Au sommaire cette semaine :

  • Égypte: Al-Azhar et le Vatican unis contre l’extrémisme religieux ;
  • Israël : menaces sur l’état de droit ;
  • comment Nétanyahou a laissé passer l’occasion rare d’un plan de paix en 2016 ;
  • le refus par l’Égypte et la Jordanie de toute concession sur un État palestinien.

Égypte: Al-Azhar et le Vatican unis contre l’extrémisme religieux

Le cardinal Tauran en visite au Caire pour un séminaire commun

21 février 2017 Anne Kurian Dialogue interreligieux, Rome

Une délégation du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux sera au Caire (Égypte) les 22 et 23 février 2017, pour participer à un séminaire conjoint auprès de l’Université d’Al-Azhar, a annoncé le dicastère la veille. Le dialogue se poursuit entre le Saint-Siège et la plus haute autorité de l’islam sunnite, qui souhaitent lutter côte à côte contre le fanatisme et l’extrémisme religieux.

(…)

Le séminaire conjoint aura pour thème « Le rôle d’Al-Azhar et du Vatican pour combattre le phénomène du fanatisme, de l’extrémisme et de la violence au nom de la religion » (…)

Après la rencontre entre le pape François et le grand imam Ahmed el-Tayeb, première visite d’un imam d’Al-Azhar au Vatican, le 23 mai 2016, Mgr Ayuso Guixot s’est rendu plusieurs fois au Caire, marquant une reprise du dialogue bilatéral après une interruption de plus de cinq ans.

Lors de ces échanges récents, le « numéro 2 » du dicastère pour le dialogue interreligieux a noté un « grand désir » de s’opposer ensemble à « l’exploitation de la religion » et de combattre « tout type de fanatisme religieux (…), source de haine, de violence et de terrorisme ». Il s’agit pour musulmans et chrétiens, a-t-il souligné, de promouvoir « les valeurs positives de la religion » afin de dépasser la crise actuelle.

(…)

Israël : Menaces sur l’état de droit

Mercredi 1 février 2017 par Frédérique Schillo, twitter@FredSchillo
Publié dans Regards n°855

Remise en cause de décisions de justice, volonté de se substituer à la Cour suprême, voire d’absoudre le Premier ministre de soupçons de corruption : de nombreuses affaires politiques et judiciaires déstabilisent Israël. De quoi sévèrement écorner son image de « seule démocratie du Moyen-Orient ».

En 1953, suite à la publication d’un article particulièrement sévère à l’égard du gouvernement, le ministre de l’Intérieur, Israël Rokach, obligea le quotidien Kol Ha’am, l’organe du Parti communiste, à cesser de paraître pendant 10 jours. Furieux, le journal saisit la Cour suprême, qui lui donna raison et, à la surprise générale, annula la décision inique du ministre. Ainsi venait de naître la loi garantissant les droits civils et la liberté d’expression en Israël. Soixante-quatre ans plus tard, on peut se demander si un tel événement fondateur pourrait se reproduire ; soit parce que le verdict de la Cour suprême serait contesté politiquement, soit parce que les députés feraient adopter une loi invalidant a priori cette décision de justice, soit encore parce que le Premier ministre négocierait secrètement avec le journal le contenu de sa ligne éditoriale.

Une enquête de la police israélienne vient en effet de révéler que Benjamin Netanyahou a cherché à négocier un accord avec le rédacteur en chef du Yedioth Aharonoth, son ennemi juré, pour adoucir sa couverture médiatique, en échange de quoi il s’engageait à limiter la diffusion de son concurrent, Israël Hayom, le journal de son ami le milliardaire américain Sheldon Adelson qui lui est entièrement acquis. (…)

Ce scandale politico-médiatique est sans doute le plus grave de tous ceux qui cernent actuellement Netanyahou - et pourtant ils sont nombreux. (…)

Si l’affaire du Yedioth est si sérieuse, c’est qu’elle souligne la collusion entre intérêts privés et publics, mais aussi la pratique monopolistique du pouvoir de Netanyahou, qui cumule les portefeuilles et se trouve être -oh surprise- le ministre de la Communication, en charge des médias. Elle révèle enfin sa propension à s’affranchir du droit comme à vouloir créer de nouvelles lois ad hoc.

