En 2016, la retraite nationale de carême s’est tenue du 11 au 13 mars au monastère du Mont-Sainte-Odile, haut lieu spirituel de l’Alsace.

L'enseignement spirituel a été assuré par Mgr Dominique Rézeau, commandeur de l’Ordre, prélat d'honneur de Sa Sainteté, ancien nonce apostolique, qui a notamment représenté le Saint-Siège au Pérou, au Zaïre, aux Antilles, en Colombie, aux États-Unis, en Tunisie ou encore en Libye. Il a donné trois instructions sur la miséricorde :

  1. Dieu est miséricorde ;
  2. Dieu nous accorde sa miséricorde ;
  3. Dieu nous demande de faire miséricorde.

1. Dieu est miséricorde (Dieu est amour)

Deux documents de référence :

  • du pape Jean-Paul II en 1980 : Dives in misericordia Deus ipse quidem est nobis quem Christus Jesus revelavit ut Patrem, « Dieu riche en miséricorde est celui-là même que Jésus-Christ nous a révélé comme Père » ;
  • du pape François en 2015, à l’aube de l’Année sainte de la miséricorde : Misericordiæ vultus Patris est Christus Iesus, « Jésus-Christ est le visage de la miséricorde du Père », et son ouvrage Le nom de Dieu est miséricorde.

« Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent », Misericordia ejus a progenie in progenies pro timentibus eum.

Magnificat, Lc I, 50.

Comme Marie, nous rendrons grâces en ces jours pour cette miséricorde de Dieu qui s’étend aussi sur nous !

Un chant : Misericordes sicut Pater (hymne de l’année sainte).

Le mot de miséricorde : du latin misericordia, composé de misereor, « avoir pitié », et cor, cordis, « cœur ». Cf. misereor super turbam (Mc VIII, 2),« pitié » au sens fort, d’amour qui vient du cœur, qui est à fois pardon, compassion, don gratuit, qui dépasse la sensibilité et engage toute la personne, « corps et âme ».

La « miséricorde », mot souvent employé dans le langage de jadis, plus qu’aujourd’hui, peut-être parce que la miséricorde n’est plus de mise (les mises en examen pour tout et pour tous, les recherches pernicieuses sur la vie privée, l’esprit de vengeance aux procès, etc.)… Alors que… Cf. par exemple les stalles des chœurs monastiques ou canoniaux : la « miséricorde », souvent sculptée ou pas : petite console fixée à la partie inférieure du siège pliant d'une stalle de chœur. Et encore « repas de carême » ou « récréation » dans les monastères !

Je revois aussi, en passant de cette miséricorde toute humaine et naturelle à la miséricorde et à la bonté infinie de Dieu, cette église ruinée d’El Marsh en Libye-Cyrénaïque et à son fronton où demeurent inscrites les lettres : « D.O.M. », Deo optimo maximo, « Au Dieu très bon », « le meilleur » avant d’être « le plus grand » ! Il faut y croire sans faille, même dans un océan de haine, de violence, de déchéance. Cf. les paroles prêtées à Jeanne d’Arc sur le bûcher par Claudel :

Il y a l’espérance qui est la plus forte ! (…)
Il y a la joie qui est la plus forte ! (…)
Il y a l’amour qui est le plus fort !

Paul Claudel.
Jeanne d’Arc au bûcher, scènes IX et XI.

Citation du prédicateur, le père Lacordaire : « C’est la bonté de Dieu qui le rend populaire ». Ne disait-on pas souvent : « le bon Dieu » ?! Intuition toute évangélique, puisque « Dieu seul est bon », répond Jésus au jeune homme riche.

On pourrait dire que cette bonté ou miséricorde fait partie de l’être de Dieu, qu’elle est d’essence divine : Dieu « est » miséricorde (ouvrage du pape François). Cette miséricorde est à la source de toute l’action divine à travers le temps et au-delà du temps. Et d’autre part, elle se répercute chez le croyant, elle doit imprégner à son tour le cœur et le comportement des chrétiens au point de « conditionner » leur foi et leur connaissance de Dieu. Cf. 1re lettre de saint Jean : « Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour » (1 Jn IV, 8) !

