Présentation générale

Les Églises orientales catholiques

On ne parlera pas ici des EOC européennes, à savoir les Églises gréco-catholique ukrainienne, l’Église ruthène catholique, l’Église roumaine catholique, grecque, serbe, bulgare, slovaque, hongroise, biélorusse, albanaise, géorgienne. Ces Églises ont toutes un homologue orthodoxe dont elles sont issues.

On ne parlera pas non plus des Églises malabare catholique et malankare catholique présentes en Inde au Kerala :

- La première a été fondée par l’apôtre saint Thomas. Elle appartenait à la grande tradition d’Antioche. Elle ne s’est pas associée au schisme nestorien du ive siècle. Elle est toujours restée en communion avec Rome. Elle fut latinisée par les Portugais au xvie siècle, mais a pu retrouver son rite araméen oriental et son identité en 1919.

- L’Église malankare est née d’une séparation avec l’Église malabare en 1653 car elle n’admettait pas la latinisation subie par cette Église. Elle s’est alors rattachée à l’Église syriaque nestorienne (encore appelée Église assyrienne de l’Est). En 1930, une partie des malankars se rattache à nouveau à Rome.

Nous nous concentrerons sur les EOC présentes au Moyen-Orient. Les grandes traditions orientales sont Alexandrie, Antioche, l’Arménie. Mais elles ont donné naissance au cours de l’histoire à plusieurs Églises.

On mettra d’abord à part deux Églises :

-          L’Église maronite se rattache à la tradition antiochienne. Elle doit son nom au saint moine Maroun († 410). Elle a accepté le dogme de Chalcédoine (451). Après la conquête arabe, ces chrétiens fondent un foyer national au Nord du Liban. En 685, alors que le siège patriarcal d’Antioche est vacant depuis des dizaines d’années, ils se donnent leur propre patriarche. Les contacts avec Rome reprirent avec les croisades. Sous l’Empire ottoman, les maronites se répandent dans tout le Liban. Le patriarche siège à Bkerbé. Les maronites sont au moins 80 000 au Liban et 4 millions dans la diaspora (Brésil, États-Unis, Australie, Canada, Afrique). En France, ils ont un ordinariat propre depuis 2012.

-          L’Église italo-albanaise catholique d’Italie du Sud.

Ces deux Églises ne procèdent pas d’une rupture avec leur homologue orthodoxe ou préchalcédonien. Elles ont toujours été en communion avec l’Église catholique romaine.

Les autres grandes EOC sont issues d’Églises dites préchalcédoniennes et se sont rattachées à Rome au IIe millénaire :

-         L’Église chaldéenne ou assyrienne catholique se détache en 1553 de l’Église assyrienne de l’Est. Cette Église nestorienne n’avait pas accepté le concile d’Éphèse de 431. Sous l’influence de la prédication des dominicains et des franciscains, les deux tiers des fidèles suivirent les évêques qui s’étaient rattachés à Rome. Leur chef est le patriarche de Babylone des Chaldéens dont le siège est à Bagdad.

-         L’Église syriaque catholique est issue de l’Église syriaque orthodoxe (ou jacobite) hostile à Chalcédoine. En 1557 s’opère un premier rapprochement avec Rome. L’union se fait en 1783. Le patriarche est établi à Beyrouth. Cette Église compte environ 200 000 fidèles.

-         L’Église copte catholique s’est séparée de l’Église copte orthodoxe préchalcédonienne en 1824. Son patriarche siège au Caire. L’Église a environ 300 000 fidèles.

-         L’Église éthiopienne catholique a été fondée en 1839 en se séparant de l’Église éthiopienne monophysite.

-         L’Église arménienne catholique a rejoint la communion romaine en 1742 en se séparant de l’Église arménienne orthodoxe restée monophysite. Cette Église très ancienne avait rejeté le concile de Chalcédoine en 555. L’Église arménienne catholique compte environ 600 000 fidèles. Beaucoup se réfugièrent au Liban après les génocides de 1915 et 1921.

