Présentation

Les EOC nous relient aux origines apostoliques de l’Église et à l’héritage patristique de l’Église du Ier millénaire. Nous mentionnerons deux grandes traditions patristiques : araméenne et byzantine. Mais les traditions coptes et arméniennes mériteraient aussi de retenir toute notre attention.

I Le christianisme syriaque

Le christianisme de langue syriaque (langue dérivée de l’araméen) a produit dans les premiers siècles des œuvres d’une grande inspiration biblique et poétique. Ce n’est pas un christianisme spéculatif, comme celui de la tradition grecque. Il fleurissait dans les royaumes d’Osroène et d’Adiabène en Mésopotamie, et autour de la ville de Nisibe. Au iie siècle, les Syriens traduisent la Bible en syriaque (la Peshittâ). Le premier auteur connu est un moine nommé Aphraate, mort en 345. Il a laissé des homélies.

Plus souvent cité est le diacre Éphrem le Syrien, mort en 373. Il avait été converti au christianisme par l’évêque de Nisibe, Jacques. On lui doit des hymnes d’une grande profondeur sur le mystère de Pâques. C’est une pensée qui s’exprime par images et symboles, articulant les thèmes de la Création, de l’Écriture, de l’Incarnation. Saint Éphrem nous a offert trois séries d’hymnes sur Pâques : Sur les azymes, Sur la Crucifixion, Sur la Résurrection.

Benoit XVI le présente ainsi (audience du 28novembre 2007) : « La figure de saint Éphrem le Syrien est encore pleinement actuelle pour la vie des différentes Églises chrétiennes. Nous le découvrons tout d’abord comme théologien, qui, à partir de l’Écriture sainte, réfléchit poétiquement sur le mystère de la rédemption de l’homme opérée par le Christ, le Verbe de Dieu incarné. Sa réflexion est une réflexion théologique exprimée par des images et des symboles tirés de la nature, de la vie quotidienne et de la Bible. Saint Éphrem le Syrien confère un caractère didactique et catéchistique à la poésie et aux hymnes pour la liturgie ; il s’agit d’hymnes théologiques et, dans le même temps, adaptées à la récitation ou au chant liturgique. Saint Éphrem se sert de ces hymnes pour diffuser, à l’occasion des fêtes liturgiques, la doctrine de l’Église. Au fil du temps, elles se sont révélé un moyen de catéchèse extrêmement efficace pour la communauté chrétienne. »

Pour parler de l’eucharistie, Éphrem se sert de deux images : la braise ou le charbon ardent, et la perle. Le thème de la braise est tiré du prophète Isaïe (cf. 6, 6). C’est l’image du séraphin, qui prend la braise avec les pinces, et effleure simplement les lèvres du prophète pour les purifier ; le chrétien, en revanche, touche et consume la braise, qui est le Christ lui-même :

Hymne sur l’eucharistie. « Dans ton pain se cache l’Esprit, qui ne peut être consommé ; dans ton vin se trouve le feu, qui ne peut être bu. L’Esprit dans ton pain, le feu dans ton vin : voilà une merveille accueillie par nos lèvres. Le séraphin ne pouvait pas approcher ses doigts de la braise, qui ne fut approchée que de la bouche d’Isaïe ; les doigts ne l’ont pas prise, les lèvres ne l’ont pas avalée ; mais à nous, le Seigneur a permis de faire les deux choses. Le feu descendit avec colère pour détruire les pécheurs, mais le feu de la grâce descend sur le pain et y reste. Au lieu du feu qui détruisit l’homme, nous avons mangé le feu dans le pain et nous avons été vivifiés » (hymne De fide 10, 8-10). 

Hymne sur la « Nativité du Christ » : « Le Seigneur vint en elle pour se faire serviteur. Le Verbe vint en elle pour se taire dans son sein. La foudre vint en elle pour ne faire aucun bruit. Le pasteur vint en elle et voici l’Agneau né, qui pleure sans bruit. Car le sein de Marie a renversé les rôles : Celui qui créa toutes choses est entré en possession de celles-ci, mais pauvre. Le Très-Haut vint en Elle (Marie), mais il y entra humble. La splendeur vint en elle, mais revêtue de vêtements humbles. Celui qui dispense toutes choses connut la faim. Celui qui étanche la soif de chacun connut la soif. Nu et dépouillé, il naquit d’elle, lui qui revêt (de beauté) toutes choses » (hymne De Nativitate 11, 6-8).