C’est ce que rappelait Jean-Paul II dans l’introduction de son encyclique Riche en miséricorde, après son premier document sur Le Christ rédempteur de l’homme : « Aujourd’hui, je désire dire que l’ouverture au Christ qui, comme rédempteur du monde, révèle pleinement l’homme à l’homme, ne peut s’accomplir autrement qu’à travers une référence toujours plus profonde au Père et à son amour. » Et le pape ajoutait que c’est le Christ qui incarne et personnifie la miséricorde, qui nous révèle le Père des miséricordes.

Le croyant de l’Ancien Testament, sans le savoir, avait appelé de toutes ses forces Celui qui manifesterait pleinement la miséricorde de Dieu, dont il n’avait reçu que des signes et des annonces prophétiques : « Montre-nous, Seigneur, ta miséricorde, et nous serons sauvés. » Cet appel est omniprésent dans l’Écriture (cf. demande de pardon de la liturgie pénitentielle au début ce la messe : « Seigneur, accorde-nous ton pardon — nous avons péché contre toi — montre-nous ta miséricorde — et nous serons sauvés »). Et quand les temps furent accomplis, Dieu en Jésus a « montré sa miséricorde » (cf. « l’ostensoir », en italien la mostra, qui nous « montre » le Christ eucharistique, qui, « Lui », à son tour, nous montre la miséricorde de Dieu).

Cette miséricorde pressentie dans l’Ancien Testament et accomplie dans le Nouveau revêt déjà aux temps bibliques des caractéristiques essentielles.

Elle est amour transcendant et éternel (a progenie in progenies) ; cf. Jérérmie : « Depuis les lointains, le Seigneur m’est apparu : Je t’aime d’un amour éternel, aussi je te garde ma fidélité » (Jr XXXI, 3).

Mais la miséricorde est aussi déjà perçue comme un amour proche, malgré le sens aigu de la transcendance de Dieu, que nul ne peut voir sans mourir… nous dirions en termes d’aujourd’hui un « amour de proximité », exprimé de multiples façons tout au long de l’Ancien Testament ; nous pourrons relire et redire ces passages dans notre prière personnelle.

Comme est la tendresse d’un père pour ses fils, tendre est le Seigneur pour qui le craint.

Ps CII, 13.

C’est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face. N’écarte pas ton serviteur avec colère : tu restes mon secours. Ne me laisse pas, ne m’abandonne pas, Dieu, mon salut ! Mon père et ma mère m’abandonneraient-ils ? Le Seigneur me reçoit.

Ps XXVI, 9-10.

Jérusalem disait : « Le Seigneur m’a abandonnée, mon Seigneur m’a oubliée. »  Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. Car je t’ai gravée sur les paumes de mes mains, j’ai toujours tes remparts devant les yeux.

Is XLIX, 14-16

La miséricorde de Dieu est amour paternel et maternel à fois, amour de fiancé et d’époux. Cf. Osée : « Je te fiancerai à moi pour toujours, je te fiancerai à moi par la justice et le droit, l’amour et la tendresse. Je te fiancerai à moi par la fidélité et tu connaîtras le Seigneur » (Os II, 21-22).

