Cette revue de presse succincte comprend deux interviews divergentes, de Charles Enderlin et d’Élie Barnavi, à lire sur les sites respectifs.

Appel contre la violence et reconnaissance envers la vie contemplative

Cité du Vatican, 19 novembre 2014 (VIS).

Après la catéchèse, le Pape a lancé un vibrant appel afin que soit mis fin à la spirale de haine et de violence qui ensanglante la terre sainte, avec hier encore un attentat meurtrier dans une synagogue de Jérusalem. Assurant prier pour toutes les victimes de cette violence inacceptable, il en a appelé à des décisions courageuses de réconciliation: "Si bâtir la paix est difficile, vivre sans elle est un tourment!".

Israël : peut-on dissuader les terroristes en rasant leurs maisons ?

http://www.courrierinternational.com/dessin/2014/11/20/israel-peut-on-dissuader-les-terroristes-en-rasant-leurs-maisons?utm_campaign=&utm_medium=email&utm_source=Cartoons+Courrier+international

Israël peut-il décourager les terroristes en rasant leurs maisons ? C'est la question que se pose cet article du magazine américain The Atlantic, apprenant qu'en représailles aux attentats qui ont frappé Jérusalem ces dernières semaines, le gouvernement israélien avait décidé de détruire les maisons des responsables. La dissuasion est bien le motif invoqué, reposant sur "l'effet psychologique sur l'assaillant potentiel de l'idée que sa famille se retrouvera sans logis". Mais il y en a un deuxième, complète The Atlantic : "Contrebalancer l'avantage économique que l'on tire en commettant un attentat. Un exemple : pendant les trois premières années de la seconde Intifada, les familles des kamikazes et de ceux qui étaient morts dans des combats contre Israël recevaient des chèques de la part de l'ancien dictateur irakien Saddam Hussein, d'une valeur allant jusqu'à 25 000 dollars. Saddam Hussein est mort, mais les primes ont toujours cours". Cette politique était déjà appliquée lors de la seconde Intifada, au début des années 2000, qui avait fait des milliers de morts israéliens et palestiniens, et la destruction de plus de 650 logements palestiniens entre 2001 et 2005, d'après l'ONG israélienne B'Tselem. En 2005, un comité nommé par l'armée avait recommandé de mettre fin à la destruction de maisons, rappelle Ha'Aretz. Il estimait que les effets dissuasifs sur les terroristes potentiels étaient peu probants : "Les dégâts causés par ces démolitions dépassent largement les avantages car, même s'ils entraînent un certain découragement, ce sentiment est complètement éclipsé par le niveau de haine et de fureur suscité".

[MOpi] telerama.fr Charles Enderlin : “Un État palestinien n’est plus possible”

La ville de Jérusalem est sous tension après l’attentat du 18 novembre 2014 contre une synagogue. Le reporter Charles Enderlin y réside depuis quarante ans. Son regard sur ce nouvel accès de violence est bien sombre.

Comment la presse israélienne a-t-elle rendu compte du massacre de la synagogue ?

Toutes les télés ont montré l'horreur, les obsèques, le fait qu'on se retrouve avec 25 orphelins dans une même rue d’un quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem. Cela suscite un choc chez les Israéliens, la peur. Mais les commentateurs de la presse écrite tentent de garder une distance. Surtout, le chef du Shin Beth, la sécurité intérieure, a contredit le premier ministre, Benyamin Netanyahou, qui ne cesse d'accuser Mahmoud Abbas d'inciter à la violence.

Cette « diabolisation » de Mahmoud Abbas par Benyamin Netanyahou fonctionne-t-elle ?

Oui, il y a un rejet complet des Palestiniens au sein de très larges secteurs du public israélien. Après l’attentat, les images de distribution de sucreries dans la rue par quelques islamistes à Gaza et surtout Bethléem, cela a fait des dégâts ! Alors qu'il y a chez beaucoup de Palestiniens de la gêne, et une crainte de la suite. Car pour eux, cela va signifier encore davantage de contrôles, de barrages, d'ennuis de toutes sortes.

