Lorsque, avec Rémy Ménager, nous avons inauguré dans la lieutenance pour la France l’usage des retraites préparatoires à l’adoubement, nous avons aussi décidé d’animer un temps de recueillement quelques heures avant chaque veillée d’armes.

J’ai longtemps été chargé de ce temps de prière.

Pour trancher avec le style retraite, la veillée elle-même ou le silence absolu, j’ai pris le parti de lire quelques textes destinés à toucher le cœur, avec des silences, ou, de temps à autre, un refrain pour intérioriser. Très divers par leurs auteurs, parfois inattendus, ils manifestent combien Dieu peut s’exprimer avec une grande variété d’interprètes, même apparemment éloignés de Lui.

Il s’agit de veiller paisiblement aux pieds du Seigneur en étant disponible à Son Esprit.

Ces textes ont dû toucher, en effet, puisque chaque fois ils me furent ensuite réclamés par un grand nombre d’impétrants. Le père Laurent Villemin a poursuivi cette tradition.

Pour que chacun puisse les conserver, et que dans l’Ordre, ceux qui n’ont pas eu cette retraite puissent en bénéficier aussi, Son Excellence Pierre Murret-Labarthe a autorisé cette publication. Qu’il en soit vivement remercié.

Père Pierre-Édouard de Bruchard.

Que m’arrivera-t-il aujourd’hui, ô mon Dieu ?
Je l’ignore.
Tout ce que je sais, c’est qu’il ne m’arrivera rien que Vous n’ayez prévu de toute éternité.
J’adore vos desseins éternels, et je m’y soumets de tout mon cœur.
Je veux tout,
J’accepte tout,
Je Vous fais un sacrifice de tout et j’unis ce sacrifice à celui de votre cher Fils, mon Sauveur, Vous demandant par son Sacré-Cœur et ses mérites infinis, la patience dans mes maux et la parfaite soumission qui Vous est due pour tout ce que Vous voudrez et permettrez.

Élisabeth de France.

Un roi à son fils

Mon fils très aimable, douceur de mon cœur, espoir de ma descendance future, je t’en prie et je te l’ordonne : par tous les moyens et en toutes choses, pratique la bonté en étant bienveillant non seulement envers tes parents et tes alliés, envers les princes, les chefs, les riches, les voisins et les compatriotes, mais aussi envers les étrangers et tous ceux qui s’intéressent à toi. Car une vie de bonté te conduit au sommet de la béatitude.

Sois miséricordieux envers tous ceux qui souffrent violence gardant toujours au fond de toi l’exemple du Seigneur : « C’est la miséricorde que je désire et non les sacrifices. »

Sois patient envers tous, non seulement envers les puissants, mais aussi envers ceux qui sont dépourvus de puissance.

Sois fort, enfin, pour que la prospérité ne te rende pas trop fier, ni l’adversité trop abattu.

Sois humble aussi, pour que ce soit Dieu qui t’élève, ici-bas et dans le monde futur.

Sois modéré et ne châtie ni ne condamne personne outre mesure.

Sois doux pour ne jamais violer la justice. Aie le cœur noble ; n’inflige jamais de honte à qui que ce soit, par un premier mouvement.

Sois chaste, pour éviter toutes les corruptions de la volupté comme un aiguillon de mort.

Toutes les vertus que je viens de rappeler composent la couronne d’un roi : sans elles, personne ne peut régner ici-bas, ni parvenir au royaume éternel.

Étienne de Hongrie.

Lève-toi !

Il avait besoin d’un chef
Pour conduire son peuple ;
Il choisit un vieillard :
Alors Moïse se leva.

Il avait besoin d’un roc
Pour fondement de l’édifice ;
Il choisit un renégat :
Pierre alors se leva.

Il avait besoin d’un visage
Pour dire aux hommes son amour ;
Il choisit une prostituée :
Ce fut Marie de Magdala.

Il avait besoin d’un témoin
Pour crier son message ;
Il choisit son persécuteur :
Et Saul de Tarse se leva.

Il a toujours besoin d’un homme
Pour que son peuple se rassemble ;
Il t’a choisi et tu trembles.
Pourrais-tu ne pas te lever ?

Jean Vuaillat.

En présence de Dieu

Vous me dites que vous ne faites rien en prière, mais que voulez-vous « faire » en prière sinon ce que vous faites, c’est-à-dire présenter et représenter votre misère à Dieu ? Quand les mendiants exposent leur misère et leur nécessité, c’est là le meilleur appel qu’ils puissent nous adresser. Mais, d’après ce que vous me dites, vous ne faites rien, parfois, de cela, mais « demeurez là comme une ombre ou une statue ». On met des statues dans les palais uniquement pour plaire aux yeux des princes. Contentez-vous d’être cela en présence de Dieu. Il donnera vie à la statue quand Il lui plaira.

Saint François de Sales.
(1567 – 1622).

Donne !