La miséricorde de Dieu est amour pour l’humanité dans son entièreté et aussi amour personnel, mais c’est le Nouveau Testament qui va lui donner toute sa dimension personnelle et communautaire. Dans l’Ancien Testament, c’est plus le peuple dans son ensemble que l’individu qui est l’objet de la miséricorde divine ; dans une spiritualité chrétienne tardive, c’est plutôt l’individu, on insiste sur le salut personnel : « Je n’ai qu’une âme, qu’il faut saveur ; de l’éternelle flamme, je veux la préserver » ; la notion de « peuple de Dieu » a été rappelée fortement par le concile Vatican II : les chrétiens sont « incorporés au Christ par le baptême, intégrés au peuple de Dieu » (Lumen gentium, 31). Ce n’est pas le peuple qui est baptisé (sauf au temps de Clovis…), c’est chaque personne. Cf. baptême de Jésus : « Voici mon fils bien-aimé, en qui je me complais » (Lc III, 22) ; Dieu se contemple en son bien-aimé, en qui il a mis toute sa complaisance, tout son amour, toute sa miséricorde. Le Père nous a dit cela lors de notre propre baptême, quand nous sommes devenus « fils dans le fils », objet personnel de son amour, et il nous le redit sans cesse ; écoutons-le : « Tu es mon fils bien-aimé, en qui je me complais. » Relire saint Paul aux Éphésiens sur l’adoption : « Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ » (Ep I, 5)…

Quelle joie peut nous procurer dans le silence, la prière, la méditation, la prise de conscience de cet amour miséricordieux, sans limite ! Cette miséricorde nous enveloppe plus encore que l’amour d’une mère pour ses enfants, de notre naissance à notre mort et à notre résurrection, aujourd’hui même quand nous « baignons », en ces jours de retraite et de prière, dans la miséricorde de Dieu !

Quand nous doutons, quand  nous souffrons, quand nous luttons, quand notre situation familiale est compliquée, quand nous connaissons l’échec, quand la situation du monde nous désole et nous ronge, souvenons-nous des paroles du psaume 45 : « Dieu est pour nous refuge et force, secours dans la détresse, toujours offert. Nous serons sans crainte si la terre est secouée, si les montagnes s'effondrent au creux de la mer ; ses flots peuvent mugir et s'enfler, les montagnes, trembler dans la tempête : Il est avec nous, le Seigneur de l'univers ; citadelle pour nous, le Dieu de Jacob. » — Redisons avec Marie : « Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. » D’âge en âge, en tout temps, en tout lieu !

Le pape François nous redit lui aussi l’étendue de cette miséricorde : « Répéter sans cesse “Éternel est son amour” semble vouloir briser le cercle de l’espace et du temps pour tout inscrire dans le mystère éternel de l’amour. Comme si l’on voulait dire que, non seulement dans l’histoire, mais aussi dans l’éternité, l’homme sera toujours sous le regard miséricordieux du Père » (bulle du Jubilé Misericordiæ vultus, 7).

Pendant ce temps de prière et de réflexion silencieuse, revoir comment Dieu a été mon refuge et ma force, combien sa miséricorde m’a enveloppé, m’a sauvé, m’a protégé, et aussi ma famille, ceux que j’aime, « de génération en génération ». Ma foi est-elle fondée sur cet amour miséricordieux et sans limite du Père révélé en Jésus ? Est-ce que je vis dans la confiance, ou dans l’angoisse permanente, le souci exclusif de moi-même, la mesquinerie d’un amour donné à Dieu et aux autres par petits bouts, petits moments, petites tranches ? Lui, en Jésus, nous a tout donné. Cf. sainte Thérèse d’Avila : « Fût-on brûlé d’amour à en mourir, on n’aime pas encore assez, on n’aime jamais assez. L’amour est tout, qui est Dieu même ! »

2. Dieu nous accorde sa miséricorde

  • Luc XV et psaume 50 : « Pitié pour moi, mon Dieu en ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché » (chant du psaume 50 par les bénédictins de Keur-Moussa au Sénégal).
  • Pape François (Misericordiæ vultus, 6), citant saint Thomas : « La miséricorde est le propre de Dieu dont la toute-puissance consiste justement à faire miséricorde ».
  • Ma grand-mère : « Bon Jésus miséricorde » !
  • « À tout péché miséricorde » — notre monde actuel juge et condamne mais ne pardonne pas (cf. Le Pardon de Jankélévitch).

