Présentation

La Cité de Dieu d’Augustin est une longue méditation sur le sens de l’histoire humaine à la lumière de l’histoire du salut. Augustin a été amené à approfondir ce thème après le drame de la chute de Rome entre les mains des Goths d’Alaric en 410, événement impensable, qui a profondément secoué la conscience chrétienne. Un autre événement viendra s’y ajouter ; l’invasion de l’Afrique du Nord par les Vandales. Augustin mourra à Hippone en 430 alors que les Vandales assiègent la ville.

Textes

1.      Dans d’autres traités, il examine la question des étapes de l’histoire du salut. Ainsi dans Les 84 Propositions sur l’Épître aux Romains, 13-18 (PL 35, 2065-2066), il observe :

« Distinguons donc quatre états progressifs de l’homme: avant la Loi, sous la Loi, sous la grâce, dans la paix [ante legem, sub lege, sub gratia, in pace].

Avant la loi, nous suivons la concupiscence de la chair; sous la loi, nous sommes entraînés par elle; sous la grâce, nous ne la suivons pas et ne sommes pas entraînés par elle; dans la paix, la concupiscence de la chair n’existe plus. Ainsi donc, avant la loi, nous ne combattons pas, car non seulement nous désirons le mal et péchons, mais approuvons le péché ; sous la loi, nous combattons, mais nous sommes vaincus... La grâce vient donc qui efface les péchés passés, soutient l’effort, donne la charité qui procure la justice et enlève la crainte. Pourtant, certains désirs charnels, tant que nous sommes en cette vie, luttent encore contre notre esprit pour l’entraîner au péché… (Ces désirs) ne cesseront que par la résurrection corporelle, lorsque nous aurons mérité cette transformation qui nous est promise, au séjour de la paix parfaite, lorsque nous serons à la quatrième étape. Notre paix alors sera parfaite, parce que, comme nous ne résisterons plus à Dieu, rien ne nous résistera plus à nous-mêmes. »

2.      Typologie de la semaine de la création : les âges de l’histoire du monde.

A.    La Cité de Dieu XXII, 30,5 :

« Le premier âge, comme un premier jour, va d’Adam au déluge ; de là jusqu’à Abraham c’est le second, sans être égal en durée mais par le nombre des générations: car on constate que chacun en compte dix. À partir de là, comme le précise l’évangéliste Matthieu, suivent trois âges jusqu’à l’avènement du Christ, qui se déroulent chacun à travers quatorze générations : l’un va d’Abraham à David, l’autre de David à la déportation de Babylone, le troisième, de cette déportation à la naissance du Christ selon la chair: au total cinq âges. Le sixième s’écoule présentement, sans qu’on doive compter les générations, puisqu’il est dit: ‘Il ne vous appartient pas de connaître les temps que le Père a gardés en sa puissance [Ac 1,17]’.

Après ce sixième âge, Dieu se reposera comme en un septième jour, en ce sens qu’il fera reposer en lui-même, ce septième jour que nous-mêmes nous serons. Le septième âge sera notre sabbat, et ce sabbat n’aura pas de soir, mais il sera le jour du Seigneur et, pour ainsi dire, un huitième jour éternel: car le dimanche, consacré par la résurrection du Christ, préfigure l’éternel repos et de l’esprit et du corps ».

B.      De catechizandisrudibus, 22,39 :

« Les deux premiers âges sont mis en pleine lumière dans l’Ancien Testament. Les trois autres sont évoqués non moins clairement dans l’évangile à propos de la généalogie de Notre Seigneur Jésus Christ. Le sixième âge s’ouvre avec l’avènement du fils de Dieu fait homme, et le septième nous est maintes fois affirmé dans la même Écriture ».

L’histoire du salut a un centre, le Christ, un avant et un après lui. Comment comprendre le temps que nous vivons sur l’horizon de l’histoire du salut ? La société résolument sécularisée d’une part, la montée de l’islam d’autre part, la dispersion des chrétiens en Églises séparées, le manque de lisibilité de l’avenir. Autant de réalités qu’il s’agit de mettre en perspective.

Commentaire

Nous poursuivons la réflexion des Pères sur le sens de l’histoire, éclairé par la Révélation et notamment l’évènement central de l’Incarnation du Fils de Dieu. Cette fois c’est avec un maître exceptionnel, saint Augustin, peut-être le penseur le plus puissant de l’Antiquité chrétienne, en tout cas un formidable défricheur dont les vues larges et fécondes ont nourri toute l’histoire de l’Occident. Les 7 ou 8 âges qu’il nous décrit ici sont pour lui présents dans l’Écriture, et donc voulus par Dieu. Comme on le voit ils sont ponctués par des évènements majeurs de l’histoire sainte : le déluge, Abraham, David, l’exil à Babylone, la naissance du Christ. Ces 5 forment un groupe. La venue du Christ est la césure majeure, puisque après s’étend la longue période où nous sommes encore, après quoi le ou les autres âges évoqués seront futurs : c’est la fin des temps et la vie éternelle. Notons l’absence d’une césure qu’on aurait pu attendre : Moïse.

Notons aussi la correspondance relative mais bien réelle avec les étapes de notre propre progression : avant la loi, sous la loi, sous la grâce et dans la paix. L’étape ‘sous la loi’ correspond à plusieurs âges du tableau précédent (sauf à nouveau que la Loi à proprement parler date de Moïse). Cette correspondance est importante : elle suggère un progrès continu, du moins pour cette partie de l’humanité qui reçoit le message de Dieu et ses dons. Comme la foi moderne dans le progrès (à vrai dire un peu affaiblie aujourd’hui) le christianisme croit à une forme de flèche du temps : le temps et l’histoire ont une direction. Mais contrairement au progressisme, il croit que le don qui le permet vient de Dieu : notre tâche est de lui répondre, et tous ne le font pas. En outre, plus qu’un progrès régulier, c’est une succession d’âges que nous évoque Augustin, de régimes successifs mais tranchés, marqués par l’évènement qui les a fondés, et par la perspective de ce qui suivra. Dont le modèle, on l’a remarqué, est donné par la première semaine, au début de la Genèse.

Rappelons enfin la phrase évangélique que nous rappelle le maître d’Hippone : ‘Il ne vous appartient pas de connaître les temps que le Père a gardés en sa puissance’ Cette histoire nous dit-il est claire dans sa logique ultime, mais cela ne veut pas dire que nous soyons à même d’en repérer les étapes lorsque nous y sommes plongés. Mais ne pas connaître les moments ne signifie pas ne pas réfléchir sur les étapes et leur signification. Notre époque n’en manque pas. La dislocation relative de ce qui était la chrétienté européenne, la montée de l’Islam et de l’incroyance, mais aussi celle du christianisme africain et asiatique, le défi de la division des chrétiens mais aussi leur sort commun face à ces défis, tout cela fournit ample matière à réflexion. Réflexion qui comme pour les Pères n’est pas seulement théorique mais pratique, voire urgente, car il s’agit du monde qui se fait sous nos yeux et dont nous sommes les acteurs.

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