Hymne sur la Résurrection, 1 (dans Les Pères du désert, 58, p. 153-154) : « Jésus, notre Seigneur, le Christ, nous est apparu du sein de son Père. Il est venu et nous a tirés des ténèbres et nous a illuminés de sa joyeuse lumière. Le jour s’est levé pour les hommes ; la puissance des ténèbres est chassée. De sa lumière s’est levée pour nous une lumière qui a éclairé nos yeux obscurcis. Il a fait lever sa gloire sur le monde et a éclairé les plus profonds abîmes. La mort est anéantie, les ténèbres ont pris fin, les portes de l’enfer sont en pièces. Il a illuminé toutes les créatures, ténèbres depuis les temps anciens. Il a réalisé le salut et nous a donné la vie ; ensuite il viendra dans la gloire et il éclairera les yeux de tous ceux qui l’auront attendu. Notre roi vient dans sa grande gloire : allumons nos lampes, sortons à sa rencontre (Mt 25, 6) ; réjouissons-nous en lui comme il s’est réjoui en nous et nous réjouit par sa glorieuse lumière. Mes frères, levez-vous, préparez-vous pour rendre grâce à notre roi et Sauveur qui viendra dans sa gloire et nous réjouira de sa joyeuse lumière dans le Royaume. Amen. »

Bibl. : Éphrem, Célébrons la Pâque, Les Pères dans la foi, 58, éd. J.P. Migne 1995.

II Le christianisme de langue grecque

Les Pères grecs occupent une place considérable dans le développement de la théologie chrétienne. Signalons saint Athanase d’Alexandrie, défenseur du credo de Nicée (325), qui avait défini le Fils comme « consubstantiel au Père ». Signalons les trois Cappadociens : Basile de Césarée, Grégoire de Nysse et Grégoire de Naziance. Au ive siècle, ils ont approfondi le mystère de la Trinité et affirmé la pleine divinité de l’Esprit-Saint. Leur théologie a permis au concile de Constantinople (381) de compléter le credo de Nicée.

1.      Saint Basile

Traité du Saint-Esprit : « Tout récemment, comme je priais avec le peuple, et que je finissais de cette double façon la doxologie à Dieu le Père, tantôt : avec le Fils, avec l’Esprit-Saint ; tantôt par le Fils, dans l’Esprit-Saint, quelques-uns de ceux qui étaient là nous accusèrent, disant que nous avions employé des expressions étranges, contradictoires » (3).

« Ces gens-là sont jaloux de souligner une dissemblance dans la façon de parler du Père et du Fils et du Saint-Esprit, afin d’en tirer aisément la preuve aussi de leur différence de nature » (4). « Au Fils, ils imposent la dénomination d’instrument, à l’Esprit, celle de lieu : dans l’Esprit, disent-ils ; et par le Fils » (6).

« Ce n’est pas avec le Père, disent-ils, qu’est le Fils, mais après le Père. Il en résulte que c’est par lui qu’on porte gloire au Père, et non avec lui. On ne doit pas non plus, affirment-ils, ranger l’Esprit avec le Père et le Fils, mais sous le Fils et le Père » (13).

Réponse : les prépositions par et dans ne signifient aucune infériorité de nature, mais une différence d’opération. L’Esprit-Saint est un avec le Père et le Fils, formant avec eux une même substance divine. Il y a égalité des trois personnes, « unité de nature ; égale majesté ; même adoration et même gloire ». On retrouve ces expressions dans notre préface de la messe de la Trinité.

Bibl. : Basile de Césarée, Sur le Saint-Esprit, SC 17 bis, Cerf 1968 ; Basile le Grand, Le Traité du Saint-Esprit, Les Pères dans la foi, 11, éd. J.P. Migne 2012.

2.      Saint Jean Chrysostome

(vers 344-407), moine d’Antioche, archevêque de Constantinople, théologien, orateur, moraliste, liturgiste. En froid avec l’impératrice Eudoxie, il subit exil et vexations. Son homélie dénonçant les errements de la cour est célèbre. De même sa dénonciation de l’injustice sociale. Sa définition de la richesse et de la pauvreté passe ainsi du phénomène à l’intention. « Pauvre n’est pas celui qui ne possède rien, mais celui qui désire beaucoup. Riche à son tour n’est pas celui qui possède beaucoup, mais celui qui n’a besoin de rien » (PG 62, 196 C).

Voici un passage de son homélie sur l’aumône (n° 6) souvent citée.

« Ce n’est pas sans motif que je fais maintenant ces réflexions, mais parce que j’en vois plusieurs examiner scrupuleusement les pauvres, s’informer de leur patrie, de leur vie, de leurs mœurs, de leur profession, de l’état de leur corps, leur faire mille reproches, leur demander mille comptes de leur santé. Aussi, beaucoup d’entre eux contrefont-ils des corps estropiés et impotents, afin de fléchir notre cruauté par les faux dehors d’une infirmité apparente. Il est mal de leur faire des reproches, même dans la belle saison, quoique cela puisse se souffrir ; mais pendant le froid le plus rigoureux, se montrer à leur égard un juge si dur et si cruel, ne leur point pardonner de rester oisifs, n’est-ce pas le comble de l’inhumanité ?