Vous voilà, mon Dieu, Vous me cherchiez ? Que voulez-vous ?
Je n’ai rien à Vous donner.
Depuis notre dernière rencontre, je n’ai rien mis de côté pour vous.
Rien… pas une bonne action. J’étais trop lasse.
Rien… pas une bonne parole. J’étais trop triste.
Le dégoût de vivre, l’ennui, la stérilité.
— Donne !
— La hâte chaque jour, de voir la journée finie, sans servir à rien ;
Le désir de repos loin du devoir et des œuvres,
Le détachement du bien à faire,
La lassitude de vous, ô mon Dieu !
— Donne !
— La torpeur de l’âme, le remord de ma mollesse et la mollesse plus forte que le remord…
— Donne !
— Le besoin d’être heureuse, la tendresse qui brise, la douleur d’être moi sans recours…
— Donne…
— Des troubles, des épouvantes, des doutes…
— Donne !

— Seigneur ! Voilà que comme un chiffonnier, vous allez ramassant des déchets, des immondices.
Qu’en voulez-vous faire, Seigneur ?
— Le Royaume des Cieux.

Marie Noël.

Avent

Pas étonnant, dit Dieu
Que notre histoire soit tissée de rendez-vous manqués !

Vous m’attendez dans la toute-puissance
Et je vous espère dans la fragilité d’une naissance !

Vous me cherchez dans les étoiles du ciel
Et je vous rencontre dans les visages qui peuplent la Terre !

Vous me rangez au vestiaire des idées reçues
Et je viens à vous dans la fraîcheur de la grâce !

Vous me voulez comme une réponse
Et je me tiens dans le bruissement de vos questions !

Vous m’espérez comme pain
Et je creuse en vous la faim !

Vous me façonnez à votre image
Et je vous surprends dans le dénuement d’un regard d’enfant !

Mais, dit Dieu, sous le pavé de vos errances,
Un Avent de tendresse se prépare

Où je vous attends comme la nuit attend le jour…

Francine Carrillo.
Pasteur à Genève.

C’est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midi d’incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes

Rien n’est si précieux peut-être qu’on le croit
D’autres viennent Ils ont le cœur que j’ai moi-même
Ils savent toucher l’herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s’éteignent des voix.

D’autres qui referont comme moi le voyage
D’autres qui souriront d’un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D’autres qui lèveront les yeux vers les nuages

Il y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l’aube première
Il y aura toujours l’eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n’est le passant

C’est une chose au fond que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont en eux
Comme si ce n’était pas assez merveilleux
Que le ciel un moment nous ait paru si tendre…

Malgré les jours maudits qui sont des puits sans fond
Malgré ces nuits sans fin à regarder la haine
Malgré les ennemis le compagnon de chaîne
Mon Dieu mon Dieu qui ne savent pas ce qu’ils font…

Cet enfer malgré tout cauchemar et blessures
Les séparations les deuils les camouflets
Et tout ce qu’on voulait pourtant ce qu’on voulait
De toute sa croyance imbécile à l’azur

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu’à qui voudra m’entendre à qui je parle ici
N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle

Louis Aragon.

Le décalogue de la sérénité
en ces jours difficiles pour la paix

  1. Rien qu’aujourd’hui, j’essaierai de vivre ma journée sans chercher à résoudre le problème de toute ma vie.
  2. Rien qu’aujourd’hui, je prendrai le plus grand soin de me comporter et d’agir de manière courtoise ; je ne critiquerai personne et je ne prétendrai corriger ou régenter qui que ce soit, excepté moi-même.
  3. Rien qu’aujourd’hui, je serai heureux, rien qu’aujourd’hui, sur la certitude d’avoir été créé pour le bonheur, non seulement dans l’autre monde mais également dans celui-ci.
  4. Rien qu’aujourd’hui, je me plierai aux circonstances sans prétendre que celles-ci cèdent à tous mes désirs.
  5. Rien qu’aujourd’hui, je consacrerai dix minutes à une bonne lecture, en me rappelant que, comme la nourriture est nécessaire à la vie du corps, de même la bonne lecture est nécessaire à la vie de l’âme.
  6. Rien qu’aujourd’hui, je ferai une bonne action dont je ne parlerai à personne.
  7. Rien qu’aujourd’hui, j’accomplirai une chose que je n’ai pas envie de faire ; et si on m’offensait, je ne le manifesterai pas.
  8. Rien qu’aujourd’hui, j’établirai un programme détaillé de ma journée. Je ne m’en acquitterai peut-être pas entièrement, mais je le rédigerai. Et je me garderai de deux calamités : la hâte et l’indécision.
  9. Rien qu’aujourd’hui, je croirai fermement, même si les circonstances attestent le contraire, que la Providence de Dieu s’occupe de moi comme si rien d’autre n’existait au monde.
  10. Rien qu’aujourd’hui, je n’aurai aucune crainte. Et tout particulièrement, je n’aurai pas peur d’apprécier ce qui est beau et de croire à la beauté.

Texte attribué à saint Jean XXIII.
Pape.

Dieu et l’homme sont comme deux amants qui se sont trompés sur le lieu du rendez-vous : l’homme attend Dieu dans le temps, et Dieu attend l’homme dans l’éternité.

Simone Weil.