Les violences auxquelles nous assistons en ce moment ne sont pas une Intifada, ne ressemblent en rien aux soulèvements palestiniens que l'on a connus dans le passé. Les auteurs d'attaques de ces dernières semaines n'appartenaient à aucune organisation, aucune cellule terroriste, n'obéissaient à aucune hiérarchie. C'est un palestinien père de famille qui le matin prend sa voiture et d'un coup décide de la transformer en véhicule-bélier, ou qui prend un tournevis et le plante dans le dos d'un juif religieux. Ils sont encouragés par la télé du Hamas et les réseaux sociaux islamistes qui lancent des appels au meurtre d'Israéliens et de juifs.

(...)

Pourquoi ce nouvel accès de violence ?

C’est dû à un certain nombre de facteurs. L’agitation autour de l’Esplanade des saintes mosquées provient du sionisme religieux qui a le sentiment d'avoir gagné la partie en Cisjordanie et se tourne donc vers l'Esplanade des saintes mosquées, qui est aussi l’endroit où, selon le Judaïsme, se dressait le Temple construit par Hérode il y a 2000 ans. C'est pour cela que les musulmans commencent à s'inquiéter. Il y a eu en un an quinze débats à la commission de l’intérieur de la Knesset sur le droit des juifs à prier sur le Mont du Temple.

À l'origine, le grand rabbinat avait interdit aux juifs de monter car l'emplacement exact du Saint des Saints n'était pas connu. Seul le grand prêtre avait le droit d’y pénétrer une fois par an. Mais les rabbins nationalistes religieux ont déterminé l'endroit où il se trouvait, et décrété en 2003 que non seulement il y a un droit d’y monter, mais que c'est un devoir religieux.

On n’est plus du tout dans un conflit politico-ethnique...

Non, la grande inquiétude de l'administration américaine et de certains diplomates européens, après l'attentat de la synagogue, et avec la tension autour de l'Esplanade des mosquées-Mont du temple, c'est que le conflit religieux se durcisse encore et que cela fasse tâche d'huile. Imaginez que pour venger un attentat particulièrement sanglant, des extrémistes juifs aillent porter atteinte aux mosquées de l'Esplanade, les répercussions seraient mondiales.

La question d’un État palestinien n’est donc plus du tout d’actualité ?

C'est fini ! Tout le monde sait en Israël que le processus de paix est mort. À Ramallah, lorsque je rencontre des dirigeants palestiniens, je leur demande : croyez vous que vous aurez un État, avec 380 000 colons ? Croyez-vous que les juifs vont vous donner la souveraineté sur les quartiers arabes de Jérusalem-Est, sur l'Esplanade des mosquées, qui est le troisième lieu de l'Islam, mais le seul lieu saint juif ?

Et ils me répondent : « nous savons très bien qu'on n'aura pas d'État, la Cisjordanie est devenue une peau de panthère, et il n'est plus possible de créer un État qui ait une continuité territoriale. » Mahmoud Abbas aussi en a parfaitement conscience. Il va avoir 80 ans et pense à l’héritage politique qu’il va laisser à son peuple. Quelques résolutions de l’ONU, la reconnaissance de la Palestine par le plus de pays possibles.

(…)

Alors que faire ?

Je ne sais pas. Puisqu'un État palestinien n'est plus possible, il faut chercher d'autres solutions, une sorte de confédération, une fédération de peuples... Mais c'est problématique avec un conflit religieux. 80 % des Israéliens croient aujourd'hui en Dieu, 51 % croient en la venue du Messie. La gauche séculière ne représente plus que 17 % de la population juive. Et vous avez aussi côté palestinien des virages vers la religion, l’islamisme alors que dans la région Daesh s’implante. On va vers une lente descente en enfer. Régulièrement, on a l’impression que le fond a été atteint… puis, il y en encore un !

(…)

Si un État palestinien n’est plus possible, comment construit-on l’avenir ?

La question est posée à la communauté internationale. Car le conflit au Proche-Orient, c'est un peu comme le virus Ébola : ces deux tribus, Juifs et Palestiniens, qui se bagarrent là-bas, c'est désagréable, on n'a pas envie de s'en occuper. Mais quand le virus commence à arriver en Europe, on fait semblant de commencer à s'en occuper, on vote des résolutions qui restent lettre morte…

Vous ne croyez pas à un État d’Israël plus démocratique et plus égalitaire pour tous, un État qui se doterait d’une Constitution ?