Un gouvernement au-dessus des lois ?

Dans l’affaire Elor Azaria, reconnu coupable du meurtre d’un terroriste palestinien, de nombreuses personnalités politiques emmenés par le Premier ministre n’ont pas attendu la sentence du tribunal militaire pour appeler à la grâce du soldat, interpellant directement le Président Reuven Rivlin, au mépris de la loi. Sur le dossier des colonies, le gouvernement a fait adopter en première lecture une loi de régulation des avant-postes illégaux de Cisjordanie, à l’exception d’Amona, en la sachant pourtant contraire au droit international. Pire peut-être, ils l’ont votée après que le procureur général de l’État, Avichai Mendelblit, a prévenu qu’elle était illégale au regard du droit israélien et serait retoquée par la Cour suprême.

Ce mépris à l’égard des décisions de justice est une atteinte grave à ce qu’on appelle la « hiérarchie des normes » et tout ce qui a force de loi. Même la Cour suprême, qui est la plus haute juridiction de l’État d’Israël (lire notre encadré), n’est pas épargnée. Au contraire, celle-ci est devenue depuis quelques années la cible privilégiée de la droite, qui voit en elle un contre-pouvoir subversif et dangereux depuis qu’elle a été amenée à trancher dans des affaires politiques et militaires. (…)

Régulièrement, des manifestations d’extrême droite dénoncent la « dictature de la Cour suprême ». (…) Ils sont aussi en ligne de mire de la ministre de la Justice, Ayelet Shaked, qui veut par ailleurs affaiblir le bureau du Procureur général en le divisant en plusieurs bureaux et réduire le pouvoir de nomination des juges. À terme, son objectif est d’accorder à la Knesset la possibilité de passer outre des décisions de la Cour suprême. En attendant, elle a offert au Parlement d’être juge et partie en se substituant à la police ou au Procureur général pour décider de l’exclusion de ses membres. Violemment critiquée par l’opposition, cette loi qui vise en fait les députés arabes -et notamment la controversée Haneen Zoabi- échappe toutefois au soupçon d’illégitimité, car elle requiert le vote de 70 parlementaires sur les 120 que compte la Knesset.

Mais la tentation antidémocratique n’est pas loin. Elle est à l’œuvre dans le projet de loi, présenté fin janvier par le Likoud, d’accorder l’immunité judiciaire au Premier ministre. (…)

Rétablir la mamlakhtiout

Toutes ces entorses à l’état de Droit affectent dangereusement la vie démocratique en Israël. Selon Yohanan Plesner, président de l’Israel Democracy Institute, le niveau de confiance dans les institutions politiques s’est « dramatiquement détérioré » ces dernières années. Non seulement 80% des Israéliens pensent que « les responsables politiques s’intéressent davantage à leurs propres intérêts qu’à ceux des électeurs qui les ont élus », mais la confiance dans la Knesset atteint tout juste 28%, tandis que celle dans les partis politiques a chuté à 14% en 2017 (elle était de 37% en 2013). Finalement, les seules institutions auxquelles les Israéliens accordent encore une légitimité sont Tsahal (à 90%), le Président et la Cour suprême. Mais qu’en sera-t-il si la vague populiste ravage jusqu’aux fondations de l’État ?

Pour Plesner, il y a urgence à rétablir la « mamlakhtiout » de David Ben Gourion. Ce néologisme, qui renvoie à l’État comme garant de l’intérêt supérieur et à la conscience civique, évoque la force unitaire de l’État. C’est elle qui a bâti Israël, lui a permis d’affronter de graves crises internes qui menaçaient de le détruire, et fait qu’il incarne ce « sionisme pratique » en vertu duquel l’État supplante les identités particulières, qu’elles soient religieuses, culturelles ou politiques. L’esprit de la « mamlakhtiout » a construit Israël ; lui seul pourrait le maintenir aujourd’hui comme État juif et démocratique.

