Présentation

Les EOC ont subi les violences de toutes sortes qui ont accompagné les schismes, les persécutions, les invasions, les dissensions internes, les régimes intolérants, les retours de barbarie, hier et aujourd’hui. L’Église chaldéenne catholique en est une illustration éloquente.

Cette Église s’est développée dès le début dans un milieu hostile, l’empire perse sassanide dont la religion officielle était celle de Zoroastre. Puis elle a subi l’invasion arabe de 632 à 750, les empires, omeyyade puis abbasside, où les chrétiens sont dhimmis. Au xive siècle, elle a connu l’invasion mongole de Tamerlan, puis l’invasion turque-ottomane. Rattachée à Rome à partir de 1553, elle n’avait pas de reconnaissance officielle. En 1915, des milliers de chaldéens ont été victimes des massacres menés par la Turquie contre les Arméniens.

Jusqu’à nos jours, les chrétiens, comme les juifs, ont vécu sous les dominations islamiques dans la condition de dhimmis. Les dhimmis étaient les « gens du Livre » tolérés à condition de vivre en citoyens de seconde zone, soumis à des impôts particuliers et à des humiliations permanentes. Une certaine liberté de religion leur était accordée, à condition de ne comporter aucun prosélytisme. Des flambées de persécution ont jalonné l’histoire des EOC.

Plus près de nous, ce fut la guerre Iran-Irak, la guerre du Golfe, l’embargo, le renversement de Saddam Hussein. Près de la moitié des chrétiens d’Irak ont fui l’Irak en quinze ans. Depuis, les chrétiens d’Irak sont la cible des persécutions menées par « l’État islamique ».

Dans le message qui suit, le patriarche Sako appelle ses fidèles à ne pas abandonner définitivement leur patrie où ils assuraient une présence chrétienne depuis les origines du christianisme.

Message de Mar Louis-Raphaël SAKO, patriarche de Babylone des chaldéens,
aux paroisses chaldéennes en Allemagne et en France

« De fondement, en effet, nul n'en peut poser d'autre que celui qui s'y trouve, c'est-à-dire Jésus-Christ » (1 Corinthiens 3 : 11).

 Mes Frères et Sœurs,

Je rends grâce à Dieu pour la fermeté du témoignage de Christ qui est en vous, en dépit des nouvelles situations dans lesquelles vous vous trouvez. Merci pour votre accueil à notre égard, votre amour, votre attachement à la foi et à l’Église et à votre langue et vos traditions, et pour votre morale.

 Nous rendons grâce pour vos prêtres bien-aimés un à un, et pour leur service et la chaleur de leur accueil à notre égard. Ils sont pour vous comme des pères et des frères et des compagnons de route pour la montée vers Pâques et la Résurrection. Et là, je leur demande à prêter attention à leur formation spirituelle, théologique et leur formation permanente. Même si personne ne pourra jamais atteindre la perfection !

Merci pour les deux pays, l'Allemagne et la France, qui vous ont accueillis et vous ont aidés à vous intégrer dans leur société. Merci aux paroisses catholiques romaines qui vous ont ouvert les bras et vous ont aidés et présenté leurs églises et leur soutien pour pratiquer vos rites et que vous les gardiez.

Mes chaleureuses félicitations à la communauté de Paris pour sa deuxième nouvelle église, ils l’ont construite avec générosité, c’est un signe d’unité, de communion et d’espérance pour nous tous.

Mes Sœurs, mes Frères,

Avec votre foi et votre engagement vous devenez des pierres vivantes. Soyez fermes à l’égard de ce que vous avez reçu comme grâce de Dieu en Jésus-Christ, accrochez-vous à votre morale et esperance. Vivez en tant que chrétiens engagés et en tant que membres actifs dans vos communautés, soyez un signe vivant de la joie de l'Évangile dans le milieu séculier qui est le vôtre. Ne laissez pas la nouvelle société où vous vivez supprimer vos valeurs, accrochez-vous à votre identité, et apprenez de ce nouveau milieu ce qui est positif, de sérieux, de précis et d'engageant.

