Présentation générale

Les Pères de l’Église sont les écrivains chrétiens des sept premiers siècles, presque tous évêques, qui ont forgé la théologie, la liturgie et la vie de l’Église par leur réflexion menée en interaction avec la culture et les défis de leur temps. Les Pères ont fourni aux conciles locaux ou œcuméniques de l’Antiquité les éléments qui ont permis de préciser le dogme et la discipline de l’Église. Les Pères occupent toute la période antique. On peut les diviser selon la langue : Pères orientaux (syriaque, coptes ou arméniens), grecs ou latins, ou selon les périodes :

  1. Pères apostoliques
  2. Pères apologistes
  3. Pères théologiens avant Nicée
  4. Pères entre Nicée (325) et Chalcédoine (451): âge d’or
  5. Pères des VIe et VIIe siècles.

Bibliographie

Une présentation brève, avec lexique et méthode de lecture des Pères est donnée dans : A.G. Hamman, Les Pères de l’Église, coll. Les Pères dans la foi 1, Migne 2000 ; ou encore Pierre Béatrick, Introduction aux Pères de l’Église, Médiaspaul, Paris 1987 qui comporte de nombreux extraits commentés.

Historique : Pères grecs et latins

1.      On appelle « Pères apostoliques » les auteurs du Ier siècle et de la première moitié du IIe siècle, tous proches de l’époque apostolique.

Il s’agit de Clément de Rome, 3e successeur de saint Pierre ; d’Ignace d’Antioche, mort martyr à Rome qui a laissé des lettres passionnées capitales qui montrent l’émergence de l’épiscopat avec le presbyterium et les diacres; de Polycarpe de Smyrne, disciple de saint Jean ; d’Hermas, auteur du Pasteur, un ensemble d’écrits dans la veine apocalyptique qui ouvre la possibilité d’une nouvelle pénitence après le baptême ; du Pseudo-Barnabé, et un écrit appelé la Didachè qui contient des catéchèses et des prescriptions liturgiques. Les Pères de cette époque ont le souci de démarquer le christianisme par rapport au judaïsme.

2.      Les Pères apologistes du IIe siècle ont le souci de défendre les chrétiens persécutés par l’empire romain.

Ils adressent leurs « défenses » aux empereurs et aux magistrats auxquels ils expliquent que les chrétiens sont des sujets loyaux d’un genre nouveau qui n’appartiennent pas à un peuple ou à une cité particulière. On retiendra Justin, auteur de deux Apologies et d’un Dialogue avec Tryphon, mort martyr à Rome en 167 ; son disciple Tatien, avec son Discours aux Grecs, qui versera dans l’hérésie ; Méliton évêque de Sardes ; Théophile d’Antioche, À Autolyque ; l’admirable lettre À Diognète sur les chrétiens dans la société. Le penseur le plus puissant de la période est le juriste carthaginois Tertullien dont l’œuvre marque la pensée chrétienne latine.

3.      Les premiers théologiens entre le IIe et le début du IVe siècle sont :

-          Irénée de Lyon, auteur d’un vaste traité Contre les hérésies où il combat des courants gnostiques qui menaçaient la foi chrétienne.

-          Hippolyte de Rome, Réfutation de toutes les hérésies.

-          Clément d’Alexandrie qui contribue à inculturer le christianisme dans la pensée grecque.

-          Origène d’Alexandrie, penseur exceptionnel, marqué par le néo-platonisme, qui pense la révélation chrétienne en termes philosophiques et dont l’œuvre sera condamné par la suite. Il a composé les Hexaples (ou Bible sextuple), mettant en parallèle le texte hébreu et les traductions grecques existantes.

4.      Le concile de Nicée (325) est une date qui marque un seuil.

Les discussions sur la pleine divinité du Fils sont tranchées, contre les thèses d’Arius que combat l’évêque d’Alexandrie Athanase. Nous entrons dans la période de la « paix de l’Église » après l’édit de Milan (313). Pendant un siècle et demi va s’épanouir l’âge d’or des Pères de l’Église, tant en Orient qu’en Occident.

