Retenons :

  • le Pot-Pourri d’Albert Soued ;
  • 2017, une année pour se souvenir de trois sombres anniversaires dans l’histoire de la Palestine ;
  • la réaffirmation du soutien du CCLJ au processus de négociation entre Israéliens et Palestiniens ;
  • la mise en garde d’Abbas à Trump contre un transfert de l’ambassade américaine ;
  • Palestine : l’Europe au pied du mur ! ;
  • des sionistes anti-sémites ;
  • deux opinions sur la solution à deux États : celle de Claire Beaugrand et celle de Joseph Maïla.

Pot-Pourri politique sans périodicité ni priorité 

Albert Soued et www.nuitdorient.com – N° 181 - le 3 janvier 2017

Autorité palestinienne (AP)

- Selon le journaliste palestinien Khaled Abou Toameh, la résolution 2334 du Conseil de Sécurité va raffermir la volonté de l’AP d’en finir avec l’État d’Israël, selon les 2 voies choisies, le terrorisme et les actions de négation et de délégitimation dans les instances internationales, où l’AP peut trouver une majorité favorable à ses attitudes de victime agressée, alors qu’elle est elle-même l’agresseur.

- De source palestinienne, selon des experts de la finance et de l’économie le nombre de millionnaires est de plus de 30 000 en Cisjordanie et à Gaza. Maintenant on sait où vont les 3 milliards $/an donnés par les occidentaux. Et on comprend mieux pourquoi les Palestiniens s’acharnent à différer au maximum la création de leur État, exigeant toujours plus.

- Sondage du 13 décembre 2016, le Centre palestinien de recherche et d’enquêtes (PCPSR), dirigé par Khalil Shikaki, a publié les résultats d’un sondage d’opinion :

65% des sondés pensent que la solution à deux États n’est pas viable.

62% des sondés appuient la résistance populaire non violente.

54% des sondés n’ont pas confiance dans le nouveau leadership du Fatah. Seuls 33% sont satisfaits de l’élection d’Abbas au poste de responsable du Fatah pour cinq années supplémentaires.

64% des sondés espèrent que le Président Abbas démissionne. Si des élections présidentielles avaient lieu entre trois candidats, Mahmoud Abbas, Marwan Barghouti et Ismail Haniyeh, Abbas recevrait 24% des votes, Barghouti 39% et Haniyeh 33%.

Au sujet du soutien apporté par l’Autorité Palestinienne à Israël durant la récente vague d’incendies, 58% des sondés pensent qu’il s’agit d’une mesure appropriée.

(…)

Israël

La résolution 2334 du Conseil de Sécurité de l’Onu, bien que non contraignante, et le discours de J Kerry qui vitupère contre la seule démocratie du Moyen-Orient vont torpiller tout espoir de négociation et de paix au Moyen-Orient. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils enlèvent à Israël son dernier atout de négociation (les implantations) et donnent à l’Autorité palestinienne toute possibilité d’intervention -- gagnante à tous les coups-- auprès d’instances internationales. Dans ces conditions, qu’ont-ils à gagner, les Palestiniens, dans des négociations ?

Par conséquent, le premier ministre israélien, -- devant l’impasse où l’ont mis les États-Unis, en lui enlevant tout atout pour négocier avec les Arabes, -- devrait tirer les conclusions : abandonner une fois pour toutes la solution à 2 États et suivre le programme de Bennett annoncé depuis longtemps, annexer tout ou partie de la Judée/Samarie.

La solution illusoire de créer un 23e État arabe en Palestine est « caduque », comme disait feu Arafat. Car personne ne se fait aucune illusion sur les intentions de cet État qui suivra la voie du Hamas, c’est à dire la terreur.