Un État binational sous une forme ou une autre ? Dans tous les cas, ça voudrait dire la fin du sionisme libéral prôné par Theodore Herzl et par la gauche sioniste des débuts. Mais on n'y est pas. Vous savez quel est le débat du moment ? Changer les Lois fondamentales pour qu'Israël ne soit plus un État « démocratique et juif » mais un État national juif, et démocratique ensuite.

De quoi parle t-on ? D'une forme de théocratie, peut-être d'une monarchie ? Et quels éléments de valeur juive on mettrait dans les lois fondamentales ? Israël n'a pas de constitution. Pas de séparation entre la synagogue et l'État. Et Benyamin Netanyahou s'est déclaré en faveur de la proposition de loi la plus extrême, il exige avant toute chose des Palestiniens qu'ils reconnaissent la nation du peuple juif. En échange de quoi, il serait prêt à un État palestinien démilitarisé, Jérusalem restant réunifiée sous la souveraineté israélienne.

Plutôt que de courir après cette chimère de deux États, la communauté internationale ne devrait-elle pas imposer à Israël de se doter d'une Constitution ?

Peut être. Mais je suis quand même journaliste, je regarde avec un profond regret ce qui s'est développé sous mes yeux, cette histoire que j'ai décrite du mieux possible. Les Palestiniens ont leur part de responsabilité dans l'échec. Bien sur, il y a eu le terrorisme palestinien qui a fait basculer l’opinion israélienne.

À l’origine, Arafat et Abbas n'auraient pas dû se lancer dans le processus d'Oslo sans obtenir le gel total de la colonisation ; la communauté internationale a laissé croitre les colonies, sans condamnation sérieuse, le département d'État, le Quai d'Orsay, ou la Chancellerie allemande, ont laissé faire. Alors maintenant on veut voter, on va peut-être reconnaître un État palestinien, même si c’est avant tout symbolique et ne change rien sur le terrain, si ce n’est renforcer le sentiment largement répandu en Israël : « Le monde est contre nous ! » Et donc… apporte de l’eau au moulin de la droite israélienne.

NDLR : interview intégrale à lire sur le site.

POT POURRI POLITIQUE sans PERIODICITE ni PRIORITE

Albert Soued et www.nuitdorient.com – N° 125 - le 25 novembre 2014

Autorité palestinienne (AP)

Fulvio Martusciello, député du Parlement européen, vient de poser à Federica Mogherini, nouveau chef des Affaires étrangères de l’Union Européenne, trois questions sur les contrôles des 450 millions qui seront versés au Hamas pour la reconstruction de Gaza, alors que ce groupe terroriste reprend ses essais de missiles et le creusement de tunnels. Comment être certain que l’argent des contribuables européens ne sera-t-il pas utilisé à d’autres fins que de reconstruire ? En décembre 2013 déjà, la Cour des Comptes européenne, n’avait pu retrouver la trace de plus de 2 milliards d’aide.

Turquie

(…)

- On assiste à une vague de destruction d'oliveraies millénaires, sous le prétexte que l'olivier est "un arbre juif" (?). Selon certains prédicateurs apocalyptiques, au jour du Jugement dernier, le seul arbre qui ne trahira pas le juif, caché derrière lui pour ne pas être occis, est l'olivier…

- La Turquie avec le Qatar sont les 2 pays sunnites qui jouent un double jeu ostentatoire sans que l'Occident ne s'en préoccupe. D'un côté, ils aident et financent le terrorisme musulman, que cela soit les groupes affiliés à al Qaeda, ou l'État islamique en Irak/Syrie.

D'un autre côté, la Turquie fait toujours partie de l'Otan et le Qatar s'empare progressivement d'une grande partie du patrimoine occidental.

Israël

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- Au milieu d'une vague de terreur à Jérusalem, provoquée aussi bien par l'annonce d'un État Islamique que par les incitations des dirigeants palestiniens et des chefs religieux dans les mosquées, comme celles du Sheikh Raed Salah, chef du Mouvement Islamique, qui a appelé à une 3ème intifada, le gouvernement s'interroge encore sur les mesures à prendre pour juguler ces menaces.