A.    Les Pères grecs des IVe –Ve siècles

-          Eusèbe de Césarée, auteur d’une Histoire de l’Église très précieuse allant des origines jusqu’à Constantin ; auteur aussi d’une vraie théologie politique sur la place providentielle de l’empire romain chrétien dans l’histoire du salut.

-          Les trois Cappadociens ; Basile de Césarée dont les Règles monastiques sont encore en vigueur ; Grégoire de Naziance et Grégoire de Nysse. Les Cappadociens, par leurs écrits, ont préparé le IIe concile œcuménique de Constantinople (381) qui proclame la pleine divinité du Saint Esprit. Ces trois théologiens sont aussi des auteurs mystiques.

-          Jean Chrysostome, prédicateur hors pair, dont les prescriptions liturgiques sont encore suivies aujourd’hui dans l’Église byzantine.

-          Cyrille d’Alexandrie, qui joua un rôle décisif au IIIe concile œcuménique, celui d’Éphèse (431) proclamant Marie « Mère de Dieu », contre Nestorius patriarche de Constantinople, qui entrera en dissidence.

-          Cyrille de Jérusalem, a composé des Catéchèses baptismales

B.      Pères latins des IVe-Ve siècles

-          Lactance, qui a été précepteur des fils de Constantin

-          Hilaire de Poitiers a combattu les Ariens d’occident et composé un traité capital Sur la trinité.

-          Ambroise, évêque de Milan, ardent défenseur de la liberté de l’Église face à Théodose. Il nous a laissé des Catéchèses baptismales. Il a doté l’Église milanaise d’un rite qui lui est encore propre.

-          Jérôme, érudit biblique, a utilisé l’unique exemplaire restant des Hexaples d’Origène. Sa traduction latine de la Bible est nommée la Vulgate.

-          Augustin, géant dont l’œuvre a marqué le Moyen âge et les siècles suivants. Il est avant tout le docteur de la grâce, l’adversaire du pélagianisme. Il a laissé des œuvres immortelles comme Les Confessions, son autobiographie, et La Cité de Dieu, vaste méditation sur l’histoire humaine à la lumière de l’histoire du salut.

-          Jean Cassien, héritier de la tradition monastique orientale, a fondé le monastère Saint Victor de Marseille. Ses Conférences sont des méditations sur la vie monastique et mystique.

-          Léon le Grand, pape qui a contribué de manière décisive à la définition de la double nature du Christ au concile de Chalcédoine (451). Il a jeté les bases doctrinales de la primauté romaine.

Saint Jean Damascène en Orient, saint Isidore de Séville et saint Grégoire le Grand en Occident sont considérés comme les derniers Pères de l’Église.

Pères orientaux

Il convient au moins de les mentionner schématiquement.

1.      Patrologie syriaque

En Syrie, Mésopotamie, Perse, on trouve des communautés orthodoxes, nestoriennes, monophysites, maronite, melchite. Elles ont évangélisé l’Inde et la Chine.

Le syriaque est un dialecte araméen tardif (l’araméen est une langue sémitique nord-occidentale, langue des populations de Mésopotamie et de Syrie). Royaume d’Osroène, cap. Édesse. Royaume d’Adiabène sur le Tigre : des communautés juives, puis judéo-chrétiennes. Nisibe a une école rabbinique.

À partir du IIe s. on trouve des écrits chrétiens, gnostiques, judéo-chrétiens : ébionites, elkasaïtes. Bardesane († 222) est un astrologue gnostique. D’autres écrits nous sont parvenus en traduction grecque ou copte : Évangile de Thomas, Hymne à la perle, Évangile de Philippe, Odes de Salomon, Pseudo-clémentines, Diatessaron de Tatien, Actes de Thomas, Didascalie, Psautier manichéen. C’est un christianisme biblique, encratique, anti-judaïque, plein de symbolisme et poésie. Parmi les auteurs orthodoxes : Afraat, perse († 345) ; Éphrem de Nisibe († 373) ; Marout de Majferqat († 420) ; Jacques de Sarug († 521). Après 431, on a l’Église nestorienne ; et après 451 les monophysites et les jacobites (Jacques Baradée † 578).