Le ministre Erdan : « Il est pathétique de présenter à la dernière minute un plan de paix, alors que pendant 8 ans, le président Obama s’est abstenu de faire la moindre proposition… Il est malheureux qu’ayant échoué pendant des années au Moyen-Orient, son administration cherche à s’assurer que le chaos qu’elle a créé continuera après son départ… De plus le discours de Kerry a pour but de donner des gages aux Palestiniens et de s’assurer qu’ils n’accepteront jamais de négocier avec Israël dans les prochaines années… »

États-Unis

(…)

- Selon la journaliste Caroline Glick, la manœuvre d’Obama de ne pas accorder son veto à la résolution 2334 a pour but, au-delà des implantations, de miner la politique américaine au Moyen-Orient et d’amoindrir encore plus le leadership de l’Amérique.

France

Meyer-Habib, député des Français de l’étranger : « Ainsi, après avoir livré l’Irak à un chaos infernal, après avoir cédé aux Mollahs iraniens sur le nucléaire, après s’être écrasé devant le Boucher de Damas qui a massacré et gazé près d’un demi-million de civils syriens, les masques sont tombés et Obama a sournoisement abandonné à l’ONU, Israël, son allié le plus proche au Moyen-Orient, unique démocratie de la région qui partage nos valeurs et protège ses minorités.Ce vote est aussi particulièrement inélégant envers son successeur Donald Trump, qui prendra officiellement ses fonctions le 20 janvier prochain. Cette ultime lâcheté restera devant l’Histoire comme le symbole de l’échec total de l’administration Obama au Moyen-Orient.

Ses renoncements ont renforcé les pires tyrans du monde, n’en déplaise à Obama, n’en déplaise au Quai d’Orsay : jamais un Juif ne sera colon sur sa terre ancestrale, jamais il ne sera étranger à Jérusalem, en Judée ou en Samarie !Le Conseil de sécurité peut maintenant se concentrer à nouveau sur ses priorités absolues : ne rien faire en Syrie, ne rien faire pour les Chrétiens d’Orient qui disparaissent dans un silence assourdissant, ne rien faire pour le Yémen, ne rien faire pour le Soudan… »

(…)

Occident

L’engouement pour les citoyens d’un État fantôme des technocrates internationaux et des élites occidentales, au détriment du seul État démocratique du Moyen-Orient, semble relever d’une ignorance de la situation sur le terrain, d’une corruption "qatarisée", d’une soumission à l’Islam ou d’un antisémitisme latent.

2017, une année pour se souvenir de trois sombres anniversaires dans l’histoire de la Palestine

Richard Falk, Middle East Eye, lundi 2 janvier 2017

Les Palestiniens semblent un peu plus chaque jour voués à se soumettre ou, tout au mieux, à devenir des citoyens de deuxième zone sur leurs terres natales. L’expansionnisme israélien, combiné au soutien inconditionnel affiché par les États-Unis et à l’impuissance des Nations-unies ne laissent entrevoir que des perspectives moroses quant à l’autodétermination du peuple palestinien et à une paix négociée qui prendrait à la fois en compte les droits et les attentes des Palestiniens et des Juifs.

Le fait de commémorer, en 2017, trois anniversaires majeurs pourrait nous aider à mieux comprendre l’histoire douloureuse du peuple palestinien au cours de ces 100 dernières années.

(…)

Jusqu’à aujourd’hui, ni les Nations unies, ni les voies de recours diplomatiques traditionnelles n’ont semblé avoir un poids suffisant pour agir sur les forces sociales et politiques qui sont au cœur de la lutte palestinienne. Seules la résistance pacifiste des Palestiniens face aux épreuves qu’ils traversent depuis de nombreuses années et l’activisme de la société civile à l’échelle internationale semblent avoir la capacité d’agir positivement sur le statu quo et de leur permettre de garder espoir.

1917

Le 2 novembre 1917, le ministre britannique des Affaires étrangères, Arthur Balfour, a adressé une lettre ouverte au baron Lionel Rothschild, l’un des plus ardents défenseurs de la cause sioniste au Royaume-Uni, afin d’exprimer son soutien quant aux aspirations du mouvement. Le message est le suivant :

« Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays. »

Un premier questionnement est immédiatement soulevé par cette lettre : qu’est-ce qui a poussé le Royaume-Uni à prendre une telle initiative au beau milieu de la Première Guerre mondiale ? L’explication la plus spontanée est que la guerre ne se déroulait pas bien, ce qui a poussé les dirigeants britanniques à croire et à espérer que le fait de se rallier au mouvement sioniste inciterait les Juifs des quatre coins de l’Europe, en particulier en Russie et en Allemagne, à soutenir la cause des alliés.