Le psaume 50, un psaume de miséricorde autant que de pénitence

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché.

Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense.

Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi.

Contre toi, et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.

Ainsi, tu peux parler et montrer ta justice, être juge et montrer ta victoire.

Moi, je suis né dans la faute, j’étais pécheur dès le sein de ma mère.

Mais tu veux au fond de moi la vérité ; dans le secret, tu m’apprends la sagesse.

Purifie-moi avec l’hysope, et je serai pur ; lave-moi et je serai blanc, plus que la neige.

Fais que j’entende les chants et la fête : ils danseront, les os que tu broyais.

Détourne ta face de mes fautes, enlève tous mes péchés.

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.

Ne me chasse pas loin de ta face, ne me reprends pas ton esprit saint.

Rends-moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne.

Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins ; vers toi reviendront les égarés.

Libère-moi du sang versé, Dieu, mon Dieu sauveur, et ma langue acclamera ta justice.

Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange.

Si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas, tu n’acceptes pas d’holocauste.

Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé.

Accorde à Sion le bonheur, relève les murs de Jérusalem.

Alors tu accepteras de justes sacrifices, oblations et holocaustes ; alors on offrira des taureaux sur ton autel.

Ps L.

- David se repent de sa faute, il a fait tuer le mari de Bethsabée pour lui prendre sa femme. Ses premiers mots sont pour demander miséricorde : « selon ta grande miséricorde efface mon péché », avant même d’exprimer son repentir. « Pitié, efface mon péché, lave-moi, purifie-moi »… L’appel à la miséricorde vient en premier, « pitié » ou « grâce » demande le combattant blessé à celui qui va l’achever, ou à son adversaire dans la lutte, il n’a pas le temps d’en dire plus long !

- Ensuite David reconnaît son péché qui le taraude, l’obsède, « ma faute est toujours devant moi », comme nos fautes parfois, quand notre conscience nous inquiète, quand la culpabilité nous ronge ; pénitents rencontrés qui n’ont jamais avoué une faute et en ont porté le poids pendant des années : « ma faute est toujours devant moi ». Ou un ensemble de comportements qui nous semble marqué par le mal et le péché… Nous nous demandons parfois : Comment en sortir ?

- Quel est le péché de David ? « Contre toi et toi seul j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux je l’ai fait », le péché est toujours contre Dieu ; que ce soit en offensant son nom, en oubliant de l’honorer et de l’aimer, mais aussi pécher contre l’autre (ici la mort d’Uri) ou contre soi-même, est toujours pécher contre Dieu, puisque nous sommes à son image (cf. après le meurtre des coptes à Benghazi — relire le passage de mon homélie du 2 mars 2014).

- David sait que Dieu pourrait réagir en juge implacable et en guerrier victorieux. Mais il invoque son état de pécheur, le mal inscrit en lui, le « fameux péché originel », cette faille inscrite dans notre nature, non pas un péché volontaire en soi mais la propension au mal, j’étais pécheur dès le sein de ma mère. (« Le péché est l’entrée de la grâce », Péguy). Nous ne connaissons l’étendue du péché que par l’abondance du salut en Jésus-Christ (« Là où le péché avait abondé, la grâce a surabondé », Rm V, 20).

- Reconnaître son péché, c’est faire la vérité, c’est l’aveu et le repentir, « tu veux au fond de moi la vérité », repentir qui n’est pas remords stérile mais confession sincère, sans casuistique: « j’ai péché » !

- La suite du psaume est de style invocatoire et poétique, action de grâces pour l’étendu de la miséricorde reçue ; Asperges me de jadis (où certains arrivaient en retard… le curé sortant sur le parvis pour asperger ses fidèles… non-dit de refus de se reconnaître pécheur ?). « Blanc plus que neige »… La miséricorde de Dieu demandée et reçue purifie le cœur ! C’est la fête, la réjouissance ; le prêtre, après le sacrement, invite d’ailleurs à l’action de grâces autant qu’au repentir et à la pénitence.