Il y a hellénisation à partir du Ve s, avec deux branches :

-          Perse autour de Séleucie-Ctésiphon, Édesse et Nisibe.

-          Est du ‘diocèse civil’ de Syrie : Mésopotamie, Osroène, Euphrasie, Syrie I et II autour d’Édesse et tourné vers Antioche.

À noter la traduction du Nouveau Testament en araméen (appelée Peshitta). Et des traductions des Pères grecs à Édesse. Mais après 638, l’arabe s’impose progressivement comme langue courante.

2.      Littérature arménienne

Un alphabet a été inventé par Mesrop Mastoc vers 405, moine. À noter la traduction 405-460, de la Bible, de livres liturgiques, et d’œuvres des Pères grecs et syriaques ; plus quelques œuvres originales. En 451 ce fut l’invasion perse sassanide, puis en 633 l’invasion arabe.

3.      Patrologie copte (du IIe au XIe s.)

C’est une langue égyptienne avec des éléments grecs, un alphabet grec et des signes démotiques. Elle est divisée en dialectes :

-          saïdique (qui prévaut du IIIe au VIIIe s.)

-          boaïrique(qui prévaut du IXe au XIIe s.) ; elle est encore en usage dans la liturgie. À noter des traductions bibliques (Ancien Testament à partir des LXX– Septante, la Bible grecque), des écrits gnostiques et hermétiques (à Nag Hammadi), le texte de Méliton Sur la Pâque, des Pères grecs ; des œuvres en copte chez les moines pacômiens.

Après Chalcédoine, les œuvres originales sont en copte : Archimandrite Scenute († 466 ?), Besa († 474) jusqu’à l’invasion arabe. Puis des traductions en arabe.

En Éthiopie, la langue est le ge’ez. On note des traductions du grec à partir du IVe s., et de l’arabe à partir du XIIIe s.

4.      Littérature géorgienne

C’est une langue sud-caucasique, avec un alphabet de 38 lettres. On note des traductions ; des hymnes, hagiographies et chroniques.

Commentaires

Dans cette séance, on ne rentre pas encore dans le thème particulier de l’économie du salut. Il s’agit de prendre une vue d’ensemble de l’immense phénomène que représentent les Pères de l’Église. C’est une construction collective étalée sur plusieurs siècles, à la fois profondément spirituelle et philosophiquement solide ; elle constitue le développement d’ensemble de la nouvelle foi chrétienne, sur la base constamment présente et sollicitée de la Révélation contenue dans les Écritures, avec l’aide des outils intellectuels fournis par la pensée philosophique grecque.

Il peut être utile d’insister sur certains aspects remarquables de cette élaboration :

1. L’inscription dans un travail collectif, une Tradition en est un trait majeur. Il ne s’agit pas de tracer des voies principalement individuelles, mais de développer la Foi commune. C’est compatible cependant avec l’émergence de puissantes personnalités, qui ont eu un rôle de référence durable (Origène, les Cappadociens et plus que tout autre saint Augustin - pour ne citer que ceux-là).

2. Même si le monde grec a joué naturellement un rôle immense, central dans les premières phases, le monde des Pères est multiculturel. Le latin émerge très tôt comme également productif, et surtout, point important pour le Saint-Sépulcre, les cultures orientales, notamment la production en syriaque, particulièrement riche.

Ajoutons qu’une part nettement prépondérante de la production est prise par la contribution (si on la met ensemble) des Pères originaires d’Anatolie, d’Égypte et du Proche-Orient pour ceux écrivant en grec, et d’Afrique du Nord pour le latin. C’est-à-dire de régions qui peu de siècles ensuite sortiront de la Chrétienté, suite aux invasions musulmanes. En bref le christianisme naissant a été pensé dans des régions appelées à sortir du cadre de la chrétienté, et à subir en tant que communauté une forme de martyre. Régions qui défrayent aujourd’hui l’actualité comme chacun sait.