Venez, le repas est prêt

N’essaie pas de distinguer celui qui est digne de celui qui ne l’est pas. Que tous les hommes soient égaux à tes yeux pour les aimer et les servir. Ainsi tu pourras les amener tous au bien. Le Seigneur n’a-t-il pas partagé la table des publicains et des femmes de mauvaise vie, sans éloigner de lui les indignes ? Ainsi tu accorderas les mêmes bienfaits, les mêmes honneurs à l’infidèle, à l’assassin, d’autant plus que lui aussi est un frère pour toi, puisqu’il participe à l’unique nature humaine.

Voici, mon fils, un commandement que je te donne : que la miséricorde l’emporte toujours dans la balance, jusqu’au moment où tu sentiras en toi la miséricorde que Dieu éprouve envers le monde.

C’est pourquoi la prière accompagnée de larmes s’étend à toute heure aussi bien sur les êtres dépourvus de parole que sur les ennemis de la vérité, ou sur ceux qui lui nuisent, pour qu’ils soient gardés et purifiés. Une compassion immense et sans mesure naît dans le cœur de l’homme et l’assimile à Dieu.

Isaac le Syrien.

Au soir d’une vie
Vouée au service de l’Évangile,
Mais si remplie
De fautes et d’échecs,
De jours tièdes et gris
D’où tu semblais absent,
Me voici devant Toi, Seigneur,
Le cœur éperdu d’actions de grâces,
Débordant de joie,
Lavé de toute amertume.

Est-ce possible, Seigneur,
Que ton esprit m’envahisse
Et que je connaisse si tard
Par le dedans
Ce que je savais
Depuis si longtemps
Du dehors ?

Tu me fais goûter
L’infinie douceur de Ta présence,
Et le poids de Ton amour
M’entraîne
Toujours plus avant
Dans Ta tendresse.
Sois mon bouclier, ma forteresse.
Que rien ne détruise
La paix que tu me donnes
Ni ne ralentisse ma course vers Toi
En ces dernières années de ma vie.
Oui, le temps se fait court,
Mais à tes yeux mille ans
Sont comme un jour.
Et Toi Tu es,
D’éternité en éternité !

Que l’amour soit sincère. Fuyez le mal avec horreur, attachez-vous au bien. Que l’amour fraternel vous lie d’une mutuelle affection ; rivalisez d’estime réciproque. D’un zèle sans nonchalance, d’un esprit fervent, servez le Seigneur.

Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière. Soyez solidaires des saints dans le besoin ; exercez l’hospitalité avec empressement. Bénissez ceux qui vous persécutent ; bénissez et ne maudissez pas. Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent. Soyez bien d’accord entre vous ; n’ayez pas le goût des grandeurs, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble. Ne vous prenez pas pour des sages. Ne rendez à personne le mal pour le mal ; ayez à cœur de faire le bien devant tous les hommes. S’il est possible, pour autant que cela dépende de vous, vivez en paix avec tous les hommes.

Ne vous vengez pas vous-mêmes, mes bien-aimés, mais laissez agir la colère de Dieu, car il est écrit : À moi la vengeance, c’est moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger, s’il a soif, donne-lui à boire, car, ce faisant, tu amasseras des charbons ardents sur ta tête.

Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien.

Saint Paul
Épître aux Romains, XII.

Quoi qu’on fasse, on ne trouve pas la paix. Vous et moi n’avons finalement jamais raconté que des échecs. Tous les romans de Simenon sont l’histoire d’un échec. Et les films de Fellini ? Que sont-ils d’autre ? Mais je veux vous le dire, il faut que j’arrive à vous le dire… Lorsqu’on referme un de vos livres, même s’il finit mal, et, en général, il finit mal, on y a puisé une énergie nouvelle. Je crois que l’art, c’est ça, la possibilité de transformer l’échec en victoire, la tristesse en bonheur. L’art, c’est le miracle…

Federico Fellini.
À Georges Simenon, L’Express, 1977.

Épître à Diognète

L’épître à Diognète, dont l’unique manuscrit fut découvert au xve siècle, est une apologie. Il semble que l’on puisse la dater de l’an 200 environ et la considérer comme écrite en Grèce ou à Alexandrie. Les chapitres III et V, qui développent les thèses sur le rôle des chrétiens dans l’histoire, sont le cœur de l’écrit et leur fécondité est tout actuelle. Par deux fois, dans Lumen gentium (38) et Ad gentes (15), le Concile nous a renvoyés à la méditation des paroles que l’on va lire et qui sont un beau commentaire de la sentence : Vous êtes le sel de la terre (Mt V, 13).

Les chrétiens ne se distinguent pas des autres hommes ni par le pays, ni par la façon de parler, ni par la façon de s’habiller. Car ils n’habitent pas de cités qui leur soient propres, ils n’emploient pas un langage spécial, et leur manière de vivre n’a rien de singulier. Leur doctrine n’est pas sortie de l’imagination fantaisiste d’esprits excités ; contrairement à beaucoup d’autres, ils ne prônent pas une théorie quelconque simplement humaine. Ils habitent, au gré des locaux pour ce qui est de la façon de s’habiller, de se nourrir, de se comporter.