La famille : chez nous, la famille est sacrée, c’est un lieu théologique, et si vous vivez la relation, la fidélité, l'unité et la communion, vous serez un signe « de lumière et d’espoir » pour les autres.

La jeunesse : je demande aux jeunes — qui sont l'avenir de l'Église et de la communauté — de se construire une construction solide et de bénéficier de tout ce qui est à leur disposition à partir du potentiel, d'assumer leurs responsabilités et de jouer leur rôle constructif dans l'Église et dans la société comme le veut Notre Seigneur. Je tiens également à ce que les jeunes pensent aussi à la pleine consécration dans le service du sacerdoce et la vie religieuse pour servir leurs frères. Votre Église, qui souffre en Irak, ne peut pas vous envoyer des prêtres, des religieux et des religieuses, appuyez-vous sur vous-mêmes.

La Ligue chaldéenne : prenez soin de la « Ligue chaldéenne », rejoignez ses rangs, c’est elle qui va relier les familles chaldéennes dans le monde les unes aux autres : dans le culturel, le social et le politique, comme fait l’Église, elle vous relie humainement et spirituellement.

« Aussi ne manquez-vous d'aucun don de la grâce, dans l'attente où vous êtes de la révélation de notre Seigneur Jésus-Christ. C'est lui qui vous affermira jusqu'au bout, pour que vous soyez irréprochables au jour de notre Seigneur Jésus-Christ. Il est fidèle, le Dieu par qui vous avez été appelés à la communion de son fils, Jésus-Christ, notre Seigneur » (1 Corinthiens 1, 7-9).

Quel avenir pour les chrétiens d’Orient ?

Comme le montre la lettre reproduite ci-après, les patriarches supplient leurs fidèles de ne pas quitter définitivement leur pays. Ils invitent les Occidentaux qui les accueillent à les préparer au retour lorsque la paix sera revenue. Mais quelle paix ? La Syrie, l’Irak, le Liban peuvent-ils envisager un avenir de liberté pour toutes les communautés ? L’islamisme reste l’idéologie dominante et ne promet rien de bon. Les régimes dits « laïcs » ont été balayés. En Orient, les communautés ont une dimension religieuse. L’idée de liberté religieuse et de laïcité de l’État n’existe pas.

Le lien organique des EOC avec Rome et l’Église latine devrait leur être une aide. Elles comptent en particulier sur le soutien matériel et la prière des membres de l’OESSJ.

Commentaire

Un commentaire est à peine utile pour ces faits hélas désormais bien familiers à tous.

Ils nous rappellent un double impératif : l’accueil que nous devons à ceux de ces chrétiens qui sont dans nos pays ; le devoir qu’ils ont (mais en quoi nous pouvons et devons les aider) de maintenir leur foi et leurs traditions, expression d’une partie irremplaçable du message chrétien intégral, que nous avons pu commencer à goûter au cours de cette année. Et pour ceux d’entre eux qui sont restés sur place ou qui pourront y retourner, le devoir autant que possible d’y rester, pour les mêmes raisons. Et donc pour nous de les y aider : par nos prières ; par notre aide matérielle et morale ; et par l’action politique.

Car nous devons voir en eux, sous une forme exceptionnellement poignante par son ampleur, puisque cela touche tout un peuple comme peuple (plusieurs peuples même avec au premier rang Chaldéens et Arméniens), cette figure du martyr qui est la figure chrétienne par excellence : celui qui meurt — sans violence de sa part[1] — pour témoigner du Christ, imitant l’Agneau dans son don de soi. Les premiers Pères du désert, les premiers moines étaient hantés par cette figure du martyre ; en un sens, le martyr est l’ancêtre du moine. On a vu l’importance du monachisme en Orient. Leurs disciples aujourd’hui retrouvent tragiquement le sens de cette tradition.

 



[1] Et par là si radicalement différent du « martyr » supposé gagner le paradis le sabre à la main, comme on le rencontre ailleurs…

Connexion

Si vous êtes inscrit, la connexion vous donne accès à certaines informations privées.

Inscription

Si vous n’êtes pas encore inscrit, demandez à l’être :

Inscription

Calendrier

Octobre 2018
D L Ma Me J V S
30 1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31 1 2 3