3. Un des défis majeurs de cette pensée collective a été de concevoir le message chrétien, intellectuellement complexe par nature (des thèmes comme la Trinité, l’Incarnation, la Rédemption etc. ne vont pas de soi) dans le respect des Écritures et de la Tradition (cela va de soi et les Pères y sont très sensibles) ; mais en utilisant la pensée grecque, car d’emblée le christianisme a utilisé les ressources de celle-ci, d’une façon que les papes Jean-Paul II et Benoît XVI ont montré être providentielle. Nous verrons le point plus en détails dans la séance sur les semences du Verbe.

4. Ceci nous conduit à ce qui sera notre thème de l’année : l’économie du salut. Car avec la foi il ne s’agit pas d’abord de spéculation pure, mais d’un enjeu vital, personnel et collectif. C’était a fortiori vrai pour les Pères, qui engageaient leur travail d’élaboration et de méditation dans le contexte difficile non seulement d’un Empire romain mal disposé à l’égard de la nouvelle foi, mais d’un environnement de pensée multiple et élaboré, et d’une offre religieuse très diversifiée.

La question du rapport avec les autres religions, comme avec les incroyants, qui se pose avec acuité aujourd’hui, se posait donc avec autant de fore pour eux, immergés qu’ils étaient dans un monde non chrétien. C’est sans doute l’occasion pour nous d’entendre leur message avec une acuité particulière : message de Vérité, car c’est la Vérité qu’ils annonçaient et qu’ils recherchaient avec ardeur dans leur exploration intellectuelle ; message de salut car c’est cette Vérité qui sauve ; et comme on le verra message de dialogue exigeant, car ils n’ont pas hésité à chercher dans la culture ambiante toutes les semences du Verbe, notamment philosophiques, qu’elle pouvait contenir, mais sans transiger sur la Vérité.

5. Leur réflexion s’est en outre déployée particulièrement à propos de la question de l’Histoire et de son sens, réflexion qui est une spécificité de la culture chrétienne. Elle a conduit de nombreux Pères à réfléchir sur le sens de leur insertion dans le monde romain et sur son rôle providentiel, et plus largement sur la lecture qu’il était possible de faire de l’Histoire. Question qui se pose pour nous aussi dans le monde également complexe et diversifié de la mondialisation.

Première méditation

Pourquoi ne pas demander à un Père de l’Église, en guise de premier contact, de nous aider à prier le Notre-Père ? Pour se familiariser avec la méthode des Pères de l’Église et alimenter la première réunion, on propose de méditer le Notre Père avec Origène.

Texte

Origène, La prière, dans Les pères dans la foi 2, Migne 2002.

22, 1 Notre Père qui es aux cieux. Il convient d’examiner avec soin ce qu’on appelle l’Ancien Testament pour voir si l’on y trouve une prière, qui appelle Dieu du nom de Père. Pour l’instant, après avoir examiné selon nos forces, nous n’en avons pas trouvé. Nous ne disons pas que Dieu n’y est pas appelé père, ou que ceux qui sont dits avoir cru en Dieu ne sont pas nommés fils de Dieu mais que, dans la prière, nous ne trouvons pas l’affirmation confiante annoncée par le Sauveur du nom de Père donné à Dieu…

23.1 Lorsqu’on dit que le Père des saints est aux cieux, il ne faut pas supposer qu’il est circonscrit par une forme corporelle et qu’il habite les cieux, car le Dieu des cieux, étant circonscrit, se trouverait être plus petit que les cieux qui le circonscriraient. Au contraire il faut croire que tout est circonscrit par l’ineffable puissance de sa divinité et contenu par elle.

 

24.1 Que ton nom soit sanctifié. Comment, dira-t-on, un homme demande-t-il que soit sanctifié le nom de Dieu, comme s’il ne l’était pas ? Voyons ce qu’est le nom du père, et ce que c’est de le sanctifier…

2. Le nom est une appellation résumée qui manifeste la propre qualité de l’être nommé… Pour Dieu, qui est lui-même invariable et reste toujours immuable, il n’y a toujours qu’un seul nom : celui de l’Existant qui a été donné dans l’Exode (ho ôn : Ex 3, 14).

