Présentation

À part l’Église maronite et l’Église malabare, les EOC ont toutes rompu leur communion antérieure avec une Église préchalcédonienne ou orthodoxe, pour rejoindre la communion catholique en reconnaissant l’autorité du pontife romain. Les circonstances qui ont entouré ces rattachements à Rome sont toujours complexes, non sans liens avec la situation politique ou les crises traversées par les Églises d’origine. Les Églises d’origine ont désigné ce phénomène sous le nom d’uniatisme. Elles rejetaient ces rattachements et accusaient l’Église catholique de prosélytisme à leur endroit. Aujourd’hui ce malaise tend à être surmonté.

Dans le cadre du dialogue international entre Église catholique et Église orthodoxe, un document a été adopté à Balamand en 1993 qui conclut que cette méthode de recherche de l’unité appartient au passé et ne constitue pas un modèle pour l’avenir.

Le document distingue bien entre les conversions personnelles qui sont toujours à respecter et le rattachement de communautés entières à l’Église catholique. On estime que le dialogue œcuménique doit amener à la reconnaissance mutuelle des Églises.

Les EOC ont souvent payé le prix de leur communion avec Rome, persécutées parce que minoritaires, rejetées par leurs homologues. Il faut rappeler en particulier la suppression par Staline des Églises gréco-catholiques ukrainienne et ruthène et leur incorporation de force à l’Église orthodoxe russe entre 1945 et 1989. Même chose pour l’Église gréco-catholique de Roumanie.

Document de Balamand, Liban (23 juin 1993) - Principes ecclésiologiques 

7. Au cours des siècles, diverses tentatives ont été faites pour rétablir l’unité. Elles ont cherché à atteindre ce but par des voies variées, parfois conciliaires, selon la situation politique, historique, théologique et spirituelle de chaque époque. Malheureusement, aucun de ces efforts n’a réussi à rétablir la pleine communion entre l’Église d’Occident et l’Église d’Orient, et parfois même ils ont durci les oppositions. 

8. Durant les quatre derniers siècles, en diverses régions de l’Orient, des initiatives ont été prises, de l’intérieur de certaines Églises et sous l’impulsion d’éléments extérieurs, pour rétablir la communion entre l’Église d’Orient et l’Église d’Occident. Ces initiatives ont conduit à l’union de certaines communautés avec le Siège de Rome et ont entraîné, comme conséquence, la rupture de la communion avec leurs Églises mères d’Orient. Cela se produisit non sans l’intervention d’intérêts extra-ecclésiaux. Ainsi sont nées des Églises orientales catholiques et s’est créée une situation qui est devenue source de conflit et de souffrances d’abord pour les orthodoxes mais aussi pour les catholiques. 

9. Quoi qu’il en soit de l’intention et de l’authenticité de la volonté d’être fidèle au commandement du Christ: « que tous soient un », exprimées dans ces unions partielles avec le Siège de Rome, on doit constater que le rétablissement de l’unité entre l’Église d’Orient et l’Église d’Occident n’a pas été atteint et que la division persiste, envenimée par ces tentatives. 

10. La situation ainsi créée engendra en effet tensions et oppositions. Progressivement, dans les décennies qui suivirent ces unions, l’action missionnaire tendit à inscrire parmi ses priorités l’effort de conversion des autres chrétiens, individuellement ou en groupe, pour les faire « retourner » à sa propre Église. Pour légitimer cette tendance, source de prosélytisme, l’Église catholique développa la vision théologique selon laquelle elle se présentait elle-même comme l’unique dépositaire de salut. Par réaction, l’Église orthodoxe, à son tour, en vint à épouser la même vision selon laquelle chez elle seule se trouvait le salut. Pour assurer le salut des « frères séparés », il arrivait même qu’on rebaptisât des chrétiens, et qu’on oubliât les exigences de la liberté religieuse des personnes et de leur acte de foi, perspective à laquelle l’époque était peu sensible. 

11. D’un autre côté, certaines autorités civiles ont fait des tentatives pour ramener des catholiques orientaux dans l’Église de leurs pères. À cette fin, elles n’hésitaient pas, si l’occasion s’en présentait, à utiliser des moyens inacceptables. 

12. À cause de la manière dont catholiques et orthodoxes se considèrent à nouveau dans leur rapport au mystère de l’Église et se redécouvrent comme Églises sœurs, cette forme « d’apostolat missionnaire », décrite ci-dessus, et qui a été appelée « uniatisme », ne peut plus être acceptée ni en tant que méthode à suivre, ni en tant que modèle de l’unité recherchée par nos Églises. 

13. En effet, surtout depuis les conférences panorthodoxes et le deuxième concile du Vatican, la redécouverte et la remise en valeur tant par les orthodoxes que par les catholiques, de l’Église comme communion, ont changé radicalement les perspectives et donc les attitudes.