- Après le sacrement reçu : pénitence ou « satisfaction ».

La satisfaction est l’acte final qui couronne le signe sacramentel de la pénitence… Quel est le sens de cette satisfaction dont on sacquitte, ou de cette pénitence que lon accomplit ? Ce nest assurément pas le prix que lon paye pour le péché absous et pour le pardon acquis : aucun prix humain nest équivalent à ce qui est obtenu, fruit du sang très précieux du Christ. Les actes de la satisfaction — qui, tout en conservant un caractère de simplicité et dhumilité, devraient mieux exprimer tout ce quils signifient — sont lindice de choses importantes : ils sont le signe de lengagement personnel que le chrétien a pris devant Dieu, dans le sacrement, de commencer une existence nouvelle (et cest pourquoi ils ne devraient pas se réduire seulement à quelques formules à réciter, mais consister dans des œuvres de culte, de charité, de miséricorde, de réparation).

Jean-Paul II.
Exhortation apostolique post-synodale Reconciliatio et pænitentia, 1984, 31, III.

C’est là la vraie « satisfaction », changer de vie et  témoigner auprès des autres : « Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins ; vers toi reviendront les égarés. »

- Le pardon reçu rend libre et permet de chanter la louange de Dieu : « Libère-moi du sang versé, Dieu, mon Dieu sauveur, et ma langue acclamera ta justice. Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange » (office canonial du matin).

- « Si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas… Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ». Le vrai sacrifice est le don de soi, de sa pauvreté et de sa misère, le renoncement à soi-même : cf. saint Augustin : « Si je n’ai rien d’autre à offrir à Dieu, je lui offrirai mes péchés ! », ou sainte Thérèse : « Aimer, c’est tout donner, c’est se donner soi-même. »

- Le pardon fait la joie, non seulement de la personne, mais de l’Église qui se construit sur la miséricorde demandée et accordée : « Accorde à Sion le bonheur, relève les murs de Jérusalem. » (cf. Lc XV, 7 : « Il y a plus de joie au ciel pour un seul pécheur qui se convertit… »).

Le sacrement de la réconciliation et de la miséricorde

- Concrètement, invitation à recevoir aujourd’hui le sacrement de la réconciliation et de la miséricorde, qui est participation à la mort et à la résurrection de Jésus, qui sera un bénéfice et une source de grâce pour nous-même et pour l’Église. L’Église se construit sur la miséricorde reçue et donnée.

- Comment reçoit-on le pardon de ses péchés, la miséricorde divine ? Par le sacrement… mais aussi par l’eucharistie et la contrition parfaite !

Sacrement de pénitence, mais aussi démarche pénitentielle au début de la messe, et l’eucharistie elle-même efface nos péchés :

La communion nous sépare du péché. Le corps du Christ que nous recevons dans la communion est « livré pour nous », et le sang que nous buvons, est « versé pour la multitude en rémission des péchés ». C’est pourquoi l’eucharistie ne peut pas nous unir au Christ sans nous purifier en même temps des péchés commis et nous préserver des péchés futurs :

« Chaque fois que nous le recevons, nous annonçons la mort du Seigneur » (1 Co XI, 26). Si nous annonçons la mort du Seigneur, nous annonçons la rémission des péchés. Si, chaque fois que son sang est répandu, il est répandu pour la rémission des péchés, je dois toujours le recevoir, pour que toujours il remette mes péchés. Moi qui pèche toujours, je dois avoir toujours un remède (saint Ambroise).

Catéchisme, 1393.

La contrition perfectionnée par la charité réconcilie l’homme avec Dieu, avant même la réception du sacrement de pénitence.

Concile de Trente, session 14, chapitre 4.