 

La Cour suprême, pourquoi tant de haine ?

Établie par la Loi fondamentale du 15 septembre 1948, la Cour suprême, qui compte 15 juges indépendants, est la plus haute juridiction de l’État d’Israël. Instance supérieure en matière d’affaires civiles et criminelles, elle est aussi la plus haute Cour de justice et fait office de Conseil constitutionnel ou de Conseil d’État pour les décisions politiques et administratives.

Présidée depuis 2015 par la juge Miriam Naor, la Cour suprême d’Israël fait de plus en plus l’objet de critiques. Certains voudraient encore la renforcer, considérant qu’elle peine à faire appliquer ses jugements, quand d’autres, à droite, souhaitent au contraire l’affaiblir au prétexte qu’elle serait trop activiste. Dans tous les cas, sa position centrale dans la vie démocratique israélienne fait débat.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Jusqu’au milieu des années 1950, la Cour suprême était une cour administrative sans statut reconnu et se battait même pour sa survie. Elle s’est ensuite transformée graduellement en autorité morale, intervenant en dernier recours dans des affaires civiles ou pénales. À partir de la fin des années 1970, une « nouvelle Cour suprême » a émergé, portée par une nouvelle génération de juges. L’absence de Constitution en Israël, mais aussi l’influence grandissante des valeurs libérales, notamment dans la société arabe israélienne, et la judiciarisation de la vie politique ont conduit à ce qu’elle soit de plus en plus sollicitée. Pour preuve, elle a été saisie 86 fois en 1950, 381 fois en 1970, 802 fois en 1980 ; depuis les années 2000, elle rend près de 2.000 jugements par an.

Longtemps, les juges de la Cour suprême ont pris soin de ne pas se prononcer sur des questions politiques ou militaires. La construction du Mur de sécurité, l’invasion et le retrait du Liban, ou encore le processus de paix d’Oslo sont autant de décisions entérinées par la seule Knesset. Cependant, depuis les années 1990, et singulièrement depuis la présidence d’Ahron Barak (1995-2006), la Cour suprême émet des jugements concernant les droits de l’Homme ou le droit de la guerre qui ont renforcé son statut, et ce, au détriment d’autres institutions, politiques et militaires.

Sa fiabilité est pourtant reconnue. Certains de ses jugements peuvent même étonner par leur prudence, comme lorsqu’elle admet la pratique des assassinats ciblés ou la destruction de maisons de terroristes. Mais c’est précisément parce qu’elle demande aussi à revoir le tracé du Mur, car il empiète sur des villages palestiniens, qu’elle contraint Tsahal à laisser passer des journalistes étrangers à Gaza pendant la guerre, ou qu’elle ordonne la destruction de la colonie d’Amona, contre l’avis du gouvernement Netanyahou, que la Cour suprême dérange. Et que ses détracteurs rêvent de la faire taire.

Comment Nétanyahou a laissé passer l’occasion rare d’un plan de paix en 2016

Le quotidien « Haaretz » révèle que le secrétaire d’État John Kerry avait organisé une rencontre secrète avec le roi Abdallah de Jordanie et le président égyptien Sissi.

Piotr Smolar, Le Monde, lundi 20 février 2017

Depuis des mois, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, se dit prêt à rencontrer le leader palestinien Mahmoud Abbas pour renouer les discussions afin de trouver une issue au conflit israélo-palestinien. Pourtant, les révélations publiées dimanche 19 février par le quotidien israélien de centre-gauche Haaretz, sur la base de confidences anonymes d’anciens membres de l’administration Obama, montrent au contraire comment M. Nétanyahou a laissé passer une chance historique, début 2016, lors de négociations secrètes dans la ville d’Aqaba, dans le sud de la Jordanie.