-         Seule une Église orientale se détache de l’Église orthodoxe provenant des patriarcats d’Antioche, Alexandrie et Jérusalem. « Melchite » est le nom donné par les monophysites syriaques (jacobites) aux orthodoxes fidèles à Chalcédoine, c’est-à-dire à la religion de l’empereur. Le patriarcat d’Antioche, Église mère de toutes les Églises d’Orient, de la Méditerranée à la Perse, connut un schisme en 1724. Une partie des évêques et des fidèles, refusant les intrusions de Constantinople et voulant de dégager de l’emprise ottomane se tournèrent vers Rome. Le patriarche réside à Damas avec le titre de « patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, d’Alexandrie et de Jérusalem ». Cette Église a environ 1,5 million de fidèles, surtout au Liban et en Syrie. C’est une Église arabe. Près de la moitié vit hors du Proche-Orient. Cette Église a subi de front la persécution et l’exode sous les coups de l’État islamique.

Rites

Sur le plan des rites on distingue :

-          rite alexandrin : Église copte catholique et Église éthiopienne catholique ;

-          rite arménien : Église arménienne catholique ;

-          rite antiochien ou syrien occidental : Église malankare catholique ; Église syriaque catholique ; Église maronite ;

-          rite syrien oriental (chaldéen) : Église chaldéenne catholique ; Église malabare catholique.

Commentaire

On est évidemment frappé par la diversité considérable de ces Églises, tant pour des raisons culturelles qu’historiques. D’un côté, il est caractéristique du christianisme oriental qu’il se soit appuyé, dès le départ, sur plusieurs traditions, à dominante nationale ou culturelle au départ mais débordant ce cadre initial au fur et à mesure des essaimages. Le grand centre d’Antioche a été ainsi à l’origine de la plupart des Églises du Proche-Orient et d’Inde avec comme langue initiale le syriaque (maintenant surtout l’arabe, du moins au Proche-Orient), éventuellement divisées ensuite (cas des maronites). Alexandrie, au départ grecque et égyptienne, a ensuite parrainé l’Éthiopie (et autrefois la Nubie devenue Soudan) avec comme langues initiales respectivement le copte et le guèze, maintenant plutôt l’arabe et les langues d’Éthiopie. Seule l’Église arménienne est restée essentiellement nationale (mais c’est la première nation chrétienne de l’histoire).

L’histoire s’y est ajoutée à son tour. C’est elle qui est à l’origine de la tradition byzantine des melchites, héritière de l’empire du même nom (langues grecque et arabe). Mais c’est aussi et surtout le fait de l’histoire proprement religieuse : presque partout, des scissions à l’origine doctrinales ont été suivies, dans une mesure variable selon les cas, d’un rattachement à Rome, qui n’a pas effacé la spécificité des Églises concernées. On observe aussi des distinctions purement culturelles, fruits de l’histoire aussi (rite byzantin d’Italie du Sud par exemple). L’arrivée ultérieure des latins, catholiques occidentaux, est en un sens un de ces évènements. Il en résulte une bigarrure étonnante, parfois dans un même pays ; ainsi dans le cas extrême de la Syrie, on peut voir cohabiter jusqu’à six Églises rattachées à Rome (latins, melchites, chaldéens, syriaques ex-jacobites, maronites, arméniens), et cela sans parler des non-catholiques. Avec chacun son patriarche de rattachement… De même dans une moindre mesure en Palestine.

Cela montre en tout cas la capacité caractéristique de l’Église catholique d’accueillir une très grande diversité, notamment organisationnelle et liturgique, comme on le verra plus en détails. Capacité qu’on retrouve aujourd’hui dans d’autres zones géographiques (ainsi avec la constitution récemment d’un ordinariat pour les anglicans retournés à Rome, qui disposent par là de leurs hiérarchie et liturgie propres, dans le cadre catholique). Elle sait, en d’autres termes, que des habitudes de prière et un mode d’organisation ou de vie commune peuvent jouer un rôle extrêmement important dans la traduction concrète de la foi d’un peuple ou d’une communauté, et elle évite de les heurter frontalement. Souplesse qui contraste avec la fermeté de son souci doctrinal, à condition ici d’éviter les divisions résultant de simples incompréhensions langagières.

Notons par ailleurs que les retours à Rome ont été très variables selon les cas, et paraissent varier plus en fonction des péripéties historiques que d’un facteur explicatif central. Ils sont nettement plus marqués au Proche-Orient et en Inde (cela concerne la majorité des chrétiens locaux en Irak et en Inde du Sud) qu’en Égypte et Éthiopie ou Arménie (où les EOC sont nettement minoritaires), peut-être parce que le caractère d’Église nationale était plus net dans ces derniers cas. Cela conduira par ailleurs à poser la question délicate de l’uniatisme, évoquée plus tard.

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