À condition d’avoir l’intention de recevoir le sacrement de pénitence dès que « possible ». En cas de danger imminent ou péril de mort (cf. mon grand-père Jules, qui écrivait le 4 septembre 1914 : « Nous sommes arrivés sur le terrain vers 2 heures, nous avons marché sous les obus allemands et les balles jusqu’à la nuit. Là, je t’assure, il a fallu du courage, j’en ai eu. Au coin d’un bois, sous la pluie de balles, j’ai pensé à vous, chers trésors, j’ai bien pensé ne plus jamais vous revoir. Mais, après avoir fait mon Ave Maria et mon acte de contrition, j’étais prêt à tout et j’ai marché la tête haute, ne craignant rien »).

- Écouter le chant des Lamentations de Jérémie de Keur-Moussa, chant de pénitence et d’appel à la miséricorde (Lm I, 10-14 ; Jérémie pleure sur la ruine de Jérusalem et du peuple choisi ; point sensible pour nous, chevaliers du Saint-Sépulcre) pour nous mettre déjà en esprit de pénitence, préparation au mystère pascal de passion, mort et résurrection du Christ ! Prière pour l’Église en Palestine, pour l’Église qui souffre persécution, pour l’Église de l’indifférence chez nous !

- Après le chant, prière Je vous demande miséricorde de saint Vincent de Paul :

Dieu soit loué ! Dieu soit béni !

De tout cœur, je vous demande miséricorde. Miséricorde, mon Dieu, oui, miséricorde.

Pour tous les abus que nous avons commis de vos grâces, pour toutes les négligences qui vous ont déplu.

Ne vous souvenez pas de nos péchés, ne considérez que les cœurs de ceux qui font appel à votre miséricorde.

Ô Dieu Sauveur, je vous en prie, donnez-nous l’humilité, vous qui avez toujours cherché la gloire de votre Père aux dépens de votre propre gloire, aidez-nous à renoncer une fois pour toutes à nous complaire en vain dans les succès.

Délivrez-nous de l’orgueil caché et du désir que les autres nous estiment.

Nous vous supplions, Seigneur miséricordieux, de nous donner l’esprit de pauvreté.

Et si nous devons avoir des biens, faites que notre esprit n’en soit pas contaminé, ni la justice blessée, ni nos cœurs embarrassés.

Saint Vincent de Paul.

- Prière personnelle en priant le psaume 50 ou le chapitre 15 de saint Luc : les trois paraboles de la miséricorde.

3. Dieu nous demande de faire miséricorde

Écouter le Miserere de la mer (École navale).

Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux !

Lc VI, 36.

C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices !

Mt XII, 7. — Os VI, 6.

Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde !

Mt V, 7.

Par la miséricorde envers le prochain, tu ressembles à Dieu !

Basile le Grand.

- Si Dieu est miséricorde, s’il nous accorde sans cesse sa miséricorde, il  nous demande à notre tour de « faire miséricorde ».

- Le pape François nous a rappelé l’importance des « œuvres de miséricorde », appelées au fil du temps « les œuvres », « les bonnes œuvres » ou « les bonnes actions » (pour un scout, faire sa B.A. ; rien de péjoratif).

Cf. article de La Croix qui commente un tableau du Caravage réalisé pour une église de Naples en 1606. C’est après le concile de Trente, qui a débattu du problème de « la foi et des œuvres » posé par la Réforme : le chapitre XVI du décret sur la justification (6e session) et les 33 canons qui suivent expriment la doctrine authentique de l’Église fondée sur la parole de Dieu (« Vous le constatez : l’homme devient juste à cause de ses actes, et pas seulement par sa foi. (…) En effet, comme le corps qui ne respire plus est mort, la foi qui n’agit pas est morte », Jc II, 24, 26).