Ces négociations, organisées par le secrétaire d’État américain John Kerry, ont eu lieu avec le roi Abdallah et le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi. M. Kerry a mis sur la table un plan en six points vers une solution négociée, dans un cadre régional, qui devait entraîner une reconnaissance d’Israël comme État juif par les pays arabes, une exigence de longue date de M. Nétanyahou. Mais ce dernier a louvoyé, estimant que ce plan serait inacceptable pour sa coalition.

Interrogé dimanche par Le Monde, le ministère des affaires étrangères israélien s’est refusé à tout commentaire. Une source proche de ces négociations a validé de son côté les informations de Haaretz. Lors d’une rencontre dans la matinée avec les ministres issus de son parti, le Likoud, le chef du gouvernement a confirmé la tenue de ce sommet secret d’Aqaba, dont il prétend même avoir été l’initiateur.

John Kerry (…) prévoyait la naissance d’un État palestinien viable sur la base des frontières de 1967, avec échanges de territoires ; une reconnaissance mutuelle, comme État arabe et État juif ; un compromis sur la question des réfugiés ; Jérusalem, capitale des deux États ; des assurances sécuritaires pour Israël et un État palestinien démilitarisé. Le 31 janvier 2016, M. Kerry a présenté ce plan à M. Nétanyahou, à Davos, en Suisse. Avec une perspective attrayante : celle d’un sommet tripartite historique avec le roi Abdallah et le président Sissi. Ce sommet fut fixé le 21 février à Aqaba.

Les responsables de l’administration Obama, interrogés par Haaretz, expliquent que lors de cette rencontre secrète, M. Nétanyahou a exprimé des réserves, s’est montré hésitant, a formulé d’autres idées. Quelques semaines plus tard, le premier ministre commençait des discussions avec Isaac Herzog, le chef du Parti travailliste, afin de constituer un gouvernement de coalition lui donnant une base assez solide pour prendre un risque diplomatique. Le leader de l’opposition aurait été mis au courant des négociations en cours.

Le 15 mai 2016, lors d’une rencontre avec des membres de son parti enregistrée à son insu, M. Herzog a justifié ces discussions avec M. Nétanayhou, en évoquant une « rare occasion diplomatique qui ne se représentera peut-être plus ». « Je ne le dis pas pour rien, je le dis en connaissance de cause, déclara-t-il, selon un enregistrement publié à l’époque par la chaîne Channel 10. C’est plus compliqué que jamais, ça comporte beaucoup d’aspects, je ne sais pas si ça se produira. »

Et cela ne s’est pas produit. (…) Le 15 février, reçu à la Maison Blanche par Donald Trump, Benyamin Nétanyahou évoquait la possibilité d’un plan de paix régional...

L’Égypte et la Jordanie refusent toute concession sur un État palestinien

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et le roi Abdallah II de Jordanie ont convenu mardi qu’il ne pouvait y avoir de concession sur la création d’un État palestinien, a indiqué la présidence à l’issue de pourparlers au Caire.

7 sur 7 avec Belga, mercredi 22 février 2017

Cette rencontre entre les dirigeants des deux seuls pays arabes ayant signé un traité de paix avec Israël est intervenue après que l’administration du président américain Donald Trump a pris ses distances avec la création d’un État palestinien pour parvenir à la paix au Proche-Orient.

"Les deux parties ont discuté des moyens de faire progresser le processus de paix à l’arrêt au Moyen-Orient, en particulier à la lumière de l’administration Trump (récemment) arrivée au pouvoir", a déclaré la présidence égyptienne.

Une solution à deux États "avec un État palestinien (...) et Jérusalem-Est comme capitale est un principe nationaliste qui ne peut être concédé".

Après avoir rencontré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Washington la semaine dernière, M. Trump a affirmé qu’il n’était pas arc-bouté sur la solution à deux États, en rupture avec des décennies de tradition diplomatique américaine.

Mais l’ambassadrice américaine à l’ONU Nikki Haley a ensuite nuancé cette position, assurant que Washington soutenait "absolument" une solution à deux États mais songeait aussi à des alternatives.

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