Une seconde motivation consistait à servir les intérêts britanniques en Palestine que Lloyd George, alors Premier ministre, considéraient comme stratégiquement essentiels afin de protéger la route commerciale terrestre vers l’Inde et de garantir l’accès au Canal de Suez.

La Déclaration Balfour a fait l’objet de nombreuses controverses dès le jour de sa publication et ce, même au sein de la communauté juive. Le fait que le ministère britannique des Affaires étrangères se prononce en faveur d’un tel engagement constituait une initiative purement colonialiste qui ne traduisait pas la moindre volonté de prendre en compte les sentiments de la population, essentiellement arabe, vivant en Palestine à cette époque (les Juifs représentaient moins de 10 % de la population en 1917), ni le soutien international croissant affiché quant au droit à l’auto-détermination de tous les peuples.

L’opposition des Juifs face à Balfour

À l’initiative d’Edward Montagu, alors secrétaire d’État à l’Inde, d’éminents Juifs ont exprimé leur opposition à la déclaration, craignant qu’elle ne fasse naître un sentiment antisémite, en particulier dans les villes d’Europe et d’Amérique du Nord.

Le peuple arabe s’est par ailleurs senti trahi par l’initiative de Balfour car elle venait briser la promesse qui lui avait été faite d’obtenir son indépendance politique à l’issue de la guerre en contrepartie de son engagement dans les combats contre la Turquie. Elle présageait en outre de difficultés à venir du fait de la promotion, par la population sioniste, de l’immigration juive en Palestine face à la résistance de la population arabe indigène.

Il convient de signaler que même les dirigeants sionistes n’étaient pas pleinement satisfaits de la Déclaration Balfour. Son contenu laissait planer un certain nombre d’ambiguïtés délibérées. Les sionistes auraient par exemple préféré l’utilisation du déterminant « le » plutôt que « un » devant l’expression « foyer national ». Aussi, la promesse de protéger le statu quo des collectivités non juives était perçue comme une source de conflits dans le futur, même si cette déclaration de responsabilité colonialiste n’a au final jamais été suivie d’effets.

(…)

Il est bon de se souvenir de la Déclaration Balfour car elle témoigne de la transformation d’une simple ambition coloniale en un sentiment de responsabilité et une empathie humanitaire vis-à-vis du sort des Juifs d’Europe au sortir de la Seconde Guerre mondiale, alors qu’elle plongeait la population palestinienne dans un cauchemar sans fin qui lui offrait la déception et l’oppression comme seules perspectives d’avenir.

1947

À l’issue de la Seconde guerre mondiale, alors que le conflit palestinien atteignait des sommets et que l’Empire britannique se trouvait en mauvaise posture, le Royaume-Uni a fait le choix de renoncer à son mandat sur la Palestine et de laisser aux Nations-unies, qui n’en étaient alors qu’à leurs balbutiements, le soin de décider du sort du pays.

Les Nations-unies ont mis en place un groupe de haut niveau qui avait pour objectif d’élaborer une proposition, laquelle s’est traduite par un ensemble de recommandations débouchant sur la division de la Palestine en deux États : un État juif et un État arabe. Jérusalem a été placée sous contrôle international : la population juive, tout comme la population arabe ne pouvaient y exercer leur autorité dirigeante, pas plus qu’elles n’étaient en droit de revendiquer la ville au nom de l’appartenance à une identité nationale. Le rapport des Nations-unies a été adopté en tant que proposition officielle par le vote de la résolution 181 de l’Assemblée générale.