« Les bonnes œuvres contribuent à la justification et n’en sont pas seulement le fruit », « les bonnes œuvres ne sont pas entachées de péché ». Cf. la doctrine de Luther : « tout est mauvais dans l’homme » ; cf. hymne Veni Sancte Spiritus (XIIIe siècle) : sine tuo numine, nihil est in homine, nihil est innoxium, « Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti » (traduction protestante : « Sans ta force, il n’est plus rien / Qui soit bon dans les humains / Rien de pur, tout serait vain »). Pas très « catholique » : ce serait remettre en cause la bonté de la création !

- Le tableau du Caravage est un prolongement imagé de cette doctrine sur les « œuvres corporelles », bienvenues dans la Naples très pauvre du temps. L’Église y pratique les œuvres de miséricorde évangélique, comme en France à la même époque (hôpitaux, saint Vincent de Paul…).

- Les 7 + 7 œuvres de miséricorde :

J’ai un grand désir que le peuple chrétien réfléchisse durant le Jubilé sur les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles… La prédication de Jésus nous dresse le tableau de ces œuvres de miséricorde, pour que nous puissions comprendre si nous vivons, oui ou non, comme ses disciples. Redécouvrons les œuvres de miséricorde corporelles : donner à manger aux affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, accueillir les étrangers, assister les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts. Et n’oublions pas les œuvres de miséricorde spirituelles : conseiller ceux qui sont dans le doute, instruire les ignorants, exhorter les pécheurs, consoler les affligés, pardonner les offenses, supporter patiemment les défauts des autres, prier Dieu pour les vivants et pour les morts.

Bulle d’indiction du jubilé Misericordiæ vultus, 15.

Nous avons peut-être pour notre carême choisi l’une ou l’autre de ces « œuvres », ou les quatorze ! Non seulement parce qu’elles contribuent à notre justification et à notre salut (doctrine de Trente), mais parce qu’elles manifestent la miséricorde de Dieu, qui a besoin de nos mains et de nos cœurs pour répandre sa miséricorde.

Dieu s’est mis dans le cas d’avoir besoin de nous. Quelle imprudence. Quelle confiance.

Charles Péguy.
Le Porche du mystère de la deuxième vertu (éd. Pléiade, p. 616).

Nous sommes au cœur de la foi catholique : « Dieu a besoin des hommes » (rejeté par l’islam : ce serait une offense faite à Dieu de prétendre agir à sa place ; les bonnes actions en islam ne sont que l’exécution des préceptes de la loi : « les bonnes œuvres consistent dans des actions conformes à la charia et accomplies en toute sincérité pour plaire au Maître béni et très-haut »).

C’est par nos cœurs que Dieu aime, par nos mains qu’il panse les plaies, nourrit les affamés, console les affligés. Pratiquer les « œuvres », c’est en quelque sorte s’identifier à Jésus, de même que Jésus s’identifie à ceux qui bénéficient de notre miséricorde (« Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait », Mt XXV, 40).

Seigneur, quand je rencontre mon frère,
Que je croise son regard,
Pour que mon jugement reste dans ta lumière,
Oh, donne-moi tes yeux, ô Jésus.

Seigneur, quand je rencontre mon frère,
Et qu’il porte son chagrin,
Pour que mon amitié console sa misère,
Oh, donne-moi tes mains, ô Jésus.

Seigneur, quand je rencontre la haine
Qui me barre le chemin,
Pour que mon cœur humain soit plus fort que ma peine,
Oh, donne-moi ton cœur, ô Jésus.

Seigneur, quand je suis seul sur la terre,
Isolé parmi les miens,
Pour que demeure en moi ta paisible lumière,
Donne-moi ton amour, ô Jésus.

Negro-spiritual de John Littleton.