Et cependant, ils témoignent clairement d’une manière de vivre qui sort de l’ordinaire. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais ils y sont comme des gens de passage. Ils prennent part à tout comme des citoyens, et ils supportent tout comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie une terre étrangère. Ils se marient, ils ont des enfants, comme tout le monde ; mais ils n’abandonnent pas leur progéniture. Ils ont table commune, mais non pas couche commune. Ils vivent dans la chair, mais non pas selon la chair. Ils passent leur vie sur terre, mais leur cité est dans les cieux. Ils obéissent aux lois établies, mais par leur façon de vivre ils vont bien au-delà.

Ils aiment tous les hommes, et pourtant tous les persécutent. Ils sont méconnus, condamnés, tués ; et voilà qu’ils viennent à la vraie vie. Pauvres, ils enrichissent un grand nombre ; manquant de tout, ils surabondent en toutes choses. Ils sont méprisés, et ils s’en glorifient ; calomniés, et ils s’en trouvent justifiés ; insultés, et ils bénissent ; outragés, et ils comblent d’honneurs. Ils font le bien, et on les punit comme des méchants ; même alors, ils sont tout à la joie, comme si on leur offrait la vie. Ils sont pourchassés par les Juifs, persécutés par les Grecs ; et aucun de ceux qui les haïssent ne saurait dire pourquoi.

Pour tout dire : ce que l’âme est dans le corps, voilà ce que les chrétiens sont dans le monde. Comme l’âme est diffuse dans tous les membres du corps, sans pour autant être du corps, ainsi les chrétiens habitent le monde, mais sans être du monde… Tel est le poste que Dieu leur a assigné et qu’il ne leur est point permis de déserter.

Extraits.

Puisque, une fois encore, Seigneur,
Non plus dans les forêts de l’Aisne,
Mais dans les steppes d’Asie, je n’ai ni pain,
Ni vin, ni autel, je m’élèverai par-dessus
Les symboles jusqu’à la pure majesté du Réel,
Et je vous offrirai, moi votre prêtre,
Sur l’autel de la Terre entière,
Le travail et la peine du monde.

Le soleil vient d’illuminer, là-bas,
La frange extrême du premier Orient.
Une fois de plus,
Sous la nappe mouvante de ses feux,
La surface vivante de la Terre s’éveille,
Frémit et recommence son effrayant labeur.
Je placerai sur ma patène, ô mon Dieu,
La moisson attendue de ce nouvel effort.
Je verserai dans mon calice
La sève de tous les fruits qui sont aujourd’hui
Broyés.

Mon calice et ma patène,
Ce sont les profondeurs d’une âme
Largement ouverte à toutes les forces
Qui, dans un instant,
Vont s’élever de tous les points du Globe
Et converger vers l’Esprit.

Pierre Teilhard de Chardin.
Hymne à l’univers, édition du Seuil, 1961.

Une morale qui a besoin de chiens de garde n’est pas une morale, mais une oppression. Pour avoir la moindre valeur, une morale doit être libre.

Ce qui est dangereux, ce ne sont pas les hommes méchants, mais le silence des hommes bons.

Martin Luther King.

Si vous fermez les portes à toutes les erreurs, la vérité restera dehors.

Rabindranàth Tagore.

C’est chez un athée, Jean-Paul Sartre, que j’ai trouvé la plus belle et la plus profonde évocation de ce que fut pour Marie le mystère de Noël. Par sympathie pour des prêtres, ses compagnons de captivité dont il admirait la liberté, il a mis, dans la bouche d’un montreur d’images aveugle (symbole de son athéisme), cette description : « La Vierge est pâle, elle regarde l’enfant », commence-t-il, et il pénètre son regard émerveillé, car c’est bien « son enfant, la chair de sa chair et le fruit de ses entrailles » mais « à d’autres moments, elle demeure interdite et elle pense : Dieu est là et se sent en exil… devant ce Dieu muet… et terrifiant… qu’habitent des pensées étrangères ». Et pourtant, conclut-il, « Il y a d’autres moments, rapides et glissants, où elle sent à la fois que le Christ est son fils, son petit à elle, et qu’il est Dieu. Elle le regarde et elle pense : “Ce Dieu est mon enfant, il a mes yeux et cette forme de sa bouche est la forme de la mienne. Il me ressemble. Il est Dieu et il me ressemble.” Et aucune femme n’a eu de la sorte son Dieu pour elle seule, un Dieu tout petit qu’elle peut prendre dans ses bras et couvrir de baisers : un Dieu tout chaud, qui sourit et qui respire, un Dieu qu’on peut toucher et qui rit. C’est à un de ces moments-là que je peindrais Marie si j’étais peintre. »

René Laurentin.
Citation de Jean-Paul Sartre, Bariona, jeux de Noël 1940 en Stalag.