Le mouvement sioniste a accepté la résolution 181, tandis que les gouvernements arabes et les représentants du peuple palestinien l’ont rejetée, affirmant qu’elle allait à l’encontre de leur droit à l’autodétermination et qu’elle était totalement injuste. À cette époque, les Juifs représentaient moins de 35 % de la population et se voyaient attribuer plus de 55 % du territoire palestinien.

Comme l’on pouvait s’y attendre, une guerre a éclaté et les armées des pays arabes voisins qui s’étaient engagés dans le conflit en Palestine ont été vaincues par les milices sionistes, particulièrement bien formées et armées. Israël a remporté la guerre ; ayant dépossédé plus de 700 000 palestiniens et détruit plusieurs centaines de villages palestiniens, son territoire s’étendait sur 78 % de la Palestine au moment de la signature de l’armistice. Cette période marque les heures les plus sombres de l’histoire de la Palestine, et reste connue sous le nom de nakba, ou catastrophe.

1967

Le troisième anniversaire de l’année 2017 est associé à la guerre de 1967 qui a vu, une nouvelle fois, la défaite des armées des pays arabes voisins de la Palestine, ainsi que l’occupation par Israël de la totalité du pays, y compris de la ville de Jérusalem et de la bande de Gaza.

Le partenaire stratégique des États-Unis

La victoire israélienne a changé considérablement la donne. Autrefois perçu comme un fardeau stratégique, Israël a subitement été reconnu par les États-Unis comme un partenaire stratégique en droit de bénéficier d’un soutien géopolitique inconditionnel. En date du 22 novembre 1967, le Conseil de sécurité des Nations-Unies a décidé de manière unanime, par le vote de la célèbre résolution 242, que le retrait des forces israéliennes devait faire l’objet de négociations et que certaines frontières devaient être redessinées après accord des pays concernés, afin de parvenir à un accord de paix reposant notamment sur une résolution équitable du différend concernant les réfugiés palestiniens vivant dans toute la région.

Au cours des 50 années qui ont suivi, la résolution 242 n’a jamais été mise en œuvre. Bien au contraire, Israël a continué d’agrandir le territoire palestinien occupé en établissant des colonies et en construisant des infrastructures, à tel point qu’aujourd’hui, peu de personnes estiment qu’une coexistence entre un État palestinien indépendant et Israël est encore possible ou souhaitable.

Ces anniversaires marquent trois étapes à l’origine de la détérioration de la situation en Palestine. Ils témoignent également de l’incapacité des Nations unies et de la diplomatie internationale à résoudre le problème du partage du territoire entre Palestiniens et Juifs.

Il est désormais trop tard pour inverser complètement ces tendances fermement ancrées dans l’histoire. Tout le défi est aujourd’hui de trouver une alternative permettant à ces deux peuples de vivre, d’une manière ou d’une autre, soit ensemble soit au sein de communautés politiques distinctes.

Espérons qu’une solution satisfaisante puisse être trouvée avant qu’un nouvel anniversaire n’attire notre attention.

Richard Falk est un spécialiste en droit international et relations internationales qui a enseigné à l’université de Princeton pendant 40 ans. En 2008, il a été nommé par l’ONU pour un mandat de six ans en tant que Rapporteur spécial sur les droits de l’homme dans les territoires palestiniens.

Le CCLJ réaffirme son soutien au processus de négociation entre Israéliens et Palestiniens pour une solution de paix à deux États

Mercredi 28 décembre 2016

À la veille de Hanoucca, fête des lumières qui célèbre la victoire sur l’obscurantisme, le CCLJ accueille favorablement le vote du conseil de sécurité de l’ONU qui condamne l’occupation et la colonisation israélienne.

La résolution appelle au gel immédiat de la croissance des colonies existantes et au démantèlement des nouvelles implantations. Elle condamne tous les actes de violence à l’égard des civils des deux camps. Ce qui inclut les actes terroristes palestiniens.

Le statu quo actuel conduit à un État binational qui serait contraire à l’idéal sioniste tel que Herzl et tout le mouvement sioniste l’ont défini il y a 120 ans.