Pour tous, le carême de cette année jubilaire est donc un temps favorable qui permet finalement de sortir de notre aliénation existentielle grâce à l’écoute de la Parole et aux œuvres de miséricorde. Si, à travers les œuvres corporelles, nous touchons la chair du Christ dans nos frères et nos sœurs qui ont besoin d’être nourris, vêtus, hébergés, visités, les œuvres spirituelles, quant à elles — conseiller, enseigner, pardonner, avertir, prier —, touchent plus directement notre condition de pécheurs. C’est pourquoi les œuvres corporelles et les œuvres spirituelles ne doivent jamais être séparées. En effet, c’est justement en touchant la chair de Jésus crucifié dans le plus nécessiteux que le pécheur peut recevoir en don la conscience de ne se savoir lui-même rien d’autre qu’un pauvre mendiant. Grâce à cette voie, « les hommes au cœur superbe », « les puissants » et « les riches », dont parle le Magnificat, ont la possibilité de reconnaître qu’ils sont, eux aussi, aimés de façon imméritée par le Christ crucifié, mort et ressuscité également pour eux.

Message du pape François pour le carême 2016, 3.

Heureux les miséricordieux, on leur fera miséricorde (Mt V, 7). Cette béatitude n’est pas la moindre. Heureux qui prend souci du pauvre et du chétif… Que la nuit ninterrompe pas les effets de votre dévouement. Ne dites pas : Reviens demain et je te donnerai (Pr III, 28). Quil ny ait point dintervalle entre lélan de votre cœur et vos actes. Seule la charité ne tolère aucun délai [Devise de Mgr Rhodain, fondateur de Caritas : « charité na pas dheure »]. Partage ton pain avec laffamé, héberge le sans-abri (Is LVIII, 7), et fais-le de bon cœur. Que la joie illumine ta miséricorde (Rm XII, 8).

Votre empressement double la valeur de votre bienfait. Un don chagrin ou forcé perd son éclat et son mérite. Ne rechignons pas en faisant l’aumône, mais donnons le cœur joyeux. Si tu romps les chaînes, si tu secoues le joug (Is LVIII, 6) de ton avarice et de ta méfiance, si tu cesses dhésiter ou de murmurer, quarrivera-t-il ? Oh ! Ladmirable grâce ! Oh ! La grande et belle récompense ! Votre lumière poindra comme laurore, et votre guérison apparaîtra vite (Is LVIII, 8). Et qui ne désire la lumière ni la santé ?

Mais vous imaginez-vous que la charité ne soit pas obligatoire, mais libre ?

Qu’elle soit un conseil et non une loi absolue ? Je le voudrais bien, moi aussi, et le croirais volontiers. Mais la main gauche de Dieu mépouvante, ainsi que les boucs et tous les reproches quil leur adressera, non point parce quils ont dérobé le bien dautrui ni parce quils ont pillé des temples, commis des adultères, perpétré dautres crimes, mais parce quils ont négligé le Christ en la personne des pauvres.

Si vous voulez men croire, vous qui êtes serviteurs du Christ, ses frères et ses cohéritiers, tant quil nest pas trop tard, prêtez assistance au Christ, secourez le Christ, nourrissez le Christ, revêtez le Christ, accueillez le Christ, honorez le Christ.

Saint Grégoire de Nazianze, au IVe siècle.
Homélie citée à l’office des lectures de la 3e semaine de carême.

Cest ce que nous faisons comme chevaliers de l’Ordre en venant en aide à l’Église en Terre sainte.

- Dans la prière personnelle, méditons de nouveau la béatitude de la miséricorde, préparons-nous au sacrement de la réconciliation : « Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde. »

Avec le pape François, en ce samedi, jour de Marie :

Que notre pensée se tourne vers la Mère de la Miséricorde. Que la douceur de son regard nous accompagne en cette année sainte, afin que tous puissent redécouvrir la joie de la tendresse de Dieu. Personne n’a connu comme Marie la profondeur du mystère de Dieu fait homme. Sa vie entière fut modelée par la présence de la miséricorde faite chair. La Mère du Crucifié ressuscité est entrée dans le sanctuaire de la miséricorde divine en participant intimement au mystère de son amour.

Misericordiæ vultus, 24.

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