Dix propositions
pour la paix avec ceux qui nous entourent

  1. Nous accepter nous-mêmes, tels que nous sommes, et avec joie.
  2. Considérer ce que nous avons reçu plus que ce qui nous manque ; remercier plutôt que de se plaindre.
  3. Accepter les autres tels qu’ils sont, à commencer par nos plus proches : notre conjoint, nos parents, nos frères et sœurs, nos voisins, notre famille.
  4. Dire du bien des autres, et le dire à haute voix.
  5. Ne jamais nous comparer aux autres, car une telle comparaison ne conduira qu’à l’orgueil ou à la désespérance, sans nous rendre heureux.
  6. Vivre dans la vérité, sans craindre d’appeler « bien » ce qui est bien, « mal » ce qui est mal.
  7. Résoudre les conflits par le dialogue, non par la force. Garder en nous nos rancœurs ne peut que nous enfermer dans la tristesse. Parler de l’autre en son absence conduit à casser du sucre sur son dos ou à se plaindre inutilement. Mieux vaut ouvrir notre cœur dans un vrai dialogue.
  8. Dans ce dialogue, commencer avec ce qui rassemble et n’aborder qu’ensuite ce qui divise.
  9. Faire le premier pas avant le soir : « Que le soleil ne se couche pas sur votre ressentiment » (Ep IV, 26).
  10. Être persuadé que « pardonner » passe avant « avoir raison ».

Cardinal Godfried Danneels.

Es-tu à table ? Prie ; en prenant ton pain, remercie celui qui te l’accorde ; en buvant ton vin, souviens-toi de celui qui t’a fait ce don pour te réjouir le cœur et soulager tes misères. Le repas terminé, n’oublie pas pour autant le souvenir de ton bienfaiteur. Quand tu mets ton costume, remercie celui qui te le donne ; quand tu mets ton manteau, témoigne de l’affection à Dieu qui nous fournit des vêtements appropriés pour l’hiver et l’été, et pour protéger notre vie.

Le jour terminé, remercie celui qui t’a donné le soleil pour les travaux de la journée et le feu pour éclairer la nuit et pourvoir à nos besoins. La nuit te fournit des motifs d’action de grâces. En regardant le ciel et en contemplant la beauté des astres, prie le maître de l’univers qui a fait toutes choses avec tant de sagesse. Lorsque tu vois toute la nature endormie, adore Celui qui nous soulage par le sommeil d’une fatigue continue et nous rend par un peu de repos la vigueur de nos forces. Ainsi tu prieras sans relâche, si ta prière ne se contente pas de formules et si, au contraire, tu te tiens uni à Dieu dans tout le cours de ton existence, de manière à faire de ta vie une incessante prière.

Saint Basile de Césarée.
(329 ­– 379).

Vivre dans la justesse

On demanda un jour à un homme qui méditait régulièrement comment il pouvait être toujours recueilli malgré ses nombreuses occupations.

Celui-ci répondit : « Quand je suis debout, je suis debout. Quand je marche, je marche. Quand je suis assis, je suis assis. Quand je mange, je mange. Quand je parle, je parle… »

Ses interlocuteurs lui coupèrent la parole et lui dirent : « C’est ce que nous faisons aussi, que fais-tu de plus ? »

Il reprit : « Quand je suis debout, je suis debout. Quand je marche, je marche. Quand je suis assis, je suis assis. Quand je mange, je mange. Quand je parle, je parle… »

Les gens lui répliquèrent : « C’est ce que nous faisons aussi. »

Mais il leur dit : « Non, quand vous priez, vous êtes déjà à vos affaires. Quand vous êtes assis, vous êtes déjà debout. Quand vous êtes debout, vous courez déjà. Quand vous courez, vous êtes déjà au but… »

Willi Hoffsummer.

L’envie

Qu’on me donne l’obscurité, puis la lumière,
Qu’on me donne la faim, la soif, puis le festin,
Qu’on m’enlève ce qui est vain et secondaire,
Que je retrouve le prix de ma vie, enfin !
Qu’on me donne la peine, pour que j’aime dormir,
Qu’on me donne le froid, pour que j’aime la flamme,
Pour que j’aime ma terre, qu’on me donne l’exil,
Et qu’on m’enferme un an pour rêver à des femmes.
On m’a trop donné, bien avant l’envie.
J’ai oublié les mercis,
Toutes ces choses avaient un prix,
Qui font l’envie de vivre, et le désir, et le plaisir aussi.
Qu’on me donne l’envie, l’envie d’avoir envie,
Qu’on rallume ma vie.
Qu’on me donne la haine, pour que j’aime l’amour,
La solitude aussi, pour que j’aime les gens,
Pour que j’aime le silence, qu’on me fasse des discours,
Et toucher la misère pour respecter l’argent,
Et pour que j’aime être sain, donnez la maladie.
Qu’on me donne la nuit pour que j’aime le jour,
Qu’on me donne le jour pour que j’aime la nuit
Pour que j’aime aujourd’hui, oublier les toujours.

Jean-Jacques Goldman.
Chanson de Johnny Halliday.

