Présentation

Les EOC n’ont pas toutes le même rang canonique, même si elles jouissent toutes d’un « droit propre ». Celles que nous étudions ont toutes la dignité d’Églises patriarcales, avec à leur tête un patriarche : Alexandrie des coptes ; Antioche des syriens ; grecs-melchites ; maronites ; Babylone des chaldéens ; Cilicie des arméniens.

Pour mémoire, rappelons que la plus grande EOC, l’Église grecque-catholique d’Ukraine, est un archevêché majeur, tout comme les Églises syro-malankare et syro-malabare, ou l’Église gréco-roumaine. Sont Églises métropolitaines l’EOC d’Éthiopie, l’Église ruthène. D’autres n’ont pas le statut de métropole, ce sont des Églises de tradition byzantine : biélorusse, bulgare, grecque, hongroise, italo-albanaise, slovaque, « yougoslave », albanaise, russe. 

1        Ce que dit le concile Vatican II sur les Églises orientales catholiques : le décret Orientalium Ecclesiarum

Les Églises particulières ou rites

2.      « La Sainte Église catholique, qui est le Corps mystique du Christ, est composée des fidèles qui sont organiquement unis dans l’Esprit-Saint par la même foi, les mêmes sacrements et le même gouvernement, et qui, en se fondant en diverses communautés dont la cohésion est assurée par la hiérarchie, constituent des Églises particulières ou rites. Entre ces Églises existe une admirable communion, de sorte que la diversité dans l’Église, loin de nuire à son unité, la met en valeur. C’est en effet le dessein de l’Église catholique de sauvegarder dans leur intégrité les traditions de chaque Église particulière ou rite. Elle veut également adapter son mode de vie aux besoins divers des temps et des lieux.

3.      Ces Églises particulières, aussi bien d’Orient que d’Occident, diffèrent pour une part les unes des autres par leurs rites, c’est-à-dire leur liturgie, leur discipline ecclésiastique et leur patrimoine spirituel, mais elles sont toutes confiées de la même façon au gouvernement pastoral du Pontife romain qui, de par la volonté divine, succède à saint Pierre dans la primauté sur l’Église universelle. Elles sont donc égales en dignité, de sorte qu’aucune d’entre elles ne l’emporte sur les autres en raison de son rite. Elles jouissent des mêmes droits et elles sont tenues aux mêmes obligations, également en ce qui concerne le devoir de prêcher l’Évangile dans le monde entier (cf. Mc 16, 15) sous la conduite du Pontife romain.

4.      Partout on pourvoira donc au maintien et au développement de toutes les Églises particulières, et en conséquence on instituera des paroisses et une hiérarchie propre, là où le bien spirituel des fidèles le requiert. Cependant les hiérarchies des différentes Églises particulières qui ont juridiction dans un même territoire prendront soin de se concerter dans des réunions périodiques pour promouvoir l’unité dans l’action et de réunir leurs forces pour soutenir les œuvres communes, afin de faire progresser plus aisément le bien de la religion et de protéger avec plus d’efficacité la discipline du clergé. Tous les clercs et les candidats aux ordres sacrés seront bien instruits de ce qui concerne les rites, et notamment les règles pratiques dans des matières inter-rituelles. Dans l’enseignement catéchistique, les laïcs eux aussi recevront une instruction sur les rites et les règles à ce sujet. Enfin, tous et chacun des catholiques, ainsi que les baptisés de toute Église ou communauté non catholique qui viennent à la plénitude de la communion catholique, conserveront partout leur rite propre, le pratiqueront et l’observeront dans la mesure de leurs possibilités, restant sauf le droit de recourir, dans des cas particuliers concernant les personnes, les communautés ou les régions, au Siège apostolique ; celui-ci, en sa qualité d’arbitre suprême des relations entre Églises, pourvoira aux besoins dans un esprit œcuménique, par lui-même ou par d’autres autorités, en donnant les règles, les décrets ou les rescrits qui seront opportuns ».

2          Le droit canonique oriental

La spécificité des EOC se traduit par leur doit propre, qui protège leurs traditions canoniques, liturgiques et spirituelles. En 1992, les EOC ont reçu un Code des canons des Églises orientales (CCEO), en remplacement de quatre motu proprio publiés par Pie XII et en vigueur jusque-là. Le CCEO ne contient pas tout le droit canonique des EOC, mais seulement le droit qui leur est commun à toutes. Chaque EOC a en plus son droit particulier.

Le rapport à l’autorité suprême, celle du pape, n’est pas le même dans les EOC et dans l’Église latine, laquelle est régie par le Code de droit canonique de 1983. Les EOC s’enracinent dans leur tradition orientale respective, en conservant la même liturgie, la même discipline des sacrements que les Églises préchalcédoniennes ou orthodoxes dont elles sont issues. On peut dire qu’à l’endroit des Église orientales catholiques, le pape exerce une primauté proprement pétrinienne, tandis qu’à l’endroit de l’Église latine, il exerce aussi une primauté de type patriarcal. Le pape ne se considère pas comme « patriarche d’Occident », selon la vision qu’en ont les orthodoxes. Néanmoins, la primauté du pape n’intervient pas dans les EOC de la même manière que dans l’Église latine. Les deux Codes témoignent de ces différences de traitement.

3        La synodalité

Les EOC ont une large autonomie de gouvernement interne. Leur chef, patriarche, archevêque majeur ou métropolite gouverne toujours à l’aide de son synode. On appelle synodalité ce mode de gouvernement et de concevoir la structure même de l’Église. La synodalité a été conservée dans les EOC ; elle est la caractéristique des Église orthodoxes et préchalcédoniennes.