À la veille de 2017 où nous célébrerons les dates symboliques de la réalisation sioniste (1897,1917,1947,1967), le CCLJ réaffirme sa vision d’un Israël juif et démocratique à côté d’une Palestine viable. Les deux États coexistant dans des frontières sûres, négociées et internationalement reconnues.

Abbas met en garde Trump contre un transfert de l’ambassade américaine

L’Orient le Jour avec AFP, samedi 7 janvier 2017

Le président palestinien Mahmoud Abbas a prévenu vendredi le président élu Donald Trump que le déménagement de l’ambassade des États-Unis en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem représentait une "ligne rouge" et que les Palestiniens ne l’accepteraient pas.

"Toute déclaration ou prise de position qui remet en cause ou modifie le statut de Jérusalem est une ligne rouge, et nous ne l’accepterons pas", a dit M. Abbas selon le texte publié par l’agence palestinienne Wafa d’un discours qu’il devait prononcer à Beit-Sahour près de Bethléem, en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël.

Si l’ambassade est déplacée à Jérusalem, "le processus de paix au Moyen-Orient, et même dans le monde, en subira les graves conséquences", a dit M. Abbas qui a cependant invité M. Trump à venir en visite dans les Territoires palestiniens.

M. Trump a promis pendant sa campagne de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël et de déplacer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Il romprait ainsi avec la politique historique des États-Unis qui est aussi celle de la très grande majorité de la communauté internationale.

Le statut de Jérusalem est l’une des questions les plus épineuses d’un règlement du conflit israélo-palestinien qui se fait toujours attendre. Israël proclame tout Jérusalem sa capitale indivisible, y compris Jérusalem-Est, la partie majoritairement palestinienne de la ville, qu’Israël occupe depuis 1967 et qu’il a depuis annexée. Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est la capitale de l’État auquel ils aspirent.

M. Trump a nommé en décembre comme futur ambassadeur en Israël David Friedman qui, aussitôt désigné, a dit avoir hâte de remplir sa mission "dans la capitale éternelle d’Israël, Jérusalem". Le déménagement de l’ambassade est une "très grosse priorité" de M. Trump, a dit en décembre une proche conseillère du président élu, Kellyanne Conway, citée dans les médias.

Palestine : l’Europe au pied du mur !

Contre toute attente, la cause palestinienne vient d’être propulsée au rang des priorités sur l’agenda diplomatique international !

Francis Wurtz, L’Humanité Dimanche, dimanche 8 janvier 2017

Le vote de la résolution 2334 du Conseil de Sécurité de l’ONU, le 23 décembre dernier, exigeant d’Israël d’arrêter « immédiatement et complètement » la colonisation des territoires palestiniens, est, dans le contexte abominable où se situe aujourd’hui le conflit du Proche-Orient, une chance inespérée : celle de pouvoir s’appuyer sur le droit international, désormais gravé dans le marbre, pour agir. Le fait que Washington ait enfin renoncé à opposer son veto à la condamnation officielle de la colonisation, rompant ainsi avec une pratique vieille de près de quarante ans, met plus que jamais en pleine lumière l’isolement international de Tel-Aviv dans son torpillage systématique de toute perspective de création d’un État palestinien viable et acceptable. Dans cette situation inédite, toute initiative pour une paix juste au Proche-Orient acquiert une dimension nouvelle : c’est le cas de la Conférence internationale sur le conflit israélo-palestinien qui se tiendra à Paris à la mi-janvier (…)