Raed Salah: "Aussi longtemps que nous serons liés aux résidents de Beit al Maqdis (Temple Saint en arabe ou Jérusalem) et à ses environs, nous continuerons à agir contre l'agression sioniste et nous ne tolérerons pas une division de la place, ni dans l'espace ni dans le temps (pour permettre aux juifs de prier sur le Mont du Temple). Nous continuerons à nous battre pour satisfaire cette interdiction essentielle à l'Islam. Le sort de l'occupation sioniste ne sera pas plus long que celui des Croisés ou des Anglais, qui furent défaits tous les deux"

- En effet, une démocratie ne peut pas survivre, si elle se plie aux exigences d'une autorité dictatoriale islamique, appuyée par un Occident faible et pusillanime. La solution de survie consiste à prendre des mesures appropriées à bon escient, comme celles proposées par Naftali Bennett pour la Judée-Samarie. Ces mesures se résument en l'annexion immédiate de la zone C et en un plan type "Marshall" pour les zones A et B, en attendant que leur sort soit déterminé (voir www.nuitdorient.com/n28113.htm & www.nuitdorient.com/n2893.htm ).

En tout cas, les controverses et les atermoiements sont perçus comme une faiblesse par l'adversaire, -- étant donné sa culture – et il en profite pour accentuer la violence, tout en montant les enchères des revendications. Des mesures efficaces et dissuasives doivent être prises par le gouvernement qui doit se dépêcher d'exprimer sa volonté en ce qui concerne l'avenir de l'État juif

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États-Unis

- Selon une étude menée par "Islamic Watch", les contributions des organisations islamiques américaines au Parti Démocrate sont 12 fois supérieures à celles octroyées au Parti Républicain.

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FJN - Fédération des Juifs Noirs de France

Sans État palestinien, l’avenir d’Israël est compromis. Par Élie Barnavi

| vendredi 21 novembre 2014

http://feujn.org/spip.php?article162

Avec 660 autres figures publiques israéliennes, vous avez adressé une lettre aux parlementaires européens appelés à se prononcer sur la reconnaissance de l’État palestinien. Une telle reconnaissance, leur dites-vous, ferait avancer la cause de la paix. Pourquoi cette démarche ?

Élie Barnavi : C’est une démarche indispensable. Bien entendu, je ne crois pas qu’un État palestinien puisse naître des seules résolutions de parlements européens. Mais cette pression politique, morale, exprimerait l’opinion générale du public en Europe, face à des gouvernements timorés, incapables de s’unir sur une position commune, et toujours à la traîne des États-Unis. Nous exerçons ou avons exercé des responsabilités en Israël, nous sommes considérés comme des patriotes… Nous voulons encourager ces parlementaires à adopter une position claire. Sans État palestinien à nos côtés, c’est l’avenir même d’Israël qui est compromis.


(…)

Quels effets concrets aurait cette reconnaissance internationale d’un État palestinien ?

Élie Barnavi : C’est une étape. Évidemment, un État palestinien viable ne sortira pas de telle ou telle déclaration. Cela se jouera sur le terrain. Une fois que l’État palestinien sera proclamé, il faudra négocier sa mise au monde, ses frontières, sa configuration, son caractère. Mais l’existence même d’un tel État bouleverserait la nature des négociations qui impliqueraient non plus une autorité improbable, mais un État reconnu par la communauté internationale. Ipso facto, cela rendrait l’occupation illégale. Elle l’est déjà, mais cela deviendrait évident aux yeux de tous. Israël serait reconnu comme occupant le territoire d’un État souverain. Cela aura des effets, même modestes. Ce n’est pas la panacée mais, dans la situation bloquée, terrible, qui est la nôtre, ce serait un premier pas. Les Palestiniens envisagent d’aller à l’ONU, de rejoindre les différentes instances internationales. Moyennant une résolution plus modérée, dont on ignore pour l’instant la teneur, les Américains pourraient, pour la première fois, ne pas imposer leur veto. Ce qui est certain, c’est que la situation actuelle n’est pas viable. Des acteurs internationaux, toujours plus nombreux, l’admettent et sont prêts à passer des mots aux actes. Le débat au Parlement français s’inscrit dans ce mouvement.


(…)

Comme diplomate, quelle leçon tirez-vous du cinglant échec du processus d’Oslo ?