Si vous aviez une foi vive, si par-delà les visages humains — visages contractés par les spasmes douloureux ou visages blêmes de ceux dont l’organisme est usé, visages brûlants de fièvre, visages inquiets à la pensée de l’aggravation du mal, visages impassibles, résignés —, si, par-delà tous ces visages, vous saviez reconnaître Jésus dans les salles, gisant dans tous les lits, immobile dans la mystérieuse solennité des salles d’opération, vous ne vous apercevriez plus du passage de la chapelle aux chambres des malades et vous ne craindriez plus que l’observance religieuse nuise à l’assistance (aux malades) ou que celle-ci soit préjudiciable à celle-là ; vous continueriez à l’aimer sous quelque forme et quelque lieu qu’il se cache. Il n’y aurait aucune interruption de votre colloque avec lui, aucune distraction, aucun oubli concernant ce qu’il est et ce qu’il veut.

Pie XII.
Aux filles de la Charité, en 1957.

Désir

Allez tranquillement parmi le vacarme et la hâte, et souvenez-vous de la paix qui peut exister dans le silence.

Sans aliénation, vivez autant que possible en bons termes avec toutes personnes. Dites doucement et clairement votre vérité ; et écoutez les autres, même le simple d’esprit et l’ignorant ; ils ont eux aussi leur histoire. Évitez les individus bruyants et agressifs, ils sont une vexation pour l’esprit.

Ne vous comparez avec personne : vous risqueriez de devenir vain et vaniteux. Il y a toujours plus grands et plus petits que vous.

Jouissez de vos projets aussi bien que de vos accomplissements. Soyez toujours intéressés à votre carrière, si modeste soit-elle ; c’est une véritable possession dans les prospérités changeantes du temps. Soyez prudents dans vos affaires, car le monde est plein de fourberies. Mais ne soyez pas aveugle en ce qui concerne la vertu qui existe ; plusieurs individus recherchent les grands idéaux, et partout la vie est remplie d’héroïsme.

Soyez vous-même. Surtout n’affectez pas l’amitié. Non plus ne soyez cynique en amour, car il est, en face de toute stérilité et de tout désenchantement, aussi éternel que l’herbe.

Prenez avec bonté le conseil des années, en renonçant avec grâce à votre jeunesse. Fortifiez une puissance d’esprit pour vous protéger en cas de malheur soudain. Mais ne vous chagrinez pas avec vos chimères. De nombreuses peurs naissent de la fatigue et de la solitude.

Au-delà d’une discipline saine, soyez doux avec vous-même. Vous êtes un enfant de l’univers, pas moins que les arbres et les étoiles ; vous avez le droit d’être ici. Et qu’il soit clair ou non, l’univers se déroule sans doute comme il le devrait.

Soyez en paix avec Dieu, quelle que soit votre conception de lui, et quels que soient vos peines et vos rêves, gardez, dans le désarroi bruyant de la vie, la paix dans votre âme.

Avec toutes ses perfidies, ses besognes fastidieuses et ses rêves brisés, le monde est pourtant beau. Soyez positif et attentif aux autres.

Tâchez d’être heureux.

Auteur inconnu.
Trouvé dans la cathédrale Saint-Paul de Baltimore en 1692.

Cadeau

Hier soir, dans la cuisine je préparais le dîner
Quand mon petit garçon est entré.
Il m’a tendu un morceau de papier griffonné,
J’ai essuyé mes mains sur mon tablier,
Je l’ai lu, et voici ce qu’il disait :

« Pour avoir été aux commissions : 1 franc
« Pour avoir surveillé le bébé pendant que toi tu allais aux commissions : 1 franc 25 centimes
« Pour avoir descendu la corbeille à papiers : 75 centimes
« Pour avoir remonté la corbeille à papiers : 1 franc et 10 centimes
« Pour avoir arrosé les fleurs sur le balcon : 25 centimes.
« Total : 9 francs et 85 centimes. »

Je l’ai regardé, il se tortillait en mâchant son crayon,
Et une foule de souvenirs sont revenus à ma mémoire.
Alors j’ai pris son crayon, j’ai retourné la feuille
Et voilà ce que j’ai écrit :

« Pour mes 9 mois de patience et 12 heures de souffrance : cadeau
« Pour tant de nuits de veille surveillant ton sommeil : cadeau
« Pour les tours de manège, les jouets, le collège : cadeau
« Et quand on fait le tour le total de mon amour : c’est cadeau. »

Quand il a eu fini de lire il avait un gros chagrin dans les yeux
Il a levé la tête
Il a dit : « M’man je t’aime très beaucoup. »
Il a repris son papier, il l’a retourné
Et en grosses grosses lettres a marqué : cadeau
Et quand on fait le tour, le total de l’amour : c’est cadeau.

Marie Laforêt.
Édition originale : Harlan Howard Songs.

Ces malades qui croient guérir en changeant de lit…

Charles Baudelaire.

Prière

Seigneur,
Dans le silence de ce jour naissant,
Je viens Te demander la paix, la sagesse, la force.
Je veux regarder aujourd’hui le monde
Avec des yeux tout remplis d’amour,
Être patient, compréhensif, doux et sage.
Voir au-delà des apparences
Tes enfants comme Tu les vois Toi-même
Et ainsi ne voir que le bien en chacun.
Ferme mes oreilles à toute calomnie,
Garde ma langue de toute malveillance :
Que seules les pensées qui bénissent
Demeurent dans mon esprit ;
Que je sois si bienveillant et si joyeux
Que tous ceux qui m’approchent sentent
Ta présence.
Revêts-moi de Ta beauté, Seigneur,
Et qu’au long de ce jour, je Te révèle.

