentale. La question de la solidarité entre nos pays pour accueillir et accompagner ces frères et sœurs en humanité qui fuient leurs terres natales et viennent chercher chez nous aide et fraternité manifeste au grand jour nos peurs, nos égoïsmes, mais aussi nos générosités et nos prises de conscience. Au cours de notre assemblée, nous prendrons un temps de réflexion sur ce sujet. Nous avons invité le cardinal Montenegro, archevêque d’Agrigente, sur le territoire duquel se trouve l’île de Lampédouse. Il nous partagera ce qu’avec ses diocésains il a observé depuis des années et ce qu’ils font de façon exemplaire et persévérante. Mgr Jaeger et des membres du service national des migrants nous parleront aussi de ce qui se passe à Calais. Au-delà des solutions politiques dont les décisions nous échappent, nous savons l’importance de l’opinion publique, du tissu associatif, de l’engagement de chacun à son niveau. C’est un problème profondément humain que certains malheureusement ne manquent pas d’instrumentaliser en flattant les peurs et les égoïsmes. C’est aussi une question évangélique. Ne rappelle-t-elle pas la parabole du bon samaritain ? Les deux premiers passants se sont posé la question de savoir ce qui allait leur arriver s’ils s’arrêtaient auprès de l’homme tombé aux mains des bandits. Le troisième s’est posé la question inverse : que va-t-il lui arriver si je ne m’arrête pas auprès de lui ? Il m’apparaît que dans les débats de société, la même question morale s’exprime avec clarté. On se demande souvent : que va-t-il nous arriver, à nous et à notre pays, si nous accueillons ceux qui même parfois, pour effrayer davantage, sont qualifiés de horde envahissante ? Tout homme et les chrétiens en particulier, à la suite de Celui qui a dit à la fin de la parabole : « Va et fais de même », sont invités à se poser la véritable question, celle qui s’impose à leur conscience : Que va-t-il leur arriver si nous ne les accueillons pas ? L’histoire de notre pays comme celle de beaucoup sur cette terre enseigne combien les nations se sont faites par des vagues successives de migrants qui ont apporté une fois accueillis la richesse de leurs capacités, de leurs formations, de leur énergie amplifiée par la joie d’avoir enfin trouvé une terre hospitalière qui devient un jour la leur et celle de leur descendance. Notre devoir d’éclairer les consciences en ce domaine est évident et urgent. Voilà bientôt un an au Parlement européen de Strasbourg, le pape François s’exprimait ainsi : « Il est nécessaire d’affronter ensemble la question migratoire. On ne peut tolérer que la mer Méditerranée devienne un grand cimetière ! Dans les barques qui arrivent quotidiennement sur les côtes européennes, il y a des hommes et des femmes qui ont besoin d’accueil et d’aide. L’absence d’un soutien réciproque au sein de l’Union européenne risque d’encourager des solutions particularistes aux problèmes, qui ne tiennent pas compte de la dignité humaine des immigrés, favorisant le travail d’esclave et des tensions sociales continuelles. L’Europe sera en mesure de faire face aux problématiques liées à l’immigration si elle sait proposer avec clarté sa propre identité culturelle et mettre en acte des législations adéquates qui sachent en même temps protéger les droits des citoyens européens et garantir l’accueil des migrants ; si elle sait adopter des politiques justes, courageuses et concrètes qui aident leur pays d’origine dans le développement sociopolitique et dans la résolution des conflits internes — cause principale de ce phénomène — au lieu de politiques d’intérêt qui accroissent et alimentent ces conflits. Il est nécessaire d’agir sur les causes et non seulement sur les effets. » C'est une fois de plus à la responsabilité, à la solidarité que nous sommes appelés, à l’étude objective de ces phénomènes migratoires et à la perception que tous les pays d’Europe n’en sont pas touchés de façon identique, ce qui nécessite une organisation juste, respectueuse des projets des personnes et à la hauteur des défis de ce dramatique exode. (…)

Discours d’ouverture, 3 novembre 2015.

Choisir l’accueil, la fraternité et la confiance

(…) Que dire du long temps de réflexion et de partage sur la situation tragique de tant de migrants ou de réfugiés qui essaient de franchir la Méditerranée pour venir  en Europe ? Le cardinal Montenegro, archevêque d’Agrigente, nous a parlé de l’expérience de l’accueil si enrichissante et si éprouvante qui se vit sur l’ile de Lampédouse et ailleurs depuis des décennies. Il l’a comparée à une forme de long martyre où le croyant est appelé à témoigner de sa foi envers et contre tout par un accueil simple, inconditionnel et inlassable, et cela malgré l’expérience d’une réelle impuissance qui peut conduire au découragement, à la lassitude et à l’abandon. Le pire pour eux serait d’y perdre ainsi leur âme en devenant durs et inhospitaliers. Il nous a parlé de ces moments de bonheur vécus dans ces gestes humains dont les pauvres ont le secret quand ils accueillent des pauvres : un sourire, de la nourriture partagée, un vêtement lavé, une douche proposée, une maison ouverte. Autour de Calais, la même expérience se vit. La présence persévérante et fraternelle de tant et tant de bénévoles est un rayon de bonheur dans ce qui est souvent qualifié  d’enfer.

« Qui nous fera voir le bonheur ? » Sûrement pas les peurs, les rejets, les murs dressés, les replis sur soi. Nous invitons les catholiques et tous les hommes de bonne volonté à choisir l’accueil, la fraternité et la confiance. Nous les invitons à s’engager dans la recherche de projets significatifs et adaptés aux situations. Nous les invitons à faire entendre leur voix auprès des responsables politiques pour que des décisions courageuses, humaines et solidaires soient prises dans notre pays et en Europe. Nous les invitons encore à leur rappeler le nécessaire soutien au développement des pays les plus pauvres comme à la recherche de solutions justes et durables aux nombreux conflits. (…)

Discours de clôture, 8 novembre 2015.

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