Certes, en elle-même, une résolution ne règle rien. Certes, le fait que le Président Obama ait attendu la veille de son départ de la Maison Blanche pour prendre une position que l’on attendait de lui dès le début de son premier mandat retire une grande partie de son effet à ce type de texte. Certes, Israël a aujourd’hui le gouvernement le plus ultra de son histoire et le plus hostile à des négociations sérieuses. Lourde est, à cet égard, la responsabilité de tous ceux qui -de part et d’autre de l’Atlantique- ont encouragé cette dérive désastreuse : malgré l’annexion de Jérusalem-Est, l’installation progressive de 590 000 colons [1] dans les territoires palestiniens occupés, la construction du mur, les massacres de Gaza, les arrestations de résistants ou les assassinats ciblés…, ils ont garanti l’impunité aux dirigeants israéliens successifs et accordé des aides colossales, y compris militaires, à leur gouvernement, fût-il peuplé de racistes assumés et de va-t-en guerre d’extrême droite. Leur réveil est assurément tardif (…)

Raison de plus pour mettre coûte que coûte à profit le consensus arraché in extremis au plus haut niveau des Nations-Unies afin favoriser un sursaut devant l’abîme ! En particulier l’Union européenne -comme telle ainsi qu’à travers chacun de ses gouvernements- doit être mise devant ses responsabilités ! [2] Nul ne lui demande de se montrer anti-israélienne (le « camp de la paix » en Israël soutient d’ailleurs la résolution de l’ONU) ni pro-palestinienne : il s’agit simplement de se mettre au service du droit international qui vient d’être solennellement réaffirmé et qu’il n’est au pouvoir de personne, pas même de Donald Trump, d’effacer ! Si l’équipe de M. Nétanyahou continue de témoigner son mépris à l’égard des exigences du droit international, réaffirmées comme jamais, la seule issue sera que d’innombrables voix s’élèvent pour demander que soit appliqué au régime d’occupation israélien la même mesure d’exception qui finit jadis par être imposée -avec succès !- au régime d’apartheid sud-africain : des sanctions économiques, cette mesure ultime, ainsi qu’une saisine du Tribunal pénal international ! L’Union européenne cherche à jouer un rôle dans le monde ? La voici au pied du mur.

[1] Chiffre cité par l’ambassadrice des États-Unis à l’ONU elle-même !

[2] L’UE est le 1er partenaire commercial d’Israël. Elle finance en outre nombre de programmes israéliens comme la recherche-développement dans les hautes technologies.

Des sionistes anti-sémites

Uri Avnery, dimanche 8 janvier 2017

Le Conseil de Sécurité, comme la Knesset, n’a pas l’habitude d’applaudir ou de se livrer à toute autre manifestation spontanée. Et voilà qu’ils battaient des mains comme des enfants venant de recevoir leur cadeau de Noël.

(…)

Les délégués étaient au comble de la joie. Ils venaient de réaliser quelque chose qu’ils n’avaient pas pu réaliser pendant des années : la condamnation d’une violation flagrante du droit international par le gouvernement d’Israël.

Les présidents successifs des États-Unis avaient fait usage de leur pouvoir de véto anachronique pour empêcher les Nations unies de faire leur devoir. Le président Barack Obama, à la toute fin de sa présidence, a osé défier le gouvernement de Benjamin Nétanyahou, qu’il déteste de tout son cœur.

Et ainsi, après des années de frustration, la plus haute instance internationale put adopter une résolution sur Israël conforme à ses convictions. Rien d’étonnant à ce que ses membres se soient comportés comme des écoliers libérés pour les vacances. Des vacances qui pourraient bien, hélas, s’avérer courtes.

À PREMIÈRE VUE, la joie était excessive. La résolution n’avait presque aucune signification pratique. Elle était sans moyens. Nétanyahou pourrait reprendre le vieil adage oriental : ‟les chiens aboient, la caravane passe.”

Mais la réaction immédiate de Nétanyahou fut très différente. (…) il a rappelé ses ambassadeurs au Sénégal et en Nouvelle Zélande (des pays traditionnellement amis), annulé des visites d’hommes d’État étrangers, convoqué des ambassadeurs étrangers, pour leur passer un savon le jour de Noël, lancé des insultes, et surtout dénigré le président Obama.

C’était évidemment une chose stupide. Le président a encore 21 jours d’exercice, 21 longs jours pour blesser Nétanyahou. Il pourrait par exemple permettre l’adoption d’une résolution irrévocable des Nations unies pour la reconnaissance de l’État de Palestine comme membre à part entière des Nations unies. En ce moment, l’ensemble de l’Israël officiel est dans un état de panique en pensant à un tel changement.