Syn-odos veut dire « cheminer ensemble ». La synodalité, en ecclésiologie orientale, s’applique à tous les niveaux de la vie de l’Église. Elle consiste à associer les baptisés, les clercs, les évêques dans une même communion qui a sa source dans l’eucharistie et son modèle dans la Sainte Trinité. La vie de l’Église procède du don de la vie divine qui passe par les sacrements, la même confession de la foi et la succession apostolique. La grâce de l’Esprit-Saint réside dans le corps entier de l’Église, où elle fructifie en charismes divers qui concourent à l’unité de l’ensemble.

La synodalité est vécue à l’échelle de l’Église locale confiée à un évêque.

La synodalité est institutionnalisée à l’échelle de la province ecclésiastique : les évêques des éparchies (diocèses) de la province se réunissent autour de l’un d’eux qui occupe le siège principal, le métropolite. Des décisions sont prise par tous avec le consentement du métropolite. Ainsi se dégage une tension féconde entre « tous » et l’un d’entre eux, appelé le protos, ou le premier. Son rôle est d’assurer l’unité de tous sans se substituer à eux. Le premier ne peut rien décider sans le consensus de tous et rien ne peut se faire sans son accord. Historiquement cette forme de synodalité a été exercée dans l’Église dès les premiers siècles : ce sont les synodes provinciaux des iie et iiie siècles.

La synodalité s’exerce enfin à l’échelle des patriarcats. Certaines EOC sont assez grandes pour être divisées en circonscriptions provinciales : exarchats archiépiscopaux ukrainiens ; exarchats patriarcaux arméniens, melchites, syriens. La synodalité s’exprime par les synodes patriarcaux, avec la participation de tous les évêques. Bien plus, chaque EOC sui iuris a un synode permanent, évêques entourant le patriarche ou l’archevêque majeur, pour prendre les décisions qui relèvent de l’autorité patriarcale. La différence avec l’Église latine est que les décisions du patriarche sont toujours collégiales, prises au sein d’un synode qui a voix délibérative. Dans l’Église latine, la décision est prise par l’évêque dans son diocèse après consultation, mais sans être tenu par l’avis des conseils consultés.

Au niveau universel, la synodalité s’exerce par la participation des évêques au concile œcuménique. Les orthodoxes — mais pas tous — acceptent qu’il existe bien un primat universel dans la personne de l’évêque de Rome. Mais ne vont pas jusqu’à lui reconnaître les prérogatives de droit divin qui sont les siennes selon la doctrine catholique.

L’instance supérieure de l’autorité des EOC est le synode des Églises patriarcales et archiépiscopales ou le conseil des hiérarques des Églises métropolitaines. Ces organes sont investis du pouvoir législatif et judiciaire, le pouvoir administratif restant entre les mains du patriarche, de l’archevêque majeur ou du métropolite. Ces synodes ou conseils ont plus de pouvoirs que les conférences épiscopales de l’Église latine. Par exemple, il leur appartient de procéder à l’élection des nouveaux évêques, sur une liste de noms qui ont déjà reçu « l’assentiment » du pape. Dans l’Église latine, le pape nomme librement les évêques.

La synodalité orientale a sa source dans le canon 34 des Apôtres (ainsi est appelée une collection canonique de la fin du ive siècle). Ce texte est très beau et reflète la vie des Églises au ive siècle. Cependant, l’histoire montre que là où la primauté n’est pas forte, l’unité de l’Église en pâtit. De plus, l’Église catholique — latine et orientale — considère que le ministère de Pierre est une primauté universelle qui vient du Christ et non d’une décision d’un concile.

Nous pouvons méditer ce texte : « Il faut que les évêques de chaque nation sachent lequel d’entre eux est le premier, qu’ils le considèrent comme leur chef et ne fassent rien d’important sans son accord ; chacun ne s’occupera que de ce qui concerne son district et les territoires qui en dépendent ; mais que le chef ne fasse rien non plus sans l’accord de tous ; ainsi la concorde règnera-t-elle et Dieu sera-t-il glorifié par le Christ dans l’Esprit-Saint » (Les Constitutions apostoliques, livre VIII, 47, 34 [SC 336], p. 285).

Commentaire

Vatican II a codifié de façon particulièrement claire le statut des Églises particulières, et notamment de celles objets de notre étude, y compris les Églises unies à Rome. On notera son insistance sur l’autonomie d’organisation et de rite, ainsi que sur les patrimoines spirituels propres, et sur la nécessaire cohabitation entre plusieurs Églises particulières sur un même territoire, toutes membres de l’Église catholique. On notera aussi l’idée d’égalité entre elles, quelle que soit la taille ; mais aussi, bien sûr, l’autorité affirmée du souverain pontife.

Juridiquement, on l’a vu, cela se traduit non seulement par un droit canonique différent, mais aussi par un mode d’exercice original de l’autorité pontificale, moins immédiate que dans l’Église latine.

La traduction la plus frappante de ce fait est l’existence de la synodalité, caractéristique des Églises orientales en général, et maintenue dans les Églises rattachées à Rome. Son trait distinctif est son caractère délibératif. Les décisions majeures d’ordre législatif, judicaire, ou le choix des évêques, supposent une délibération collective, notamment entre évêques, mais aussi aux niveaux des paroisses ou des diocèses, avec le clergé ou les fidèles, selon des modalités variables et complexes.

Dans le cas des Églises rattachées, cela conduit à une forme originale d’articulation avec l’autorité pontificale, alors qu’elle est conçue comme directe dans l’Église latine. La désignation synodale des patriarches et évêques, mais avec approbation pontificale, en est la manifestation la plus significative.

Est-il cependant besoin de rappeler qu’en revanche, en matière de doctrine, la décision au sein de l’Église catholique reste exclusivement au niveau de l’ensemble (pape ou concile) ?

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