Ce n’est pas à la façon dont un homme me parle de Dieu que je sais s’il a séjourné dans le feu de l’Amour divin (…) mais dans la manière dont il me parle des choses terrestres.

Simone Weil.

Quand tu ne me trouves plus dans la prière, cherche-moi dans tes frères.

Préférer la conscience à la consigne.

Victor Hugo.

Tout de même

Les gens sont déraisonnables,
Illogiques et égocentriques,
Aimez-les tout de même !

Si vous faites le bien,
Les gens vous prêtent des motifs
Égoïstes et calculateurs,
Faites le bien tout de même !

Si vous réussissez,
Vous gagnerez de faux amis
Et de vrais ennemis,
Réussissez tout de même !

Le bien que vous faites
Sera oublié demain,
Faites le bien tout de même !

L’honnêteté et la franchise
Vous rendent vulnérables,
Soyez honnêtes et francs tout de même !

Ce que vous avez mis
Des années à construire
Peut être détruit du jour au lendemain,
Construisez tout de même !

Les pauvres ont vraiment
Besoin de secours,
Mais certains peuvent vous attaquer
Si vous les aidez,
Aidez-les tout de même !

Si vous donnez au monde
Le meilleur de vous-mêmes,
Vous risquez d’y laisser des plumes…
Donnez ce que vous avez de mieux, tout de même !

Mère Térésa.
Texte affiché au foyer de Calcutta.

Aime-moi tel que tu es

Je connais ta misère, les combats et les tribulations de ton âme ; la faiblesse et les infirmités de ton corps : je sais ta lâcheté, tes péchés, tes défaillances ; je te dis quand même, donne-moi ton cœur, aime-moi comme tu es.

Si tu attends d’être un ange pour te livrer à l’amour, tu ne m’aimeras jamais. Même si tu tombes souvent dans ces fautes que tu voudrais ne jamais connaître, même si tu es lâche dans la pratique de la vertu, je ne te permets pas de ne pas m’aimer.

Aime-moi comme tu es. À chaque instant et dans quelque position que tu te trouves, dans la ferveur ou dans la sécheresse, dans la fidélité ou dans l’infidélité.

Aime-moi tel que tu es. Je veux l’amour de ton cœur indigent, si pour m’aimer tu attends d’être parfait, tu ne m’aimeras jamais. Ne pourrais-je pas faire de chaque grain de sable un séraphin tout radieux de pureté, de noblesse et d’amour ?

Ne pourrais-je pas d’un seul signe de ma volonté faire surgir du néant des milliers de saints, mille fois plus parfaits et plus aimants que ceux que j’ai créés ? Ne suis-je pas le Tout-Puissant ? Et s’il me plaît de laisser pour jamais dans le néant ces êtres merveilleux et leur préférer ton pauvre amour ?

Mon enfant laisse-moi t’aimer. Je veux ton cœur. Je compte bien te former, mais en attendant, je t’aime comme tu es. Je souhaite que tu fasses de même. Je désire voir, au fond de ta misère, monter l’amour. J’aime en toi jusqu’à ta faiblesse. J’aime l’amour des pauvres. Je veux que de l’indigence s’élève continuellement ce cri : Seigneur je vous aime. C’est le chant de ton cœur qui m’importe. Qu’ai-je besoin de ta science et de tes talents ? Ce ne sont pas des vertus que je te demande, et si je t’en donnais, tu es si faible que bientôt l’amour-propre s’y mêlerait ; ne t’inquiète pas de cela.

J’aurais pu te destiner à de grandes choses : non, tu seras le serviteur inutile, je te prendrai même le peu que tu as, car je t’ai créé pour l’amour. Aime : l’amour te fera faire tout le reste sans que tu y penses ; ne cherche qu’à remplir le moment présent de ton amour. Aujourd’hui je me tiens à la porte de ton cœur comme un mendiant, Moi le Seigneur des Seigneurs, je frappe et j’attends, hâte-toi de m’ouvrir, n’allège pas ta misère. Ton indigence, si tu la connaissais pleinement, tu mourrais de douleur. Cela seul qui pourrait me blesser le cœur, ce serait de te voir douter et manquer de confiance.

Je veux que tu penses à moi à chaque heure du jour et de la nuit. Je ne veux pas que tu poses l’action la plus insignifiante pour un motif autre que l’amour.

Quand il faudrait souffrir, je te donnerais la force, tu m’as donné l’amour. Je te donnerais d’aimer au-delà de ce que tu as pu rêver.

Mais souviens-toi, aime-moi tel que tu es. N’attends pas d’être un saint pour te livrer à l’amour, sinon tu ne m’aimeras jamais.

Délivre-moi de la perfection que je veux me donner,
Ouvre-moi à la sainteté que tu veux m’accorder.

Michel Hubault.

Qu’est-ce que l’extraordinaire ?