Élie Barnavi : Cet échec était inévitable, tant ce processus était mal fichu. Comme outil diplomatique, il ne valait rien. Cet accord était cousu de non-dits, de questions en suspens, avec des mécanismes d’une rare complexité… Sans contrôle international, sans arbitre, le devenir de ce processus était suspendu à la bonne volonté des parties. Cette bonne volonté existait au début, chez les travaillistes au pouvoir. Mais, avec l’assassinat d’Yitzhak Rabbin et l’arrivée de Benyamin Netanyahou, c’était terminé. Côté palestinien, il y a eu des erreurs, aussi. Yasser Arafat n’aurait jamais dû accepter d’entrer dans ce processus, de venir à Gaza alors que la colonisation se poursuivait. Quant à la violence, il y a eu ses promesses formelles… avec toujours la possibilité de faire endosser à d’autres les actes de violence. En fait, le processus de paix a été d’emblée pris en otage par des extrémistes, des deux côtés, par le terrorisme d’un côté, par la colonisation de l’autre. Désormais, il faudra une autre méthode, prenant appui sur les acquis d’Oslo.

Quels acquis ?

Élie Barnavi : La reconnaissance mutuelle des deux mouvements nationaux ! C’est un acquis historique, irréversible. Ce n’était pas évident ! Pour les Palestiniens, nous n’existions pas. Pour les Israéliens, les Palestiniens n’existaient pas, ils étaient considérés comme une fraction du peuple arabe. Cette reconnaissance fut, quoi qu’on dise, un moment fondateur. Oslo a échoué, mais je ne suis pas de ceux qui disent qu’il faut jeter cet accord aux poubelles de l’histoire. Comment s’y prendre maintenant ? Il faut changer, sortir de ce triangle stérile entre Israéliens, Palestiniens et Américains. Ces derniers sont incapables d’aboutir. La position américaine est en fait très ambiguë. Depuis 1967, ils sont proches des positions arabes. Mais ils sont coincés par le lobby pro-israélien, l’American Israel Public Affairs Committee (Aipac), par les évangélistes chrétiens, par la sensibilité de leur peuple, le seul au monde qui, pour des raisons idéologiques, historiques, religieuses, voue un véritable amour au peuple d’Israël. Mais ce qu’il faudrait, c’est un peu moins d’amour et un peu plus de clairvoyance politique. Barack Obama l’a compris, mais il n’a rien su faire jusqu’ici. Il lui reste deux ans, il est libéré des échéances électorales. Il peut encore essayer d’agir. Là, les Européens peuvent jouer un rôle d’aiguillon, d’appui. Nous en avons besoin.


(…)

Les heurts récents autour de l’esplanade des Mosquées, à Jérusalem, ont mis en lumière l’influence d’extrémistes religieux guidés par une idéologie messianiste. Quel est leur poids politique ?

Elie Barnavi. Cette tendance s’est renforcée de façon continue depuis la guerre des Six-Jours. Mais le néo-sionisme messianique est en train de changer de nature. Il comptait beaucoup sur l’État et se concentrait, auparavant, sur la colonisation graduelle des territoires considérés comme appartenant à l’Israël biblique. Jérusalem tenait, elle, une place à part, pour des raisons religieuses. Le Mont du temple était interdit, justement à cause de sa sainteté. Puis il s’est dégagé au sein de ce mouvement, à partir des années 1990, une tendance apocalyptique, qui a pris de l’ampleur avec le désengagement de l’État, accusé de « trahison » pour avoir « lâché du territoire ». Ces messianistes se focalisent maintenant sur le mont du Temple, avec des rabbins du courant national-religieux prêt à faire de ce lieu le cœur même du nationalisme juif. A contrario, vous ne verrez jamais d’ultra-orthodoxes se rendre au mont du Temple, frappé à leurs yeux d’interdit religieux. Cette tendance néosioniste messianiste, apocalyptique était jadis marginale au sein de la droite religieuse. Ce n’est plus le cas. Elle devient centrale, et même elle attire de nombreux juifs séculiers de la droite nationaliste. Les libéraux, eux, affichent une indifférence complice, considérant que l’accès au Mont du Temple ne devrait pas être interdit à quiconque. Voilà comment ce lieu est devenu central dans l’expérience nationaliste du néosionisme religieux. Et ça, c’est de la dynamite à l’état pur.

NDLR : interview intégrale à lire sur le site.