4. Celui qui prie doit demander que soit sanctifié le nom de Dieu, ainsi dans les psaumes est écrite la parole : « Exaltons son nom en lui-même » (Ps 29, 2). Le prophète ordonne que, avec une pleine symphonie, dans le même esprit et dans la même opinion, nous nous hâtions vers la connaissance véritable et élevée de la propriété de Dieu.

 

25.1 Que ton règne vienne. Si le règne de Dieu, selon la parole de Notre-Seigneur et Sauveur, ne vient pas de manière à frapper le regard, et si l’on ne dit pas : il est ici, ou il est là, mais si le règne de Dieu est au-dedans de nous (cf. Lc 17, 20), il est évident que celui qui prie pour la venue du royaume de Dieu prie avec raison pour que s’élève en lui et que fructifie et que s’achève le règne de Dieu… »

25.3 Si donc nous voulons que Dieu règne sur nous, que jamais le péché ne règne en notre corps mortel ; n’obéissons pas à ses commandements qui appellent notre âme aux œuvres de la chair et aux actes étrangers à Dieu… Ainsi Dieu règnera sur nous et nous serons déjà au milieu des biens de la régénération et de la résurrection.

 

26.1 Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Étant encore sur la terre, nous qui prions, pensons qu’au ciel est accomplie la volonté de Dieu par tous les habitants des cieux ; demandons que, pour nous aussi sur la terre, soit faite, en toutes choses, la volonté de Dieu ; ce qui arrivera si nous ne faisons rien en dehors de cette volonté.

26.3 Nous pouvons, en adhérant à lui, devenir un seul esprit avec lui, et accomplir par là sa volonté de sorte qu’elle soit parfaite sur la terre comme elle l’est au ciel. Car celui qui adhère au Seigneur est un seul esprit (cf. 1 Co 6, 17).

 

27.1 Donne-nous aujourd’hui notre pain supersubstantiel. Quelques-uns supposent qu’il nous est ordonné de prier pour le pain corporel : il est bon de réfuter leur erreur et d’établir la vérité sur le pain supersubstantiel.

27.2 Car le pain de Dieu est celui qui est descendu du ciel et donne la vie au monde » (cf. Jn 6, 32-33). Le véritable pain est celui qui nourrit l’homme véritable, celui qui a été créé à l’image de Dieu, et qui élève celui qui s’en nourrit à la ressemblance du créateur.

27.3 « Le pain que je donnerai est ma chair que je donnerai pour la vie du monde » (Jn 6, 51)… Telle est la véritable nourriture, la chair du Christ, qui, étant Verbe, est devenu chair. Lorsque nous le mangeons et le buvons, il a habité parmi nous.

Sur le mot epiousios (supersubstantiel) :

27. 7 Il n’est employé par aucun des savants parmi les Grecs et il n’est pas davantage usité dans le langage courant, mais semble avoir été inventé par les évangélistes. Matthieu et Luc sont d’accord sur lui lorsqu’ils l’emploient et n’offrent aucune variante…

27.9 De même que le pain corporel donné pour le corps de celui qui s’en nourrit passe en sa substance, de même le pain vivant et descendu du ciel, donné pour l’esprit et l’âme donne de sa propre force à celui qui se présente pour s’en nourrir ; et ainsi il sera le pain supersubstantiel que nous demandons.

27.10 Le pain supersubstantiel me semble être appelé dans l’Écriture d’un autre nom, celui d’arbre de vie, grâce auquel celui qui tend la main pour en prendre vivra éternellement (cf. Gn 2, 9).

27.13 Si l’on dit que le mot epiousion est formé de epienai, de sorte que nous avons l’ordre de demander le pain propre au siècle futur, que Dieu nous donnerait déjà par prévision, ce qui devrait nous être donné demain nous serait donné aujourd’hui ; ainsi aujourd’hui voudrait dire le siècle présent et demain le siècle à venir.