C’est croire quand tout le monde doute.
C’est être de bonne humeur quand tout est ennuyeux et difficile.
C’est être souriant quand tout le monde est grognon.
C’est être content de ce qui nous reste, au lieu de pleurer ce qui est perdu.
C’est aimer dans un milieu hostile.
C’est vibrer dans un monde amorphe.
C’est servir d’appui au lieu de chercher à s’appuyer.
C’est consoler au lieu de se perdre en pitié.
C’est espérer quand tous se découragent.

Devenir des témoins. Beaucoup moins pour convaincre que pour être signe. On l’a dit en effet : être témoin, ce n’est pas faire de la propagande, ni même faire choc, c’est faire mystère. C’est vivre de telle façon que la vie soit inexplicable si Dieu n’existe pas.

Au lieu de dire que Dieu est manchot,
Prêtons-Lui nos mains.

Au lieu de dire qu’Il est muet,
Prêtons-Lui notre voix.

Stan Rougier.

Mon Dieu, donnez-moi assez de sérénité
Pour accepter ce qui ne peut être changé.

Mon Dieu, donnez-moi assez de courage
Pour changer ce qui peut l’être.

Mon Dieu, donnez-moi assez de sagesse
Pour discerner l’un et l’autre…

Chesterton.
Angleterre, XIXe siècle.

Jésus n’a pas dit…

Jésus n’a pas dit : Cette femme est volage, légère, sotte, elle est marquée par l’atavisme moral et religieux de son milieu, ce n’est qu’une femme ! Il lui demande un verre d’eau et il engage la conversation (Jean IV, 1-42).

Jésus n’a pas dit : Voilà une pécheresse publique, une prostituée à tout jamais enlisée dans le vice. Il dit : elle a plus de chances pour le royaume de Dieu que ceux qui tiennent à leur richesse ou se drapent dans leur vertu ou leur savoir (Luc VII, 36-49).

Jésus n’a pas dit : Celle-ci est une adultère. Il dit : Je ne te condamne pas. Va et ne pèche plus (Jean VIII, 9-11).

Jésus n’a pas dit : Celle-là qui cherche à toucher mon manteau n’est qu’une hystérique. Il l’écoute, lui parle et la guérit (Luc VIII, 43-48).

Jésus n’a pas dit : Cette vieille qui met son obole dans le tronc pour les bonnes œuvres du Temple est une superstitieuse. Il dit qu’elle est extraordinaire et qu’on ferait bien d’imiter son désintéressement (Marc XII, 41-44).

Jésus n’a pas dit : Ces enfants ne sont que des gosses. Il dit : laissez-les venir à moi et tâchez de leur ressembler (Matthieu XIX, 13-15).

Jésus n’a pas dit : Cet homme n’est qu’un fonctionnaire véreux qui s’enrichit en flattant le pouvoir et en saignant les pauvres. Il s’invite à sa table et assure que sa maison a reçu le salut (Luc XIX, 1-10).

Jésus n’a pas dit comme son entourage : Cet aveugle paie sûrement ses fautes et celles de ses ancêtres. Il dit que l’on se trompe complètement à son sujet, et il stupéfie tout le monde, ses apôtres, les scribes et les pharisiens en montrant avec éclat combien cet homme jouit de la faveur de Dieu : Il faut que l’action de Dieu soit manifeste en lui (Jean IX, 1-5).

Jésus n’a pas dit : Ce centurion n’est qu’un occupant. Il dit : Je n’ai jamais vu pareille foi en Israël (Luc VII, 1-10).

Jésus n’a pas dit : Ce savant est un intellectuel. Il lui ouvre les voies par une renaissance spirituelle (Jean III, 1-21).

Jésus n’a pas dit : Cet individu n’est qu’un hors-la-loi. Il dit : aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis (Luc XXIII, 39-43).

Jésus n’a pas dit : Ce Judas n’est qu’un traître. Il l’embrasse et lui dit : Mon ami (Matthieu XXVI, 50).

Jésus n’a pas dit : Ce fanfaron n’est qu’un renégat. Il lui dit : Pierre m’aimes-tu ? (Jean XXI, 15-17).

Jésus n’a pas dit : Ces grands prêtres ne sont que des juges iniques, ce roi n’est qu’un pantin, ce procurateur romain n’est qu’un pleutre, cette foule qui me conspue n’est qu’une plèbe, ces soldats qui me maltraitent ne sont que des fonctionnaires. Il dit : Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font (Luc XXIII, 34).

Jésus n’a jamais dit : Il n’y a rien de bon dans celui-ci, dans celui-là, dans ce milieu-ci et dans ce milieu-là. De nos jours, il n’aurait jamais dit : Ce n’est qu’un intégriste, qu’un moderniste, qu’un gauchiste, qu’un fasciste, qu’un mécréant, qu’un bigot… Pour lui, les autres, quels qu’ils soient, quels que soient leurs actes, leur statut, leur réputation, sont toujours aimés de Dieu.

Jamais homme n’a respecté les autres comme cet homme. Il est unique. Il est le Fils unique de Celui qui fait briller son soleil sur les bons et les méchants (Matthieu V, 45).

En celui qu’il rencontre, il voit toujours un extraordinaire possible ! un avenir tout neuf ! malgré le passé.

Mgr Albert Decourtray.
Archevêque de Lyon.

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