De part et d’autre, on reconnaît que ce que le Christ a confié à son Église — profession de la foi apostolique, participation aux mêmes sacrements, surtout à l’unique sacerdoce célébrant l’unique sacrifice du Christ, succession apostolique des évêques — ne peut être considéré comme la propriété exclusive d’une de nos Églises. Dans ce contexte, il est évident que tout re-baptême est exclu. 

14. C’est la raison pour laquelle l’Église catholique et l’Église orthodoxe se reconnaissent mutuellement comme Églises sœurs, responsables ensemble du maintien de l’Église de Dieu dans la fidélité au dessein divin, tout spécialement en ce qui concerne l’unité. Selon les paroles du pape Jean-Paul II, l’effort œcuménique des Églises sœurs d’Orient et d’Occident, fondé dans le dialogue et la prière, recherche une communion parfaite et totale qui ne soit ni absorption ni fusion, mais rencontre dans la vérité et l’amour (cf. Slavorum Apostolin° 27). 

15. Restant ferme l’inviolable liberté des personnes et l’obligation universelle de suivre les exigences de la conscience, dans l’effort pour rétablir l’unité, il ne s’agit pas de rechercher la conversion des personnes d’une Église à l’autre pour assurer leur salut. Il s’agit de réaliser ensemble la volonté du Christ pour les siens et le dessein de Dieu sur son Église par une commune recherche entre Églises, d’un plein accord sur le contenu de la foi et ses implications. Cet effort est poursuivi dans le dialogue théologique en cours. Le présent document est une étape nécessaire dans ce dialogue. 

16. Les Églises orientales catholiques qui ont voulu rétablir la pleine communion avec le Siège de Rome et y sont restées fidèles, ont les droits et obligations qui sont liés à cette communion dont elles font partie. Elles ont comme principes réglant leur attitude vis-à-vis des Églises orthodoxes ceux qui ont été affirmés par le deuxième concile du Vatican et ont été mis en œuvre par les papes, qui en ont précisé les conséquences pratiques en divers documents publiés depuis lors. Il faut donc que ces Églises soient intégrées, tant au niveau local qu’au niveau universel, au dialogue de la charité dans le respect mutuel et la confiance réciproque retrouvée, et qu’elles entrent dans le dialogue théologique avec toutes ses implications pratiques. » 

Commentaire

La question de l’uniatisme est un des points les plus délicats du rapport entre l’Église catholique et les Églises orthodoxes. L’uniatisme consiste dans le rattachement à Rome, conçu comme un retour, de parties d’Églises précédemment séparées, accueillies en tant qu’Églises avec leur personnalité et leur hiérarchie propres (ainsi que leurs liturgie et organisation). Cela se distingue donc d’une part du rattachement individuel de personnes (qui dans ce cas s’intègrent à une Église intégrée dans l’Église catholique, souvent tout simplement l’Église latine) et d’autre part du retour en bloc de l’Église locale.

Traditionnellement les Églises restées séparées (orthodoxes notamment) voyaient l’uniatisme comme une tentative de division, et ne reconnaissent pas à ces Églises rattachées à Rome le caractère d’Église distincte. De son côté, l’Église catholique y voyait le moyen de restaurer l’unité sans faire disparaître l’autonomie ou la spécificité des Églises concernées, alors que le retour individuel ne permet pas cette expression, et que le retour à l’intercommunion avec l’Église séparée apparaissait utopique. Il est à noter que l’uniatisme ne concerne que certaines des Églises qui sont dans le champ d’étude de cette année : les maronites n’en relèvent pas, ni les chaldéens par exemple, qui se sont ralliés en majorité, hiérarchie en tête.

Le document de Balamand est le plus important document de la « Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe ». À ce titre, il a une valeur officielle, même si une partie non négligeable des orthodoxes ne l’ont pas accepté (grecs notamment), et si côté catholique, il ne constitue apparemment pas un document magistériel. Il affirme pour l’essentiel la primauté de la voie consistant à rechercher la pleine communion directement entre les Églises séparées (reconnues comme « Églises sœurs »). Il sanctionne dès lors ce qui était déjà un fait, l’abandon de l’uniatisme par la partie catholique (au moins à ce stade), mais sans pour autant que l’Église catholique réduise ou modifie le statut dont jouissent en son sein les Églises rattachées auparavant par cette méthode. Il ne semble en outre pas que la question ait été précisée plus en détails par la suite.

Dès lors, on peut noter que si la voie actuellement suivie (œcuménique) exclut la démarche de scission et l’idée de « retour » qui caractérisait l’uniatisme classique, cela ne fait pas disparaître l’intérêt des Églises uniates en soi comme modèles de communion. Car ces Églises existent et jouissent d’une réelle autonomie, et en fait se distinguent assez peu des Églises séparées d’où elles proviennent, du moins en termes d’organisation et de liturgie. De ce point de vue, ces Églises, partie importante de notre étude cette année, sont un enjeu majeur, par la démonstration qu’elles peuvent permettre d’un rapport entre Églises à organisation, culture, liturgie, etc. différentes, mais sous le primat reconnu du pontife romain. Ou, pour nous latins, comme témoignage de la diversité possible au sein de cette Église.

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