(…)

Mais la conduite de Nétanyahou peut ne pas être aussi stupide qu’elle paraît. En réalité, elle peut être tout à fait habile. Cela dépend de son objectif.

Comme stratégie diplomatique, c’est désastreux. Mais comme stratégie pour gagner les élections c’est assez judicieux. (…)

Pour une raison ou pour une autre, des Juifs se réjouissent d’une condamnation par le monde entier. Cela confirme ce que nous avons toujours connu : que toutes les nations nous haïssent. Cela prouve notre particularité et notre supériorité. Cela n’a rien à voir avec notre propre comportement, Dieu merci. C’est tout simplement du pur antisémitisme.

Nétanyahou est parti pour mettre ses pas dans ceux de Golda. La vieille dame baisse maintenant les yeux sur lui depuis le ciel (ou les lève vers lui depuis ailleurs ?) jalousement.

LE SIONISME ÉTAIT supposé libérer Israël de ces vieux complexes juifs. Nous étions supposés devenir une nation normale, des Israéliens au lieu de Juifs ‟exilés”, admirés par les autres nations. Il semble que nous n’y soyons pas vraiment arrivés.

Mais il y a un grand espoir. En fait un espoir gigantesque. Il a un nom : Donald Trump. Il a déjà tweeté qu’après sa prise de pouvoir, tout changera par rapport aux Nations Unies. Mais sera-ce le cas ? Quelqu’un – y compris lui-même – sait-il réellement ce qu’il a en tête ? Nétanyahu peut-il en être tout à fait sûr ?

Certes il envoie un sioniste Américain juif d’ultra-droite enragé comme ambassadeur à Tel-Aviv (ou à Jérusalem, nous verrons.) Un individu tellement à droite qu’il fait ressembler Nétanyahou lui-même à un homme de gauche.

Mais dans le même temps Trump a choisi pour son assistant le plus proche un raciste blanc radical plein de références antisémites.

Peut-être, comme certains le pensent, cela dépend-il entièrement de l’humeur de Trump. Qui sait quelle sera son humeur le matin du premier vote important aux Nations unies sur Israël ? Sera-t-il Trump le sioniste ou Trump l’antisémite ? EN RÉALITÉ IL peut être l’un et l’autre. Sans aucun problème.

L’objectif avoué du sionisme est de rassembler tous les Juifs du monde dans l’État juif. L’objectif avoué des antisémites est d’expulser les Juifs de tous leurs pays. De chaque côté on veut la même chose. Pas de conflit.

Theodor Hertzl, le père fondateur du sionisme, l’a reconnu dès le début. Il se rendit dans la Russie tsariste qui était gouvernée par des antisémites pour proposer un marché : nous vous prenons les Juifs, vous nous aidez à les convaincre de partir. Cela se passait en pleine époque des pogroms meurtriers. Mais les Juifs qui quittèrent la Russie allèrent en masse en Amérique, très peu en Palestine sous autorité ottomane.

Ce ne fut pas un épisode unique. Tout au long de l’histoire sioniste, il y eut de nombreuses tentatives pour appeler des antisémites à aider à la réalisation du projet sioniste.

(…)

EN 1939, quand le danger nazi devint évident, le dirigeant sioniste extrémiste Vladimir (Ze’ev) Jabotinsky convoqua une rencontre de ses partisans en Pologne. Les dirigeants de l’Irgoun clandestin en Palestine y participèrent. L’un d’eux était Abraham Stern, dont le nom de guerre était Ya’ir. La rencontre décida d’approcher les dirigeants antisémites de l’armée polonaise pour leur proposer un marché : vous armez et formez de jeunes Juifs polonais et nous libérerons la Palestine et y transférerons les Juifs polonais. Les commandants acceptèrent et des camps d’entrainement furent créés en Pologne. La Seconde Guerre mondiale mit un terme au projet.