 

28.2 Remets-nous nos dettes. Celui donc qui n’agit pas de manière à s’acquitter de ses dettes envers ses frères reste débiteur de ce qu’il n’a pas fait. De même, si nous manquons aux hommes en des choses que nous leur devrions par esprit de charité et de sagesse, notre dette est plus considérable. Même en ce qui nous concerne nous-mêmes, nous sommes débiteurs : nous devons nous servir de notre corps de manière à ne pas l’épuiser par amour du plaisir ; nous devons à notre âme de prendre soin d’elle, de veiller à l’acuité de notre esprit, à notre langage de faire qu’il soit sans aiguillon, utile, jamais vain.

28.6 Si nous devons à tant de débiteurs, sûrement il y a aussi des hommes qui nous doivent. Les uns nous doivent comme à des hommes, d’autres comme à des citoyens, d’autres comme à des pères et d’autres comme à des fils, et encore ce sont des femmes qui nous doivent comme à des maris, ou des amis comme à des amis…

27.7 À ceux qui disent se repentir des fautes qu’ils ont commises envers nous, il faut pardonner, même si le débiteur renouvelle souvent cette assurance… Ce n’est pas nous qui serons durs envers ceux qui ne se repentent pas, ce sont eux qui sont méchants pour eux-mêmes. Même à l’égard de ces hommes, il faut chercher à les soigner, même s’ils sont complètement retournés au point de ne pas sentir leurs propres maux.

 

29.9 Ne nous laisse pas entrer en tentation. Toute la vie de l’homme sur terre est tentation. Aussi demandons-nous d’être délivrés de la tentation ; non pas de ne pas être tentés, ce qui est impossible surtout aux hommes sur la terre, mais de ne pas succomber lorsque nous sommes tentés. Celui qui succombe à la tentation entre, à mon avis, dans la tentation, puisqu’il est pris dans ses filets.

29.11 Nous devons donc demander, non de ne pas être tentés, ce qui est impossible ; mais de n’être pas circonvenus par la tentation, ce qui arrive à ceux qui sont possédés et vaincus par elle… Il répugne que Dieu puisse induire quelqu’un en tentation, comme s’il le livrait à la défaite. Comment n’est pas déplacé de croire que le Dieu bon, qui ne peut pas porter des fruits mauvais, jette quelqu’un dans le mal ?

29.19 C’est pourquoi nous devons, dans les temps qui séparent les unes des autres les tentations, envisager l’avenir et nous préparer à supporter tout ce qui pourrait arriver, de manière à n’être pas pris à l’improviste, mais à paraître entièrement disposés aux circonstances.

 

30.1 Délivre-nous du malin. Dieu nous délivre des tribulations, non pas lorsqu’il n’y a plus de tribulations, mais lorsque étant dans la tribulation, nous ne sommes pas dans l’angoisse, grâce au secours divin. Être dans la tribulation signifie un état qui arrive indépendamment de la volonté ; être dans l’angoisse, un état qui dépend de la volonté, lorsqu’on se laisse vaincre et dominer par la tribulation.

30.2 De la même manière devons-nous croire que l’on est délivré du malin. Dieu a délivré Job non parce qu’il n’a pas reçu le pouvoir de l’accabler de telles ou telles tentations, mais parce que, en toutes circonstances, il n’a pas péché devant le Seigneur et s’est montré juste.

 

Les parties de la prière

33.1 Il y a, à mon avis, quatre parties de la prière, que j’ai trouvées à travers les Écritures, et l’on peut, selon chacune d’elles, faire une prière complète. Voici quelles sont ces parties :

- Au début comme prologue de la prière, il faut, selon ses forces, glorifier Dieu par le Christ qui est glorifié avec lui dans le Saint Esprit qui est loué avec lui.

- Après cela, chacun fait de communes actions de grâces en rappelant dans son action de grâce les bienfaits qui se rapportent à tous ceux qu’il a reçus de Dieu en particulier.

- Après l’action de grâces, on doit faire l’aveu accusateur de ses propres péchés et demander à Dieu d’abord la guérison qui nous délivrera de l’habitude qui nous porte au péché, puis la rémission des péchés passés.

- Après la confession, le quatrième point est, selon moi, la demande des biens grands et célestes, particuliers et universels, pour ses parents et ses amis.

Enfin la prière doit s’achever par la glorification de Dieu par le Christ dans le Saint-Esprit.

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