Nous n’avons jamais fini de connaître, d’aimer Jésus et de vivre avec lui. C’est Dieu avec nous. Il n’est pas seulement un homme plein de charme qui a vécu autrefois sur la terre, mais c’est vraiment un Dieu infiniment aimable, qui veut vivre avec chacun de nous d’une manière exceptionnellement personnelle. C’est parce qu’Il est vraiment Dieu que le cœur de Jésus renferme des richesses insondables. Que de temps nous perdons à ne pas nous occuper de lui ! Il y a vraiment urgence à le chercher, à le connaître, à l’aimer, à vivre véritablement avec lui. Pour que Jésus nous suffise, il faut que nous renoncions à quantité de choses inutiles ; mais nous n’avons rien à perdre. On se fait souvent bien trop de souci pour des questions d’emploi, pour des relations de communauté, pour des préoccupations concernant le passé ou l’avenir. Passons à travers tout, ne fixant que Jésus. Que tout soit bouleversé, oui, tant mieux, Seigneur mon Dieu ! Pour que nous fixions notre demeure en toi…

Caritas Christi urget nos(2 Cor, V, 14). Aimer, l’aimer, c’est urgent ! Saint Paul précise : il est mort pour nous, nous devons vivre pour lui. Mort pour nous, c’est-à-dire à notre place ; c’est-à-dire : a pris sur lui tout ce qu’il y avait d’infirmité, de mortel en nous, l’a crucifié en sa chair sur la Croix, l’a anéanti dans la mort, c’est-à-dire pour que nous ayons la vie. Jésus est mort pour tous, donc nous sommes morts, donc morts à tout ce qui est égoïsme. Si nous vivons, cette vie ne nous appartient pas, c’est la sienne, il faut la vivre pour lui, en lui. Désormais, c’est lui qui est tout, lui seul… La vie de Jésus, de Dieu en nous… Il faut la vivre pour lui : quelle responsabilité ! Rien en nous ne nous appartient. Tout doit être mis en valeur pour lui. Pas de temps à perdre… But : gloire de Dieu, rédemption… Nature de cette vie : amour. Caritas… urget, c’est bien cela !… Il faudrait, un jour, que nous prenions de façon ferme la décision d’aimer Jésus, de tout lui sacrifier. Décision à prendre, car il s’agit de volonté, non de sentiment. Prenons-la, si ce n’est déjà fait. Reprenons-la, si besoin est… Toute notre vie est un exercice d’amour. C’est pourquoi il faut nous y mettre à fond, de toute notre âme, de toutes nos forces. Nous n’avons que cela à faire. Livrons-nous à l’amour. L’amour simplifie tout, résout les situations les plus difficiles. Il faut prendre le parti de ne faire qu’une chose : aimer !

Il faut s’attarder à cette pensée : Jésus m’aime, il m’aime vraiment, personnellement, de tout son cœur, infiniment… Peut-être n’y avons-nous jamais pensé sérieusement. Quelle force alors, quelle paix, quelle sérénité cela donne ! Peu importe tout ce qui peut arriver, la manière dont on me traite, les contrariétés que je subis, l’emploi qu’on me donne… Jésus m’aime, je suis dans son cœur, j’habite en lui… Il m’aime, je dois l’aimer, tout mon travail est de me laisser aimer et d’essayer d’aimer à mon tour.

Il y a deux mots que je répète sans cesse : silence et amour… Nous ne saurons jamais assez le prix du silence, silence avec le dehors, silence avec soi-même. C’est un enrichissement prodigieux. Alors, on écoute la seule Parole qui l’emporte infiniment sur toutes les autres, la seule Parole qui suffit à Dieu de toute éternité, Parole de vie et parole d’amour. Que Notre-Dame, qui a toujours été à l’écoute de Jésus, le Verbe incarné, nous apprenne à aimer le silence, et par le fait même à aimer. Se taire, croire à l’amour. Demeurez dans mon amour (Jn, XV, 9), il y a là tout un programme.

Que Jésus nous suffise. Il faudrait que nous ne cherchions que lui, que nous n’aimions que lui, que nous soyons fous, passionnés de lui, que nous ayons la hantise de Jésus. Il faut purifier sans cesse notre intention, ramener notre regard sur Jésus. Pour trouver Jésus, il faut d’abord simplifier sa vie, enlever tout ce qui nous encombre. Visons à supprimer l’inutile, matériel, intellectuel ou spirituel, pour que Jésus reste seul… Et puis il faut éviter l’empressement et ne pas se laisser absorber,  dominer par ses occupations. Il faut savoir s’interrompre dans son travail, pour revenir à Jésus, vraiment, profondément, multiplier ces moments de silence en présence de Dieu seul. Rompre le silence sans nécessité, c’est gaspiller ses forces spirituelles. En parlant sans motif, on risque de se faire du mal à soi-même et aux autres. (…)

Jésus nous demande de l’aimer sérieusement, de l’aimer lui-même, pour lui-même, d’une façon pure, exclusive, sans compromissions, sans calculs, sans mélanges. Ne rien préférer à l’amour du Christ. Trop souvent nous risquons de subordonner notre amour pour Jésus, qui est sans doute réel, à l’amour de nous-mêmes, qui est non moins réel. Jésus nous demande de l’aimer courageusement. L’amour ne va pas sans le sacrifice de tout ce qui est contraire à cet amour. L’amour est exigeant par nature. L’amour de Jésus conduit à l’amour de la Croix. Mais n’en ayons pas peur. La Croix est taillée à la mesure de chacun par Jésus lui-même, et avec la Croix, c’est Jésus que nous trouvons.

Jésus nous demande de lui exprimer notre amour par beaucoup de confiance. Credite in me, croyez en moi et fiez-vous à moi… Ayons confiance que Jésus nous donnera lui-même la science de l’amour si nous la lui demandons. Confiance en Marie qui nous découvrira les secrets du cœur de Jésus.

Vivre vraiment avec Jésus, comme quelqu’un de réel, de vivant, de présent, et qui nous aime chacun en particulier bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer. Peut-être, après bien des années de vie religieuse, doit-on constater qu’on ne s’y est jamais mis vraiment, qu’on n’a jamais traité Jésus comme une personne, une personne qui est Dieu lui-même et qui en même temps est et veut être notre ami intime. Credite in Deum et in me credite (Jn, XIV, 1)… Manete in dilectione mea (Jn, XV, 9)… Manete in me et ego in vobis (Jn, XV, 4). Je voudrais bien m’y mettre moi-même et vous y entraîner tous, à cette vie avec Jésus ! Pour cela, il faut beaucoup de foi, exercer sans cesse sa foi, car on n’y voit rien. Et Jésus nous semble très loin, alors qu’il est tout proche. Il paraîtrait même nous ignorer, alors qu’il nous connaît intimement et s’occupe de nous à chaque instant. Il faut également le fréquenter. Les amis se recherchent, se visitent, se fréquentent. Il faut pour cela faire oraison, faire beaucoup oraison, consacrer tout le temps que l’on peut à l’oraison, s’ingénier pour en trouver le temps : c’est souvent une affaire d’organisation. Quel bon ami est Jésus, une fois qu’on l’a découvert ! Tout le monde peut y arriver. Lui n’a rien tant à cœur que de se révéler et de se donner à chacun d’entre nous. Je prie la Vierge Marie de vous redire tout cela à chacun, bien mieux que je ne saurais le faire…

Dom Placide de Roton
(† 1952), abbé de Sainte-Marie de La-Pierre-Qui-Vire,
in Jésus, c’est tout, éditions Sainte-Madeleine, 2004, 352 pages.

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