Quand la guerre éclata, Jabotinsky, anglophile passionné malgré tout, donna à l’Irgoun l’ordre d’arrêter ce genre d’actions pour coopérer avec les Britanniques. Stern proposa la démarche opposée. Son credo était : notre ennemi c’est la Grande Bretagne. La guerre nous fournit l’occasion de les expulser. L’ennemi de notre ennemi est notre ami, Adolf Hitler est un antisémite mais, pour le moment, il est notre allié potentiel. L’approche de Stern causa une division dans l’Irgoun. Un vif débat éclata dans toutes les cellules secrètes. En tant que membre âgé de 16 ans j’y pris part. Étant réfugié de l’Allemagne nazie, je rejetai la thèse de Stern.

Stern constitua son propre groupe (appelé plus tard Lehi, initiales hébraïques de Liberté d’Israël, connu également comme le ‟groupe Stern”.) Il dépêcha en Turquie neutre un émissaire qui remit à l’ambassadeur allemand une lettre pour ‟Mr Hitler”, proposant sa coopération. Le Führer ne répondit pas. Cela se passa, bien sûr, avant l’Holocauste.

Stern fut arrêté par les Britanniques et ‟abattu alors qu’il tentait de s’enfuir”. Quand la guerre prit fin, et que la Russie soviétique devint l’ennemi de la Grande Bretagne et de l’Occident, les héritiers de Stern approchèrent Staline pour lui offrir leur collaboration. Staline dont l’antisémitisme devenait plus prononcé à l’époque, ignora la proposition.

Pendant la guerre, l’un des architectes de l’Holocauste fut Adolf Eichmann, (…) À Budapest il prit contact avec un groupe de sionistes dirigé par Israel Kastner avec lequel il passa un marché. Dans un geste de bonne volonté il l’autorisa à envoyer quelques centaines de Juifs en Suisse neutre. Eichmann dépêcha un membre du groupe, Yoel Brand, à Istamboul, porteur d’une proposition insensée à la direction sioniste de Jérusalem : si les alliés fournissaient un millier de camions aux nazis, la déportation des Juifs hongrois serait arrêtée. Contrairement aux instructions reçues, Brand traversa la frontière de la Syrie occupée par les Britanniques et se fit arrêter par eux. La déportation des Juifs hongrois – dix mille par jour – se poursuivit.

Quel était le dessein des nazis dans cette affaire bizarre ? Ma propre théorie c’est que Heinrich Himmler était déjà déterminé à détrôner Hitler pour conclure une paix séparée avec les alliés occidentaux. Eichmann servit son projet (…)

Mahmoud Abbas, par ailleurs, lors de ses études à l’université de Moscou, rédigea sa thèse de doctorat sur la collaboration nazi-sioniste.

EST-IL possible que l’on trouve aujourd’hui chez les assistants de Trump à la fois des sionistes enragés et des antisémites enragés ? Bien sûr que c’est possible.

Cette semaine notre ministre de la Défense d’extrême droite, Avigdor Lieberman, a condamné le projet français de réunir (à Paris d’ici quelques jours) une conférence sur la paix israélo-palestinienne. Le gouvernement israélien craint que le Secrétaire d’État John Kerry n’aille y présenter son projet concret détaillé d’accord de paix comportant l’instauration de l’État de Palestine. Ce projet serait adopté par la conférence et ensuite par le Conseil de Sécurité des Nations Unies. Ce serait la flèche du Parthe d’Obama. Pas de véto.

(Par ailleurs, le projet de Kerry est presque identique à un projet que mes amis et moi avions publié en 1957, il y a 59 ans, sous le titre ‟Le manifeste hébreu”.)

(…)

La prochaine conférence de Paris, a déclaré Lieberman en colère, est la réédition de l’Affaire Dreyfus, cette fois contre l’ensemble du peuple juif.

Mais il n’y a pas lieu de s’inquiéter : Donald Trump et ses sionistes antisémites vont remettre les choses en ordre.

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