Pourquoi donc, dira-t-on, saint Paul donnait-il cette règle aux Thessaloniciens : Celui qui ne veut pas travailler ne doit pas non plus manger ? C’est afin que vous la connaissiez vous-même, cette règle, que vous vous adressiez à vous-même les paroles de l’Apôtre, et non pas seulement aux pauvres ; car les préceptes de saint Paul ne sont pas seulement pour les pauvres, mais encore pour nous. Ce que je vais vous dire est un peu dur, et pourra vous déplaire ; je vous le dirai toutefois, puisque je vous le dis pour vous corriger, et non pour vous offenser. Nous reprochons aux pauvres la paresse, vice souvent excusable ; et nous, nous avons souvent à nous reprocher bien plus que de la paresse. Mais moi, direz-vous, j’ai un patrimoine. Mais parce que ce misérable est pauvre, et qu’il est né de parents pauvres ; qu’il n’a pas eu des ancêtres opulents, doit-il donc périr ? Je vous le demande. Ne doit-il pas, pour cela même, surtout trouver de la compassion dans le cœur des riches ? Vous qui passez tous les jours dans les spectacles, dans des assemblées nuisibles, dans des sociétés d’où l’on ne retire aucun avantage, où l’on se permet mille traits de médisance et de calomnie, vous croyez ne rien faire de mal et n’être pas coupable de paresse, et un malheureux qui passe tout le jour à pleurer, à gémir, à supplier, à souffrir mille maux, vous le citez à votre tribunal, vous le jugez durement, vous lui demandez mille comptes ! Est-ce là, je vous prie, un procédé humain ? Ainsi, quand vous dites : Que répondrons-nous à saint Paul ?, adressez-vous les paroles de l’Apôtre à vous-même, et non pas aux pauvres. D’ailleurs, ne vous contentez pas de lire les menaces de saint Paul, lisez aussi ses paroles indulgentes. Le même apôtre qui dit : Celui qui ne veut pas travailler ne doit pas non plus manger, ajoute : Mais vous, mes frères, ne vous lassez pas de faire le bien (II Thess. III, 12 et 13)…

Vous serez jugés, dit l’Évangile, selon que vous aurez jugé les autres (Matt. VII, 2). Soyez donc humains et doux envers votre semblable, pardonnez-lui beaucoup de fautes, ayez compassion de lui, afin qu’on ait pour vous les mêmes égards…

Si nous voulons rechercher la vie des malheureux, nous n’en soulagerons aucun ; arrêtés sans cesse par des inquiétudes déplacées, par des recherches hors de saison, nous ne produirons aucun fruit de miséricorde, nous ne secourrons personne, et nous nous fatiguerons en vain. Je vous exhorte donc à renoncer à des peines inutiles, à des soins superflus, à soulager tous ceux qui sont dans la détresse, et à leur procurer d’abondants secours, afin que, dans les jours de la justice, nous éprouvions l’indulgence et la miséricorde de Dieu, par la grâce et la bonté de Notre Seigneur Jésus-Christ, avec qui soient au Père et à l’Esprit-Saint, la gloire, l’honneur, l’empire, maintenant et toujours, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il. »

Bibl. : Riches et pauvres dans l’Église ancienne, Lettres chrétiennes 2, éd. J.P. Migne, 2011.

Commentaire

Comme il a été rappelé, les Pères de l’Église issus de l’Orient ont joué un rôle décisif dans l’élaboration de la pensée et de la piété chrétiennes. Avec leurs sensibilités différentes, dont nous avons ici trois exemples bien contrastés.

Tout d’abord, la catéchèse vivante, poétique et imagée de saint Éphrem n’est pas tournée vers la spéculation intellectuelle pure ; elle n’en est pas moins d’une grande richesse théologique, combinée avec une réelle capacité à mettre en mouvement nos sensibilités et nos volontés. Loin d’être exclusive du génie syriaque, elle illustre à merveille ce trait commun des traditions chrétiennes orientales, qui est l’appel à goûter le mystère chrétien dans son immédiateté et plénitude, en insistant moins sur les distinctions et analyses chères à bien des Latins.

À l’opposée la subtilité intellectuelle de saint Basile de Césarée est typique d’une autre versant de l’esprit grec, et illustre l’extraordinaire fécondité des Pères grecs, dont le rôle a été décisif pour l’élaboration du dogme, c’est-à-dire la compréhension explicitée que le peuple chrétien sous l’égide de ses pasteurs a progressivement élaborée du message de sa foi. Recherche intellectuelle entée sur cette foi et sachant ne pas la noyer dans des subtilités inutiles, mais au contraire recherchant une précision quasi chirurgicale dans l’expression de réalités dépassant certes notre intellect mais qu’il nous incombe de comprendre autant que cela nous sera possible, puisqu’il nous a été donné la grâce d’en entendre la révélation. Cela vaut tout particulièrement pour la Trinité, dont on a vu le rôle central en Orient, et dont le mystère a été explicité de façon indépassable par le symbole de l’Égyptien Athanase.

En troisième exemple enfin, saint Jean Chrysostome nous rappelle le souci profondément chrétien de la charité et notamment de notre relation vitale au pauvre. La vigueur de ses interpellations, dans cette ville impériale richissime et heurtée qu’était Constantinople (dont il était l’évêque) nous rappelle que l’Occident n’a en rien le monopole des préoccupations sociales et économiques.

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